Alexandra Stewart, Marie France Pisier, Bernadette Lafont...si la première de ces actrices phares de la nouvelle vague est (heureusement) bien de ce monde, j'espère qu'elle ne m'en voudra pas de la regrouper avec les deux autres, décédées récemment, car les trois viennent en cette année 2014 de faire l'objet d'une publication différente qui raconte leurs parcours et leurs carrières , trois livres que nous avons eu la chance ( je suis pas sûr que le terme soit le adéquat pour Michel) de lire, et dont nous vous donnons la primeur de notre ressenti dès à présent , histoire peut-être d'en offrir un des trois à Noël si vous connaissez un fan d'une de ces trois actrices parmi vos proches:

1. Mon bel âge; Alexandra Stewart ( L'archipel)

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Une gentille petite fille de la grande bourgeoisie canadienne, donc très riche, arrive à Paris en 1957 pour prendre des cours de dessin. Elle habite rue Dauphine, chez des amis de ses parents qui chaque dimanche invitent tout ce qui compte dans la vie culturelle, intellectuelle et politique du pays. C’est donc sans le vouloir qu’Alexandra Stewart fait la couverture du magazine ELLE puis de VOGUE. A 18 ans elle rencontre Boris Vian, Picasso, Roger Vaillant, Hemingway, Orson Wells, Jean Cocteau, Prévert……….Devient l’égérie de Pierre Kast le plus surréaliste mais surtout le plus confidentieldes cinéastes de la nouvel vague, se laisse photographier par Chris Marker, rencontre Rohmer, Godard, Chabrol, John Huston…..Se fait souffler le rôle de Marge, dans « Plein soleil », par Marie Laforet……..Dine avec la princesse Margaret et son époux Lord Snowdon en compagnie de Michael Caine….Et toujours sans le vouloir……..Refuse le rôle de James Bond girl dans « Docteur No », tourne des nanars en Italie et en Allemagne….. Warren Beatty lui présente un type désopilant alors inconnu, un certain Woody Allen….elle-même présente  Patrick Modiano à Louis Malle, l’épouse, Malle pas Modiano et lui donne une fille, poursuit une amitié amoureuse avec Truffaut et Pierre Elliot Trudeau (premier ministre canadien de l’époque)……. rencontre par hasard Rudolf Noureev dans les rues de Montréal et devient sa meilleur amie….mais tout cela sans le vouloir………

Ce n’est pas une biographie c’est du «  namedropping ».La vie d’Alexandra Stewart a été passionnante, mais alors comment expliquer que la lecture de sa biographie soit aussi ennuyeuse ?Peut-être parce que sa vie n’a été passionnante que pour elle. «  Mon bel âge » se lit comme un journal people, bienveillant certes, car Alexandra a été très bien élevée, mais avec l’impression d’attendre son tour chez le coiffeur. (C’est bien là que l’on lit les journaux people ?)

Alexandra Stewart est certainement une bonne copine, une femme très sympathique, une citoyenne  attachante et c’est vraiment sans le vouloir qu’elle illustre avec sa biographie la pensée de Pierre Bourdieu et son concept d’habitus : comment, naturellement, (sans le faire exprès ?), les grands de ce monde reproduisent les hiérarchies sociales……Finalement une bio qui donne envie, sans le vouloir, de relire Bourdieu; merci Alexandra.

2. La véritable Marie- France Pisier; Sophie Grassin / Marie-Elisabeth Rouchy  ( Pygmalion)

1448627--la-veritable-mariefrance-pisier-de-950x0-3Tous les cinéphiles se souviennent forcément comme moi de l'annonce de la disparition brutale, le 24 avril 2011, de l'actrice Marie France Pisier, retrouvée noyée dans la piscine de leur maison de Saint-Cyr-sur-Mer, dans le Var. Cette disparition tragique, qui est restée énigmatique trois ans après, ouvre et clôt la biographie consacrée à l'actrice par deux journalistes, Sophie Grassin et Marie-Elisabeth Rouchy.  Une biographie que j'ai lu avec un vrai plaisir tant l'actrice, mystérieuse et gracieuse, m'a toujours un peu fasciné, même avant sa disparition digne d'un polar.

