moyenneDans la famille Kiberlain, je connaissais- comme tout le monde je pense- la soeur cadette Sandrine, épatante comédienne, et un peu le père David, auteur notamment- sous un pseudonyme David Decca, d'une très belle pièce de théâtre que j'avais vu sur scène, "Le Roman de Lulu", un rôle en or pour sa fille , pièce écrite peu de temps avant sa mort en 2000 ( la même année que la mort de mon propre père, ca marque un peu :o).

Je n'avais pas encore entendu parler de la soeur ainée de la famille, Laurence, qui avant mai 2013 et la sortie chez Stock de son premier livre "Moyenne" était restée très secrète.

Une discrétion qu'elle a d'ailleurs conservé pendant la promo de ce livre, vu que pour ma part en tout cas, j''étais passé totalement à coté de la sortie de ce livre ( c'est rare mais ca peut m'arriver) et je me suis rattrapé avec sa sortie récente au Livre de Poche.

" Moyenne" faisait en effet partie de la sélection du mois  de juin, et ayant fortement envie d'en savoir un peu plus sur la frangine d'une comédienne que j'aime tout autant, j'ai donc choisi ce livre, pas forcément pour des raisons très valables (notamment celles de glaner une ou deux infos sur la vie intime de Sandrine K, c'est mon vilain coté "people" qui parle) .

Et pourtant, très vite, au fil de ma lecture, je vais m'apercevoir que Laurence Kiberlain ne viendra pas combler mon (léger) côté voyeur  : si son récit mentionne effectivement l'existence de son père,  ou de sa sœur, c'est de façon très subtile et très pudique : aucun "name dropping", mais simplement un discret hommage à la force des liens qui unissent, ou au contraire, concernant par exemple, le père de sa fille, des liens qui se dénouent.

Autrement dit, nous ne sommes jamais ici dans le témoignage voyeuriste d'une proche d'une star, mais bien dans le récit parfois intime mais jamais impudique, d'une vie traversée par pas mal d'épreuves tragiques que l'auteur raconte à sa manière, follement convaincante.

En effet, grâce à la qualité de la plume, entre une pudeur et un détachement qu'on imagine follement salvateurs, l'auteur de "Moyenne" parvient à nous raconter les drames terribles qu'elle a enduré (la violence conjugale, la perte d'un nouveau né, le handicap moteur du jumeau restant, la mort brutale de son père) sans jamais avoir recours aux grosses ficelles que son le pathos et le larmoyant (elle ponctue notamment souvent ses phrases par un "tout roule" qui sent la méthode coué mais qui permet  tant bien que mal de tenir le cap).

"Moyenne" est donc un récit qui nous happe du début à la fin par la justesse des réflexions de sa narratrice  et de l'universalité des situations qu'elle traverse (" L'épreuve peut renforcer les liens d'un couple. Mais mon mari et moi n'avons pas vécu les choses de la même manière. J'avais besoin d'être heureuse malgré tout ; il avait besoin de vivre sa tristesse. Nous n'avons pas été présents l'un pour l'autre.") et qui nous raconte surtout avec énormément de force à quel point toutes les épreuves que l'on traverse, aussi terrifiantes soient elles, peuvent nous apprendre à nous dépasser et à nous faire sentir bien moins "moyen" que ce qu'on pensait être au départ.

Sans jamais virer, comme on pourrait le craindre, à la lecon de morale sur la nécessité de se dépasser face à des épreuves terribles, " Moyenne" séduit par sa modestie et sa fausse naivete, à l'image des illustrations de l'auteur qui accompagnent le récit et qui prolongent ce sentiment qu'on a vraiment affaire à une bien belle personnalité que celle de Laurence Kiberlain.

Décidement, je l'aime de plus en plus, cette famille Kiberlain, et vous aussi, je pense que vous l'aimerez autant que moi, n'est ce pas?...

 Interview : Laurence Kiberlain - Moyenne