poings murs

Une semaine à peine après vous avoir parlé de Pride, voici une autre très bonne surprise de 2014 du cinéma anglais, mais dans une veine radicalement différente: bye bye le "feel good movie", place à son exact contraire, autrement dit le film coup de poing sur l'univers carcéral avec ce film "Les Poings contre les murs" , qui avait été présenté en sélection du Film Policier de Beaune cette année (qui est définitivement une très belle édition au fur et à mesure que les films sortent sur les écrans)  mais que je n'ai rattrapé que récemment, avec sa sortie DVD, le 1er octobre dernier chez Wild Side Vidéo.

 Sur le papier, le film pourrait sembler un peu bateau et marcher sur les plates bandes des grands films de prison, et notamment du Prophète (film qui a visiblement beaucoup inspiré l'équipe du film si l'on en croit les interviews présents dans les bonus, le maitre étalon de ces 20 dernières années du film français ( et on pourrait citer aussi Oz si on élargit le champs aux séries).

Car depuis l'histoire du cinéma, c'est bien évidemment loin d'être la première fois que l'on aborde l'univers carcéral sur grand écran, mais le film parvient toutefois à se singulariser, et par quelques agréables variations de scénario et par son regard sans concession sur la violence (certaines scènes sont particulièrement dures, à la limite du soutenable, attention ames sensibles s'abstenir), contrairement à certains films sur la vie en milieu carcéral, qui a tendance parfois à édulcorer son propos.

Dans "Les poings contre les murs", la mise en scène est si tendue et rigoureuse que le spectateur n'a  jamais l'occasion de reprendre son souggle, qu'à aucun moment on n'a l'occasion de reprendre son souffle.

Le film est fait d'un bloc, sans fioriture, sans disgression superflue, et le metteur en scène anglais David Mac Kenzie évite toute  volonté d' épate ou de  tape à l'oeil dans sa mise en scène pour tenir les rênes de son huis clos oppressant et étouffant, avec une assez bluffante maitrise du cadre. 

Outre sa très efficace mise en scène, "Les Poings contre les murs" surprend aussi par son scénario, plus fin qu'il pourrait y paraitre au premier abord, en offrant quelques divergences par rapport aux films de prison traditionnel.

D'une part en faisant de son personnage principal  un mineur ( de 19 ans alors qu'en Angleterre, la majorité est de 21 ans) surclassé avec les adultes, et ce récit iniatique particulièrement douloureux prendra d'autant plus son essor que d'autre part, l'intrigue  intègre parfaitement et de façon très réaliste une idée assez délicate sur le papier, à savoir , la relation difficile et violente entre ce mineur et son père  Nev (Ben Mendelsohn) , détenu longue durée qui tente tant bien que mal de renouer un contact avec son fils.

Et cette relation entre deux indaptés aux sentiments sait éviter les clichés  et les passages attendues, sauf peut-être dans une scène finale qui colle mal avec le reste, et qui constitue le seul bémol de ce film par ailleus parfaitement tenu.

Il faut dire rajouter un mot sur un des très gros atouts du film, à savoir la prestation absolument exceptionnelle du jeune acteur britannique Jack O'Connell (également à l'affiche cette semaine de 71' de Yann Demange, un film aussi présenté à Beaune cette année) tant il crève l'écran dans ce rôle de jeune en délinquant qui ne maitrise pas ses pulisions de violence et qui voudrait devenir adulte, sans en maitriser totalement les codes. 

Bref, une des excellentes surprises de cette année, fruit d'un cinéaste à la filmographie un peu inégale ( auteur notamment des moyens "Perfect Sense" et "Toy Boy", qui réalise ici certainement le meilleur film de sa carrière... A voir sans hésiter, mais évidemment seulement si vous aimez les bons films de prison, et que nous n'êtes pas allergiques à la violence et à la testostérone.

"Les poings contre les murs"