femme iranienne

Même s'il a été réalisé quelques années avant le film de Jafar Panahi "Taxi téhéran",  sa sortie- et son beau succès critique- un mois après risque de faire de l'ombre à "Une femme iranienne",  beau film de la réalisatrice Negar Azarbayjani qui sort mercredi prochain et dont j'aimerais parler dans mon avant première du dimanche soir. 

Ce film, qui a été diffusé sur Lyon lors du dernier festival Ecrans Mixtes, est distribué par l'excellente société de distribution Outplay films (éditeur aussi de la superbe série suédoise Snö dont je vous reparle prochainement) raconte l’histoire, qui se situe dans l’Iran actuel, d’une rencontre et d’une amitié entre une mère et épouse « traditionnelle »  et Eddie, un garçon trans qui attend désespérément son passeport pour quitter le pays.

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Personnellement, j'ai vu le film quelques jours à peine après "Taxi Téhéran" et je n'ai pu m'empêcher de comparer les deux longs métrages, ne serait ce que parce que au début de ce femme iranienne on voit une femme conduire un taxi dans les rues de Téhéran  (on peut se dire que la voiture, comme dernier rempart contre les atteintes sociétales  sert de procédé narratif  idéal, dans le cinéma iranien).

Cette femme  chauffeur de taxi, c'est Rana, jeune mariée qui va être obligée de devenir conductrice de taxi pour rembourser les dettes de son époux emprisonné, et qui ainsi faire la rencontre, totalement par hasard, de ce Eddie, qui n'est autre qu' une fille Adineh (incarnée par la charismatique et impressionnante Shayesteh Irani qu’on avait déjà pu remarquer chez Panahi dans Hors jeu, cqfd), en attente d'un passeport pour pouvoir quitter l'Iran et se faire opérer pour devenir un homme, ce que sa famille, très riche, et adepte des convenances, n'admet évidemment pas.

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Car s'il n'est déjà pas facile pour les  des personnes transgenre de se faire accepter dans n'importe quelle société, on imagine bien que cette question est encore plus douloureuse en Iran, pays où la condition de la femme prête à débats.

"Une femme iranienne" a donc l'immense mérite de suivre le parcours de deux personnages plutot hors normes dans la société iranienne, et interroge  la peur de la différence et des conventions sociales, très fortes dans ce pays, et qui est à la source d'une grande majorité de discriminations, raciales, religieuses ou sexuelles. On pense un peu sur la même trame au film "Noor", un film pakistanais sorti l'année dernière.

 Un film qui présente avec douceur la difficulté de poser la question du « genre » en Iran, en osant  la rencontre  forcément fragile et pleine d'incompréhension d’une femme traditionnelle indépendante avec celle d’une frondeuse,  ancrée dans la réalité sociologique iranienne, une relation qui aboutira à une très belle relation d'amitié.

 Porté par deux interprètes formidable, ce film, en dépit de quelques maladresses dans l'écriture et un léger manque de rythme dans la mise en scène, touche par sa sensibilité et son humanité, et à la fin de ce beau voyage, on est heureux d'avoir fait la rencontre de ces deux êtres à la fois ordinaires et hors du commun.

Ce  film iranien devrait sortir sur une trentaine d'écrans  de cinéma français, il n'y a donc pas de raison pour que vous passiez à coté dès mercredi prochain en salles, et ce, en dépit du début du festival de Cannes qui risque de tout écraser sur son passage.

 Bande-annonce : Une Femme Iranienne - VOST