birdmanLa semaine dernière, j'avais une fois de plus, avec la critique de "Vincent n'a pas d'écailles", exprimé mon manque d'enthousiasme pour les films de super héros, même lorsque ceux ci sont contournés et revisités.

Heureusement, quelques semaines après avoir vu "Vincent n'a pas d'écailles", un film m'a prouvé que je n'étais pas totalement alergique au sujet des supers héros, même si le prisme avec lequel il est traité, est encore plus marginal que dans le premier et fragile long métrage de Thomas Salvador.

 Ce film, c'est bien entendu "Birdman" d'Alejandro Iñárritu,qui fasait bien entendu partie de  mes 10 films plus attendus de l'année, ceux que je ne voudrais rater pour aucun prétexte.

Annoncé comme un chef d’oeuvre depuis son passage à Venise, le film a fait la razzia sur les Oscars principaux en février dernier avec le prix du meilleur réalisateur et du meilleur film, et je partais le voir avec énormément d'attentes, tant le cinéaste Alejandro González Iñárritu est un des réalisateurs contemporains que je préfère,  qui a  réalisé à mon sens  au moins deux chefs d'oeuvre ("21 Grammes" , "Babel" et "Amours Chiennes" était génial aussi …). Un cinéaste dont la virtuosité incontestable de mise en scène n'est jamais gratuite et sert toujours un fond qui m'a toujours semblé passionnant, mais tout le monde ne partage pas cet avis, loin de là.

Taisons d'emblée le suspens: pour une fois (enfin non c'était déjà le cas avec le "Mommy" de Dolan), mes très fortes attentes ne furent pas déçues tant je suis sorti de ce Birdman avec le sentiment de voir un immense film comme on en voit peu dans une année cinéma.

keaton-norton En effet, ce "Birdman" est une oeuvre éblouissante qui possède divers degrès de lecture : exercice de style éblouissant mais pas que, c'est également une comédie noire très intelligente et une  réflexion sur le théâtre, le cinéma, mais aussi plus généralement sur les relations humaines, une réflexion également sur la réalité et la fiction, sur l'amour et la mort, sur la vie.

 Mais, avant tout, et c'est d'autant plus étonnant pour moi qui dit m'interesser souvent plus au scénario qu'à la mise en scène, j'ai été complétement épaté par la mise en scène vraiment extraordinaire d’Iñárritu, qui est vraiment extraordinaire.

Tout le monde ou presque a fait mention faux plan-séquence de deux heures, mais ce "plan unique" en dehors de l'aspect technique assez extraordinaire, n'est pas purement gratuit, et ne vire pas au simple exercice de style. En effet, ce plan séquence continu montre que la scène et la vie sont intimement liées et on ne peut jamais détacher l'un de l'autre. La virtuosité de la caméra d'Innaritu épouse aussi parfaitement les tortueux méandres d'une intrigue vraiment passionnante et d'une pertinente réflexion sur le jeu des acteurs.

Il se passe beaucoup dans ce cadre, ce qui rend cet "Opening Night" version 2015 dynamique et barré : bagarres, courses, engueulades…Pour ceux qui se passionnent comme moi aux questions des rapports entre l'art populaire et élitiste, le lien parfois contradictoire entre théâtre et cinéma, une réflexion sur l'art de jouer entre critiques qui s’écoutent parler (peut-être le seul personnage un poil trop chargé du film) la recherche de célébrité et le sempiternel besoin de reconnaissance artistique et intellectuelle, les thématiques abordées dans ce Birdman offrent incontestablement une vraie jubilation. 

On le savait déjà, mais on a la confirmation que ces comédiens sont des monstres d’égocentrisme, comme ce Riggan (fabuleux Micahel Keaton) qui espère tant que la création de sa pièce inspirée d'un auteur respectacble comme  marchera comme un palliatif à sa crise professionnelle et personnelle. Cet acteur que ce personnage de Birdman a révélé nourri un complexe par rapport au théâtre. Pour lui, ne compte que la scène de Broadway, mais, naturellement, tant pour le public que pour la critique, que pour lui-même, il a les pires difficultés à sortir de ce rôle qui l'a définitivement marqué.

 L'ego, l'amour, la fidélité, le désir, le jeu, l'acte de jouer, la célébrité, les medias, les relations hommes/femmes et parents/enfants : Birdman englobe tous ces sujets, sans jamais les survoler, ce qui engendre des scènes assez incroyables, souvent sur le film (ces scènes sur le balcon absolument géniales entre Edward Norton et Emma Stone,  et d'ailleurs l'ensemble  acteurs et actrices sont extraordinaires.)

Ce film, foisonnant et baroque, pourra en rebuter d'aucuns, mais il s'avère à mon sens impossible de rester indifférent devant ce film labyrythique, plus abouti et plus émouvant à mon sens que des films sur un thème assez proche comme "dans la peau de John Malkovitch".

Film tourbillon, oeuvre totale et qui restera longtemps dans ma mémoire, Birdman s'impose comme le premier chef d'oeuvre de  l'année et confirme défintivement à mes yeux le talent incontestablement d'Innaritu.

 Birdman - Bande annonce finale [Officielle] VOST HD