Née en 1944, elle avait notamment été l'égérie de François Truffaut. Mais elle avait tourné aussi aux côtés de Jacques Rivette et d'André Téchiné les films de Téchiné («Paulina s'en va»); de Buñuel («le Fantôme de la liberté»); de Gérard Oury («l'As des as») et j'avais beaucoup aimé le premier film qu'elle avait réalisé tiré de son roman autobiographique, le Bal du Gouverneur, dans lequel on imaginait sans mal l'enfance difficile qu'elle avait pu connaitre. 

  Mère de deux enfants, Mathieu et Iris, aujourd’­hui âgés de vingt-neuf et vingt-sept ans,  on apprend dans ce livre combien elle a eu bien du mal à surmon­ter la terrible épreuve d’une réci­dive du cancer du sein. On y apprend aussi qu'elle a aimé beaucoup d'hommes plus ou moins connus tels que  Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy, Georges Kiejman, Thierry Funck-Brentano, le dernier, celui qui l'a découverte noyée... 

On le voit, on frôle parfois le roman people à la voici (oui Michel, c'est bien chez le coiffeur qu'on les lit, mais aussi un peu chez certains docteurs, je crois), heureusement, les auteurs, journalistes au Nouvel Observateur, évitent le pièce du glauque et du voyeurisme, et nous fait le portrait d'une actrice aux multiples talents, qui semblait parfois un peu triste de ne pas avoir eu la carrière qu'elle avait imaginé et qui s'est senti délaissé par le milieu du cinéma à l'arivée de la soixantaine, le lot de pas mal d'actrices.

L'enquête  menée par les deux journalistes est solide et documentée, car elles ont réussis à obtenir l'accord de pas mal de proches et de stars du cinéma qui l'ont cotoyée et qui nous  le portrait d'une femme entière et passionnée, qui aura disparu en laissant intact la part de mystère évident qu'elle avait en elle.

3. Bernadette Lafont, une vie de cinéma, Bertrand Bastide (ed  Atelier Baie)

bernadette-lafont-une-vie-de-cinemaContrairement aux précédents ouvrages, ici, on n'est pas dans le témoignage classique, mais bien dans l'objet d'art, autrement dit le  (très) beau livre de photos consacrés à une artiste, disparu comme Marie France Pisier en 2013, mais dans des circonstances moins mystérieuses.

On voit dans ce livre à quel point Bernadette Lafont mène sa vie tambour battant, libre, passionnée et attachante?; plus particulièrement sa vie d’actrice, exigeante, professionnelle et toujours émerveillée d’être devant les caméras. Dans ce livre, elle retrace avec Bernard Bastide, fan depuis longtemps et devenu son assistant, sa carrière impressionnante. Elle évoque aussi son parcours, son enfance, les maisons où elle a vécu…

Mais pour qui aime Bernadette, son cinéma, sa personnalité, ses choix de femme libre, ses amours, ses amitiés célèbres ou pas ... ce livre est indispensable.
Elle se raconte, en mots et en images à l'auteur qui fut son ami. Et surtout, elle ouvre ses albums personnels, et nous offre ses souvenirs en partage.

Prix du syndicat français de la critique de cinéma en: février 2014 et prix de l'Union des journalistes de cinéma en mai 2014, ce livre, qui vient au départ d'une volonté de l'actrice d'avoir un livre récapitulatif de sa vie et sa carrière en photo est une magnifique façon de rendre hommage à cette actrice iconoclaste dont la voix et le côté singulier nous manque déjà beaucoup.

Bernadette Lafont mène sa vie tambour battant, libre, passionnée et attachante?; plus particulièrement sa vie d’actrice, exigeante, professionnelle et toujours émerveillée d’être devant les caméras. Dans ce livre, elle retrace avec Bernard Bastide, fan depuis longtemps et devenu son assistant, sa carrière impressionnante. Elle évoque aussi son parcours, son enfance, les maisons où elle a vécu…

Prix du syndicat français de la critique de cinéma : février 2014 et prix de l'Union des journalistes de cinéma : mai 2014. Plus d'infos sur le site consacré au livre