En plein festival de Cannes,  pour les nombreux cinéphiles qui, comme moi, ne pourront y être, pourquoi ne pas voir en DVD les films de l'an passé qui ont fait l'évènement et qui viennent tout juste de sortir?  Voici donc trois films que j'avais eu le chance de voir et d'apprécier ( en tout cas les deux premiers, le dernier était vu par Michel) lors de leur sorties en salles, et dont la sortie en DVD  pendant ce mois de mai, est ainsi l'occasion parfaite de redire un petit mot dessus :

 1. Whiplash ( Ad Vitam; sortie le 6/05/2015)

3D Whiplash DVD

Ce Whiplash  qui était sorti  avait fait une belle ovation l'an passé lors de la Qunizaine des Réalisateurs , mais a continué ensuite sa moisson des prix lors du dernier Festival de Deauville  où il obtenu le Grand Prix et le Prix du Public,

Ce second film  de Damien Chazelle (après un premier long déjà sur le thème de la musique, mais inédit en France) avait largement de quoi attiser les espoirs placés en lui , mais aussi , comme c'est souvent le cas lorsqu'un film déclenche une telle unanimité, décevoir ces attentes et retomber comme un soufflé.

Or, à la vision des premières minutes de ce long métrage de ce cinéaste même pas trentenaire, j'ai été très vite rassuré tant "Whiplash" fait partie des grands films de cette année, car c'est une oeuvre qui dégage une énergie incroyable, révélatrice d'une maitrise et d'une vraie passion, autant pour la musique (la première passion du metteur en scène) que pour le cinéma.

 Sous couvert de thriller de plus en plus tendu, le film creuse de très belle manière la question de l’inné contre l’acquis  et nous montre bien que le talent n'est absolument pas suffisant s'il n'y a pas de travail ardu et poussé pour l'accompagner, principe que l'on voit rarement dans un film musical, où l'on a souvent l'impression que tout tombe du ciel au personnage principal. Dans "Whisplash", c'est par le travail  que l’on devient le meilleur, et celui qui est prêt à faire les sacrifices inhérents à ce dur labeur pourra peut-être obtenir une possibilité d’atteindre son but.

Dans le rôle d'un prodige déterminé, Miles Teller ( que j'avais déjà remarqué dans le très beau "Rabbit Hole")  porte assurément le film, incarnant la détermination obstinée d’Andrew avec toute l’intensité et l'ambiguité nécessaires. Face à lui, le très charismatique J.K. Simmons (que j'avais assez peu vu dans de gros rôles jusqu'à présent) excelle en chef d’orchestre tyrannique prêt à lui faire subir toutes les tortures psychologiques.

Filmé au plus près des corps et des caisses de batteries, ce Whiplash , qui casse les codes du film musical en montrant l'art musical comme un combat permanent, use d'une mise en scène particulièrement physique, afin de dégainer plusieurs salves  particulièrement intenses, atteignant parfois des sommets de férocité rendant le spectateur parfois mal à l'aise mais toujours sous tension .

Apothéose du bras de fer qui parcourt tout le film, la séquence musicale finale, étirée jusqu’à l’épuisement,  clot en beauté ce qui est incontestablement un des meilleurs films musicaux de ces dernières années, et un des films marquants de 2014.

Bande-annonce : Whiplash (2) - VO

 Dans les bonus du film, outre 3 itw séparées du cinéaste et des 2 acteurs  principaux, on remarquera le court métrage éponyme qui en fait est une version courte du film en reprenant avec JK Simmons dans le rôle du prof tortionnaire mais pas Miles Teller dans le rôle de l'élève la scène la plus intense et marquante du tout premier cours. Interessant de comparer le court avec le long. 

2 Hard Day ( M6 vidéo; 15 mai 2015)

 

hard day

J'avais entendu parler de ce  Hard Day, lors de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier festival de Cannes tant ce polar coréen qui mélange de façon réussie thriller plein de suspense et comique burlesque avait apporté un vrai vent de fraicheur sur la croisette.

