vieamoure

« Il se demanda s’il souffrait d’une grave déficience, si – même s’il était considéré comme quelqu’un de bien par tous ses amis (et il était un très bon ami), et qu’il était dans l’ensemble un bon fils – quelque chose clochait sérieusement chez lui. L’amour révélait-il une vérité, un manque fondamental, une froideur, qui le poussait à reculer au moment même où la réciprocité était nécessaire ? »

Nathaniel, jeune mâle blanc Newyorkais, intello, ni bien ni mal dans sa peau, n’en finit pas de considérer la femme, les femmes, comme des êtres mystérieux qui lui fichent une trouille bleue. Pourtant professionnellement tout va bien, chroniqueur littéraire brillant, son premier roman est sur le point d’être édité, il fait partie d’une certaine élite évoluant gracieusement dans un microcosme séduisant et cultivé.

Le problème de Nathan est ailleurs, il est tout simplement incapable de parler littérature, philosophie ou politique avec une femme sans être distrait par la forme de ses seins, sa taille ou son cul. Le problème de Nathan c’est la Femme, si incompréhensible et si différente et plus il l’étudie plus cela se complique. Bref, Nathan est un jeune homme d’aujourd’hui bataillant avec sa solitude et son cœur d’artichaut.

Adelle Waldmann excelle à mettre des mots sur les sentiments humains et à donner un sens aux actions mêmes les plus anodines. Formidable démiurge, elle accompagne son héros et le regarde avec bienveillance, se débattre avec la gente féminine, nouer et dénouer des intrigues et rester interdit devant ce sentiment si répandu et pourtant si incompréhensible que l’on nomme : «  amoureux ».

Elle réussit sans cynisme ni amertume à dresser le portrait d’une génération d’enfants gâtés et bien nourris qui avec beaucoup d’application trouvent toujours un bon moyen d’être malheureux. L’écriture est fluide et travaillée, et un roman où le héros utilise l’adjectif : « solipsiste » mérite toute notre attention. ( ? et si vous ne connaissez pas le mot, faites comme moi, cherchez dans le Robert !)

Chronique de Michel D.