indépendantCe mercredi, je ne vous livrerai pas mon habituelle de sélections de films  car franchement il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent ce mercredi (et puis je vous ai déjà parlé de deux films qui sortent ce mercredi, lors de mes derniers bilelts conours ) : les distributeurs ont certainement envie de laisser passer la tempête cannoise, et du coup, à la place on va parler d'un cinéma plus défendu par autre festival français, celui de Deauville, je veux parler du cinéma indépendant américain.

On parle souvent de  cinéma indépendant américain, mais chercher à définir ce que recouvre exactement ce terme n'est pas si aisé que cela,  car le terme de cinéma indépendant américain se confronte souvent à deux conceptions différentes, l'une européene et l'autre plus américaine, l'une plus romantique et l'autre plus économique.

En effet, chez nous en Europe,  ce terme représente un cinéma off résistant à la grande machine hollywoodienne et à son hégémonie mondiale, aux States, on est dans une définition moins romantique qu'économique puisqu'un film indépendant passe forcement par  une société de production qui ne possède ni réseau de distribution, ni salles, ni de studios.. Et alors que  je pensais que le cinéma indépendant américain était né il y aune vingtaine d'années avec la création du festival de Sundance or, j'ai appris que dès  les années 50, une poignée de réalisateurs décidèrent d'échapper à l'emprise économique des grands studios.

Bon, même si on n'a donc pas réussi à trouver une définition totalement homogène des deux cotés de l'atlantique, on comprend souvent ce que recouvre ce terme, et personne ne me contredira si je vous dis que "Joe", "Night Moves" et "Nebraska", tous les 3 sortis en avril dernier, sont bien des oeuvres à classer parmi le cinéma indépendant ...et comme j'ai vu les 3 au cinéma il y a déjà quelques semaines, autant regrouper leurs avis sous un seul et même billet, allant du film qui m'a le plus plu à celui que j'ai le moins aimé :

1. Joe : Nicolas Cage revient en grâce

 Joe-2Dans un des mes articles écrit en 2012, j'avouais ne pas trop comprendre l'indulgence que les cinéphiles portaient à l'acteur Nicolas Cage.  L'acteur avait beau cumuler les nanars et autres séries Z depuis un paquet d'années, la presse et les blogueurs ciné continuent de lui accorder un blanc seing total et le trouver génial, quoiqu'il fasse, alors que sa filmographie n'était composée que de rares très bons films ( Rusty James, son premier film, dans une oeuvre de son illustre oncle Francis Ford Coppola, puis deux ou trois rôles marquants comme Sailor et Lula, Volte Face,et Leaving Las Vegas qui lui a valu l'oscar du meilleur acteur).

Heureusement, ma position a été nettement réévaluée avec son nouveau film à l'affiche,Joe,  drame rural de David Gordon Green présenté l'an dernier à la Mostra de Venise et que j'ai vu il y a quelques semaines au cinéma.

Dans ce rôle d' ex-taulard bourru devenu travailleur acharné en forêt, il opte pour une retenue d'autant plus remarquable qu'on sent que sa violence intrenséque et sa dinguerie caractéristique à l'acteur, semble être capable d'exploser à tout moment. Et Nicolas Cage a un partenaire de choc pour lui donner la réplique, à savoir jeune acteur très prometteur en devenir, le jeune Tye Sheridan, qu'on avait déjà remarqué dans  l'excellentissisme MUD l'année derniere.

Et d'ailleurs, pendant toute la projection de Joe, on ne peut s'empecher de penser à "Mud", et pas seulement car le film comporte trois lettres et se passe dans l'amérique profonde ;   même ambiance poisseuse, même schéma narratif  (un jeune va se trouver un père de subsitution, en la personne d'un ex taulard), même résurrection d'un acteur hollywoodien, on n'est donc pas surpris de savoir qu'une amitié profonde relie les deux réalisateurs de ces films (pratiquement réalisés en même temps, mais sortis en France en un an de différence), David Gordon Green et Jeff Nichols.

 Malheureusement, si Joe est un film rempli de qualités, que ce soit l'interprétation des deux acteurs principaux, mais aussi de tous les personnages secondaires, ou la réalisation moite et réaliste, la comparaison avec Mud ne plaide pas en faveur du film de Gordon Green.

En effet, par rapport à "Mud"( qui est quand même pas loin du chef d'oeuvre), le film appuie un peu trop sur la mule du misérabilisme et de la noirceur-alors que Mud était quand meme plus solaire et plus nuancé, et même moi qui adore en général les ambiance très sombres, j'aurais un aimé parfois un peu plus de luminosité et moins de manichéisme dans les personnages des méchants.

Malgré ce bémol, Joe reste un film puissant et poignant et qui laisse espérer une seconde partie de carrière avec plus de hauts que de bas pour Mister Nicolas Cage..

JOE - Bande-Annonce (VF)

Note : 3.5/5

2. Night moves : le thriller écolo plus écolo que thriller

Night-MovesSi David Gordon Green a parfos flirté avec les studios pour certaines de ces comédies produites par Jude Appatow, il n'y a pas le moindre doute sur le fait que la cinéaste Kelly Reichardt est bien un des fers de lance du cinéma indépendant américain, du moins dans la conception américaine du terme.

