Avant d'ouvrir un roman de Jérome Garçin, qui a ses entrées un peu partout dans le milieu de l'édition ( il est le présentateur vedette de la mythique émission le Masque et la Plume sur France Inter et rédacteur en chef culturel du Nouvel Observateur), on pourrait être un peu dubitatif quant à l'accueil très chaleureux que le monde médiatique lui accorde à chacune de ses parutions, et notamment à l'occasion de son dernier roman, le Voyant... Après avoir ouvert le livre en question, nos doutes s'effacent... et c'est Michel qui nous dit pourquoi...

le voyant

« La France risque de tomber en esclavage. Aussi importe-t-il plus que jamais de reconnaitre ce qu’est la Liberté, de célébrer la fête du 14 juillet. Chaque jour, notre indépendance est humiliée par l’ennemi ; chaque jour devant sa propagande de mensonges, notre bon sens proteste, mais notre bonne foi, désireuse de preuves qu’elle n’a pas toujours, hésite et se trouble. L’ennemi veut diminuer notre conscience morale ; il veut nous faire oublier notre devoir de révolte……» Cet édito du journal clandestin  « Défense de la France » daté du 14 juillet 1943 est écrit par un jeune homme de 19 ans, brillant élève en Khâgne à Louis-le-Grand. Cela fait deux ans qu’il dirige le réseau de résistance d’étudiants parisiens qu’il a lui-même créé dans le lycée. Jacques Lusseyran est aveugle depuis l’âge de huit ans. 

Jérôme Garcin nous raconte la vie incroyable d’un héros de la résistance pratiquement inconnu dans notre pays alors qu’aux Etats-Unis son autobiographie « Et la lumière fut » est un best-seller toujours réédité. Attention rencontre, Jacques Lusseyran devrait-être un Héros national tant son destin est exceptionnel. Lorsqu’il devient aveugle accidentellement, l’enfant décide que la cécité doit être une chance, devant cette détermination sa mère, institutrice, prend en charge son éducation. Elève brillant, il peut rejoindre le collège puis le lycée parmi les voyants. Résistant de la première heure à  seize ans, arrêté sur dénonciation à dix-neuf, incarcéré à Fresnes puis déporté à Buchenwald, il survivra.

Formidable livre que « Le voyant », la prose de Jérôme Garcin nous emporte. L’écrivain redonne la parole  à un  homme audacieux qui pensait que : « L’amour, la confiance et l’enthousiasme doivent triompher de l’ambition, la crainte et la compétition. » A l’heure où une vague sombre clapote aux pieds de nos belles démocraties, il est bon de se replonger dans l’Histoire de ces années noires. Cette époque où des jeunes hommes sont morts afin que nous puissions vivre et penser librement.

 

Le voyant            Jérome Garcin