BODYBUILDER-Affiche-FR Avant de savoir que "Bodybuilder", qui sort demain en salles, était un film réalisé par l'excellent Roschdy Zem (dont j'ai dit tout le bien que je pensais de lui dans une chronique vouée à son talent), je n'avais pas forcément envie de me précipiter sur ce film. En effet, entre l'affiche et le titre, les seuls éléments que j'avais en ma possession pour appréhender le film, j'avais l'impression que ce long métrage allait être super testostéroné, super sanglant, ou super raté (ou les 3 à la fois), un peu à la manière d'un "Snowboarder" au titre très ressemblant (un nanar français de 2002 déjà avec Nicolas Duvauchelle à l'affiche).

Mais la présence de Zem à la réalisation (dont j'avais bien aimé les deux premiers films, surtout Mauvaise Foi) et celle de Vincent Rottiers et Marina Fois au casting ont eu raison de mes réticences, et lorsque j'ai su que le réalisateur et certains acteurs du film seraient présents à l'avant première lyonnaise il y a une dizaine de jours, je n'ai pas hésité longtemps avant d'assister à la projection et à la rencontre.

Une projection où étaient d'ailleurs présents un certain nombre de bodybuilder (la soirée était parainée par un club spécialisé), et à coté de tous ces gros bras, j'avais l'air bien gringalet sur mon siège.

Bodybuilder - Photo undefined

Car le titre du film ne ment pas sur le milieu qu'il aborde, à savoir celui du bodybuilding, en suivant la destinée d'Antoine, un jeune lyonnais qui doit s'enfuir de sa ville car il est recherché par des voyous à qui il leur doit beaucoup d'argent. Fatigués de ses trafics en tous genres, sa mère et son grand frère décident de l’envoyer à Saint-Etienne chez son père, Vincent, qu’il n’a pas revu depuis plusieurs années. Antoine va alors découvrir alors que celui-ci est un culturiste passionné et prépare intensivement un concours de bodybuilding. Antoine est alors plongé dans ce monde qu'il ne connait pas et va devoir apprendre certaines règles de vie pour retrouver le droit chemin.

On le voit avec ce réumé, le troisième long métrage de Roschdy Zem, qui s'est visiblement inspiré du documentaire The bodybuilder and I (2007) de Bryan Friedman,est en fait constitué de deux films en un: à la fois chronique sociale et familiale d'un fils qui cherche à mieux connaitre son père, et également portrait d'un monde largement méconnu du grand public et du cinéma français (je me souviens simplement du très beau "Vivre me tue" de Jean Paul Sinapi  en 2002 qui l'avait abordé sous l'angle d'un personnage de bodybuilder joué alors par Jali Lespert).

A ce niveau là, "Bodybuilder "est une indéniable réussite: on est vraiment immergé dans ce quotidien quasi obsessionnel, particulièrement au niveau nutritionnel (que d'oeufs et de viandes blanches, au gramme près, ingurgités chaque jour) et régi par une discipline de fer, entrainant  une maitrise de son corps et un sacrifice total qui ne leur rapporte absolument rien pécuniarement parlant.

Roschdy Zem évite de porter un regard caricatural ou ironique sur ces êtres qui passent des heures et des heures à  s'occuper de leurs corps, au détriment de leurs relations affectives et amical.

La réalisation n'a sans doute pas le même souffle que Thomas Liti pour son excellent Hippocrate, mais possède cependant une belle énergie dans tout cet aspect documentaire.

Bodybuilder : Photo Vincent Rottiers

A ce titre, le personnage du père, joué par Yolin François Gauvin, trois fois champion de France et champion du monde de bodybuilding est assez passionnant à suivre, et, même si, au niveau de son jeu d'acteur (contrairement à ce qui était dit dans cette soirée où toute l'équipe du film l'encensait), il possède des limites évidentes, un magnétisme incontestable émane de lui.

Son duel avec un Vincent Rottiers toujours aussi épatant donne d'ailleurs lieu à quelques belles scènes sur le rapport filial, notamment vers la fin du film, et lors de cette avant première, il y avait un surplus d'émotion lorsqu'on a appris que,  dans le public( entre les bodybuilder), était assis le propre fils  à la ville de Yolin François Gauvin, qui a avoué au micro avoir été très fier de découvrir son père à l'écran.

Malgré ces qualités, "Bodybuilder" est évidemment loin d'être un chef d'oeuvre, car, en plus d'une mise en scène parfois trop classique, il souffre ainsi d'un scénario un peu trop convenu (basé sur une quête de rédemption trop conventionnelle) avec notamment  une intrigue policère un peu plaquée et qui n'apporte pas grand chose au film.

Mais malgré ces petits bémols, ne boudez pas votre plaisir et allez voir "Bodybuilder" qui se révèle trés plaisant à suivre, parfois touchant et surtout très instructif sur un milieu que l'on connait mal.

BODYBUILDER - la bande-annonce