Tous ses films ("Old Joy", "Wendy et Lucy", "La dernière piste") ont fait sensation à Sundance et à Deauville, et ce Night Moves, sorti le 23 avril dernier a été primé également dans ces deux festivals emblématiques du cinéma indépendant US. Kelly Reichard incarne un certain cinéma, très ( trop?) minimaliste, sans effet et qui surtout magnifique les espaces naturels  et le paysages quelqu'ils soient  (tous ses films se passent en pleine nature) plus préoccupé par le sens de l'image qu'elle maitrise à merveille que pour l'accumulation de rebondissements dans son scénario.

Si j'avais déjà eu ce ressenti dans les deux films que j'avais vu d'elle, ce "Night Moves" qui s'essaie au genre risqué et rare du thriller écolo accentue ce sentiment là.

Le film tente bien d'entretenir un -léger- suspens autour  d'un attentat écoterroriste, mais ce qui importe pour la réalisatrice n'est pas vraiment les enjeux et la tension de cet attentat, mais bien  de soigner sa mise en scène et de mettre en valeur les mangifiques espaces  de l'extrême-ouest des Etats-Unis, et plus particulièrement cet état de  l'Oregon , le premier Etat où l'Earth Liberation Front, organisation écologique, anticapitaliste et terroriste. On suit donc un trio d’éco-terroriste, deux garçons et une fille qui se donnent pour mission de faire sauter un barrage sur une rivière quelque part en Oregon.

Le film est construit en deux parties, l’avant et l’après l’explosion, le tout sur un tempo très lent qui peut quand même un peu rebuter (j'avais du mal à ne pas réprimer des baillements dans la mise en place très lente de l'attentat), mais qui séduit quand même pour sa sublime réalisation, ainsi que pour le regard qu'elle porte sur ces  personnages proche de la en marginalisation, même si ces personnages, qui parlent très peu (on n'est pas chez Woody Allen) semblent par trop opaques et manquent un peu d'incarnation.

La seconde partie, sur la difficile gestion psychologique par les protagonistes des conséquences de leur acte, entre panique, culpabilité et dépression, est plus riche et plus prenante, mais il n'empeche, sur un sujet assez proche du thriller écolo,  Promised Land  de Gus Van Sant était certes plus classique dans la forme, mais bien plus passionnant sur le fond.

 Night Moves Official Trailer #1 (2014) - Jesse Eisenberg, Dakota Fanning Drama HD

Note : 3/5

3. Nebraska: un road movie qui fait du surplace

nebraskaAlexander Payne est également un autre cinéaste qui compte dans le cinéma américain indépendant, et même si lors de son précédent long métrage, The Descendants, il avait collaboré  avec une star hollywoodienne Georges Cloney

J'aime bien en général le cinéma de Payne,  un des très prometteurs cinéastes américains, auteur entre autres de Monsieur Schmitt et Sideways des  films personnels et touchant, comédies douces- amères sur des personnages en pleines crises existentielles. 

Concernant Nebraska, que j'ai vu dans mon ciné de quartier et dont je vous avais parlé à l'occasion d'un billet concours autour du film,  je l'attendais avec d'autant plus d'impatience qu'il faisait partie de la compétion officielle du Festival de Cannes et avait même été  primé l'an passé avec le prix d'interprétation masculine à l'acteur Bruce Dern, Je m'attendais ainsi à un road movie drôle et mélancolique à travers les USA, et une  à 'éblouissante interprétation de Bruce Dern, comédien de 70 ans plus habitué à des seconds roles.

 Or rien de tout cela à la vision de ce Nebraska qui m'a terriblement ennuyé et m'a déçu à bien des niveaux. 

Malgré une belle photographie et un beau  noir et blanc ( même si jamais cette forme ne sert vraiment le récit), Nebraska ne surprend jamais ni dans son scénario qui aligne les poncfis sur ce road movie familial qu'on a l'impression d'avoir vu des centaines de fois et peuplé de personnages ternes et terriblement ennuyeux. Ici, contrairement aux  personnages de Night Moves, aucun mystère mais un regard pas bien sympathique porté par le cinéaste sur ces êtres plutot pathétiques. 

A part les deux scènes avec  la journaliste, très émouvante et qui fait souffler au film un vrai souffle romanesque. Nebraska est terre à terre et sonne terriblement creux, et sincérement le prix d'interprétation donné à Bruce Dern est pour moi un mystère complet tant l'acteur donne le minimum dans ce rôle bien ingrat. Une énorme déception et une interrogation qui m'a suivi pendant tout le film :  Comment  ce film bien médiocre a t il pu bien faire  dans la- par ailleurs excellente- sélection officielle de Cannes 2013? Peut-être justement promouvoir le cinéma indépendant américain, mais dans ce cas là les deux autres films présents dans ce billet auraient bien fait meilleure figure à mes yeux du moins..

NEBRASKA - Bande-annonce [VOST|HD] [NoPopCorn]

 Note 1.5/5