Two-men-in-town----(c)-Tessalit-PathÇ--Photograph-Gregory-SmithPeut-être est ce du au fait que j'ai vu le film en séance de nuit, à 22h00, après avoir vu 4 ou 5 films avant bien speedés et bien plus gores que je garde un excellent souvenir de ma projection lors du festival du film Policier de Beaune de  "La voie de l'ennemi", le nouveau film américain du réalisateur Rachid Bouchareb, qui est sorti en salles mercredi dernier et dont je vous ai déjà parlé à l'occasion d'un jeu concours sur mon blog il y a deux semaines.

Ne sachant rien au moment de voir le film à part le nom du cinéaste franco marocain et de son acteur principal Forest Whitaker, j'ignorais avant de le voir au générique de fin, qu'il s'agissait d'un remake d'un vieux film français que j'ai du voir dans mon enfance mais dont je n'ai plus aucun souvenir,  deux hommes dans la ville réalisé par José Giovanni et porté par le tandem Gabin-Delon.

Il faut dire que l'adaptation de Bouchareb est particulièrement réussie, vu qu'on se sent totalement  immergé dans un film américain avec ses grands espaces (le film se situe au Nouveau Mexique), ses shérifs, et ses immigrés mexicains, et puis devant la caméra on a quand même des valeurs sures des acteurs US, de Forest Whitaker- qui après l'excellent Zulu aime décidement les espaces désertiques et les réalisateurs français- et Harvey Keitel qui prennent du service.

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On n'est pas surpris de voir la fascination de Bouchareb pour toute cette mythologie US. Dans un de ses meilleurs film, l'excellent Little Senegal (2001), on y voyait un vieil africain parcourir la route des esclaves et cherchait à retrouver la trace de ses ancêtres sur le territoire américain.

Mais dans cette histoire a priori 100% americaine on sait gré à Rachid Bouchareb d'avoir conservé ses thèmes de prédilection, l'immigration  la rédemption, le travail, la religion). Ainsi, il arrive à faire de ce scénario qui pourrait sembler un peu classique de repris de justice qui essaie tant bien que mal de se réinsérer malgré les obstacles qui le pousse à replonger,  une oeuvre soignée et intelligente sur la violence intrinsèque que chaque homme possède en lui même.

La mise en scène de Rachid Bouchareb, élégante et racée sied parfaitement à cette histoire qui prend son temps mais qui passionne quasiment de bout en bout. Toutes ces scènes où l'on voit Whitaker tenter de faire le vide en moto autour de paysages desertiques magnifiques sont très belles, et donnent une belle intensité à l'intrigue et même si on n'est pas dans un film à suspens insoutenable, on a constamment envie de savoir si ce brave Garnett réussira à saisir cette seconde chance que la vie lui donne.

Et  cette voie de l'ennemi ne serait pas aussi réussie sans son casting trois étoiles, le toujours aussi charismatique Forrest Whitaker en tête, pret à exploser à tout moment, mais aussi des acteurs qu'on avait pas vu dans de rôles aussi interessants depuis un bail: Harvey Keitel, au poil dans son rôle de shérif obsédé par venger son ex collègue, Luis Guzman, cet acteur portoricain qui a joué dans pas mal de chefs d'oeuvres des années 80-90 et surtout Brenda Blethyn, l'inoubliable mère indigne de Secrets et Mensonges, très émouvante dans ce rôle d'agent de probation ( le rôle de Delon dans la première version) partagée entre sa conscience professionnelle et ses états d'ame....

De beaux personnages pour un beau film que sa sortie confidentielle juste avant le Festival de Cannes risque de plonger dans l'anonymat, à mon grand regret...

LA VOIE DE L'ENNEMI Bande Annonce