tom-a-la-ferme-16-04-2014-5-gIl y a deux ans, lors de la sortie en salles de son Lawrence Anyways, je vous disais le rapport ambivalent que j'avais avec le cinéaste Xavier Dolan, à la fois agacé devant la prétention de l'artiste et de son cinéma qui affiche obstensiblement son univers, et en même temps assez admiratif devant son talent incontestable à moins de 25 ans.

Car qu'on le veuille ou non, aucun cinéaste vivant ne peut se prévaloir un tel talent en étant à peine âgé d'un quart de siècle (qu'il vient juste d'avoir). Personne à cet âge n'a ce privilège de recueillir sur son seul nom une  critique aussi enthousiaste à l’évocation de son nom et quatre films aussi maitrisés, et dont le cinquième ,"Mommy"  vient d’être sélectionné en compétition officielle du 67ème festival de Cannes, un festival qu'il connait bien puisque  c’est la 4ème fois qu’il y présentera un film.

Bref si certains s'irritent du fait qu'on colle forcément le qualificatif de "prodige" à Xavier Dolan, personnellement, le terme ne me semble pas être galvaudé (on peut aussi employer le terme de  "phénomène" si l'on préfère) lorsqu'on possède un tel talent à un âge ou la plupart des cinéastes sont encore en plein apprentissage.

 

Et qu'on le veuille ou non, Xavier Dolan a, de toute façon, une intelligence indéniable et incontestable qui transpire tout son cinéma :  une maitrise de la caméra qui fait référence au plus grands des metteurs en scène (Almodovar, Hitchock, Welles, Allen et visiblement Loach dans son "Mommy" à venir)  des histoires profondes qui poussent à la réflexion, de brillantes références littéraires, une bande musicale très sensée, n'en jetez plus, la couple est pleine.

Tout cela se vérifie encore dans "Tom à la ferme",  son 4ème long métrage actuellement en salles et que j'ai eu la chance de voir la semaine passée en salles.

En effet, avec cette adaptation de la pièce homonyme de son compatriote Michel Marc Bouchard, Xavier Dolan, qui occupe quasiment toutes les casquettes pour ce film  (producteur, scénariste, dialoguiste, costumier, monteur et même réalisateur de la bande-annonce et du dossier presse) reprend les thèmes qu'il avait déjà abordé dans ses précédents films (relation ambigue avec sa mère, homosexualité, rapport de force entre les individus, ) mais les utilise dans une forme et un genre qu'il n'avait pas encore fréquenté, le thriller psychologique et anxiogène, quasiment en huis clos.

Le film commence lorsque Tom arrive dans une ferme ( comme le titre du film l'indique aussi simplement que cela), afin d'assister aux obsèques  de son compagnon  et va se retrouver piégé au sein d'une famille fragile psychologiquement , jouant à un jeu aussi rempli de perversion avec le frère de son ex décédé. Et c'est cette relation incroyablement ambigue et complexe qui porte totalement le film, soulevant tout un tas de questionnement et de pistes de réflexions telles que la question de l'homosexualité refoulée, les pertes de repères après un deuil, l'impossibilité du pardon et de la rédeption, le rapport étouffant à sa mère).

On pourrait au départ un peu bloquer sur le shématisme un peu trop évident du citadin ouvert et libre confronté à la rudesse et aux intolérances de ces bouseux de la campagne, sauf que les personnages sont bien plus complexes qu'attendus et l'étrangeté des différents comportements étranges sont également liés à ce défunt dont la présence est constamment prégnante (un peu comme dans le Dernier Renais).

Et en filigirane de cette finesse d'écriture dans l'intrigue et les personnages, ce "Tom à la ferme" est l'occasion de montrer pour la première fois que Dolan sait aussi terriblement y faire avec le cinéma de genre, le thriller psychologique à la Afred Hitchock.

Dolan maitrise en effet parfaitement les codes de ce cinéma du genre et nous livre une partition assez ébourrifante, grâce notamment à une bande-son de Gabriel Yared aux petits oignons, parfaitement malaisante, mais aussi à des procédés filmiques terriblement ingénieux tels que le changement de format lors de scènes d'action (en scope, ce qui donne un coté cinéma américain à ses scènes), ou encore ce choix de plans serrés parfaitement  oppressants, sans oublier le mode d’apparition de chaque nouveau personnage à l’écran, toujours nimbé d"un véritable mystère et qui savent donner un peu d'aération lorsque l'intrigue pouvait atteindre un certain surplace.

"Tom à la ferme" possède cette particularité inhérente aux grands films d'être constamment imprévisible, et d'avoir toujours une longueur d'avance sur le spectateur qui a tendance à perdre un peu ses repères devant une histoire qu'il pense connaitre et qui lui échappe finalement complètement.

Bref, "Tom à la ferme" est au final un pur joyau du thriller psychologique, qui arrive simultanément à faire réfléchir et faire froid dans le dos, comme les meilleurs fleurons du genre, de "Misery" auquel on pense pas mal au récent "Prisonners" ( réalisé par un autre prodige canadien, Denis Villeneuve).

Et un film qui prouve à quel point  Xavier Dolan  qu'on le veuille ou pas, l'un des plus grands cinéastes de ces dix dernières années... Et son prochain film ne devrait pas déroger à la règle!!

 Tom à la Ferme - Bande-annonce (VF)