On continue notre revue de sortie de DVD pour la rentrée, dans celles que j'ai pu voir ces derniers jours, et on note notamment la sortie de deux films venus de pays dont la production nationale arrive rarement en France, je veux parler du Maroc et du Vénézuela,

1. C'est eux les chiens

c'est eux les chiensSortie DVD 7 octobre aux Editions Montparnasse

Ce film là je vous en avais parlé lors de sa sortie en salles, et j'avais même eu la chance de questionner le réalisateur Hicham Lasri lors d'une itw exclusive. C’est eux les chiens est passé hélas un peu inaperçu en salles, sa sortie DVD est donc l'occasion de se rattraper  car ce long métrage mérite vraiment d'être vu.

Voilà une oeuvre originale, qui se présente sous la forme d’un faux documentaire, puisque l'intrigue se déroule pendant le ournage d’un reportage pour la télévision marocaine en plein printemps arabe à Casablanca.

Les journalistes, pas vraiment passionnés par le micro trottoir qu'ils sont en train de tourner, tombent par hasard sur un viel homme,  Majhoul, et vont se rendre compte que ce dernier a été emprisonné pendant 30 ans, pendant les émeutes de 1981 dites du Pain, avant d’être libéré en 2011, soit 30 ans plus tard, en plein Printemps arabe. Majhoul devra donc apprendre, aidé par les journalistes de télévision, pas forcément désinteressés et qui pensent plutôt avoir trouver une poule aux oeufs d'or, à prendre sa place dans ce nouveau monde qui lui est totalement inconnu, tout en faisant une recherche sur son passé.

"C'est eux les chiens" part ainsi d'une excellente idée de scénario, originale et maligne, qui  est aussi l'occasion de faire un portrait d'une société marocaine en ébullition, une société arabe moderne tiraillée entre conservatisme bien ancré et une soif évidente de rebellion et de libérté. Le film a l'intelligence de revenir sur un épisode méconnu et oublié un peu de tout le monde, et même visiblement des marocains, à savoir les révoltes du pain de Casablanca de 1981.

Du coup, le coté viscéral, totalement libre, de la mise en scène de Lasri trouve une vraie raison d'être et rend d'autant plus intense la quête de Majloul, sorte d'Ulysse des temps modernes (dixit le dossier de presse) à la recherche de son passé.

A la fois peinture cruelle de la société marocaine, satire du monde des médias et thriller identitaire, "C'est eux les chiens" bénéficie aussi de l'inteprétation exceptionnelle de l’acteur Hassan Badida, totalement habité dans le rôle de ce 404 ( le matricule qu'il avait pendant 30 ans) à la fois totalement hébété, et tentant quand même de s'accrocher à des détails de ce quotidien qu'il redécouvre ou qu'il découvre.

Car cet homme, privé de liberté pendant 30 ans de sa vie, trouve un monde qu'il ne connaissait pas, un monde truffé de téléphones portables aux applications les plus étranges les unes que les autres, de sms, pour s'aperçevoir, en fin de compte que, malgré les apparences, rien n’a vraiment changé entre ces deux révolutions populaires.

Et cette quête et cette prise de conscience un peu malgré lui nous est racontée intégralement à partir de la caméra subjective de l'équipe de télévision, une caméra qui devient un personnage à part entière du film, et qui rend ténue, mais parfairement maitrisée, la frontière entre documentaire et fiction. "

C'est eux les chiens" est de de la veine d' un cinéma engagé, militant, parfois un peu trop confus et exalté dans son message et sa mise en sène, mais éminement sincère et surtout porté par un vrai regard de cinéaste.

Compléments

  • Making-of (15 min) où l'on apprend qu'Hicham Lasri  a opté pour un tournage sauvage avec notamment: plusieurs plans qui semblent avoir été tournés sans autorisation, avec une  équipe très resserrée d’une dizaine de personnes  complète le dispositif que l’on suit avec grand intérêt.
  • « L’Image a libéré les peuples » : entretien avec le réalisateur (7 min) En complément de l'itw qu'il a faite sur baz'art, cet entretien permet au réalisateur d'expliquer aussi ses choix de réalisation, l’intérêt de filmer caméra à l’épaule et de laisser une grande part d’improvisation aux acteurs.
  • Courts-métrages d’Icham Lasri (21 min)

2. Pelo Malo, Cheveux Rebelles

3D_PeloMalo

Celui là j'avais failli le voir plusieurs fois, notamment lors du Festival du film Ibérique de Villeurbanne, mais hélas je l'ai raté et sa sortie en DVD chez Dipahana depuis le 2 décembre m'a permis de le reprendre au vol.

Il faut dire que ce  long métrage de la Vénézuélienne Mariana Rondona été sacré meilleur film au dernier Festival de San Sebastian, ce qui est en général un bon gage de qualité.

On voit très peu en France de film issus du cinéma vénézuelien, et ce long métrage qui  raconte l’histoire d’un gamin de 9 ans qui souhaite plus que tout lisser ses cheveux frisés et de sa jeune mère terrifiée qui voit en cette coquetterie des indices d’une possible homosexualité est une jolie façon de mieux appréhender la jeunesse d'un gamin de banlieue au Venezuela.

Cette immersion dans Caracas,  à travers l'enfance d'un garçon pas comme les autres est parfois touchante et sincère, même si elle souffre de la comparaison avec un film comme Tomboy qui traitait du même sujet. Ici, un trop plein de retenue et un manque de rythme rende ce sensible portrait d'un jeune garçon .qui préfère le chant et passer des heures à se coiffer au break dance et au sport de rue agréable à regarder mais rarement vibrant d'émotions...dommage! 

Bande-annonce : Pelo Malo - Cheveux Rebelles - VOST

CONTENU DE L’EDITION

- Le film (90 min.) en version originale espagnole sous-titrée français

- Son 5.1 et Stéréo

- Entretien avec la réalisatrice (15 min.)

- Making-of (30 min.) autour de quatre thématiques : Les Enfants – El Pelo Malo – Les Acteurs – La Ville

- Installation « Superbloque » de Mariana Rondón

- Bandes annonces