 On pourrait penser, au vu du résumé, avoir à faire à un polar classique au sens noble du terme. Or, ce qui fait la particularité de ce "Hard Day", c'est que cette intrigue policière est agrémentée d'énormément de touches d'humour noir, et même une pincée de burlesque particulièrement bienvenue.

 On est un peu dans un film à la  "After Hours" (qui est un peu le film référence qu'on cite dès qu'un type  accumule les malheurs et les situations les plus ubuesques les uns à la suite des autres), mais un After Hours à la sauce coréenne et policière :à  chaque fois que l'on pense que notre héros est tiré d’affaire, une nouvelle tuile lui tombe sur la tête, et cette accumulation donne lieu à de scènes savoureuses, même dans des situations les plus tragiques que lors de l'enterrement de sa mère.

L'humour n'est pas que burlesque et visuel, car il comporte aussi une dimension satirique, avec un visage de la  police corréenne particulièrement corrompue et incompétente. Kim Seong-Hun ne va pas avec le dos de la cuiller (de la baguette?) sur l’incurie de la police et du poids d’une raison d’État, obstacle à la justice, et cette vision est particulièrement savoureuse à regarder pour le spectateur.

A Hard Day 3

A la fois ludique et prenant, ce roboratif  "Hard Day" sorti au tout début de l'année 2015 en salles était la première bonne surprise cinéma de cette année 2015, et sa sortie DVD devrait permettre de rassassier les appétits de tous les cinéphiles affamés et aguichés  à distance par le festin cannois.

A HARD DAY Trailer | Festival 2014

3. Foxcatcher ( TF1 vidéo, sortie le 20 mai 2015)

 

foxcatcher v

S'il n'y avait  qu'un seul film à voir en janvier 2015, selon la grande majorité des cinéphiles que je suis sur twitter ou autres réseaux sociaux , c'était certainement "Foxcatcher", prix de la mise en scène lors du Dernier Festival de Cannes...

Sauf que le film dure 2h18, et que j'avais  préféré voir deux films d'une heure trente (dont le sympathique Discount et un autre dont je vous reparle prochainement) plutôt qu'un film de 2 h passée...

Mais ce cher Michel, lui, a passé outre ces considérations temporelles, il est allé voir Foxcatcher et nous dit ici pourquoi  ... 

FOXCATCHER

Lorsqu’un du Pont de Nemours veut quelque chose il y met le prix et il l’obtient, sinon à quoi cela servirait d’appartenir à une des plus grosses fortunes des Etats-Unis. John du Pont aime la lutte, ce sport inférieur d’après maman du Pont, alors John crée un camp d’entrainement ultra moderne tout près de la maison familiale et achète littéralement un champion olympique pour en faire son champion et comme cela ne suffit pas il achète aussi le frère du champion qui est aussi son coach car rien ne peut résister à John du Pont.

Il faut dire que l’héritier n’a aucun talent, son seul charisme est son compte en banqueet une mère qui à chaque apparition l’émascule avec application. Le problème c’est que Mark le champion traine lui aussi pas mal de gamelles existentielles, mélancolie, difficulté à exister dans l’ombre d’un frère sûr de lui, manque de père et de repère,la rencontre de ses trois personnages annonce une tragédie.

foxcatcher film

Qu’arrive-t-il au cinéma américain ? Car quelques semaines seulement après "A most violent year", voici encore un très bon film que l’on doit, il est vrai, à Bennett Miller le réalisateur du déjà excellent « Truman Capote ».

Le mariage du « Jouet » de Francis Veberet de « 50 ans et toujours puceau (je sais c’est 40 ans mais dans ce film Steve Carell a bien 50 ans) version drame dans l’Amérique triomphante de Reagan, si en plus on parle d’ornithologie avec une maman dans un fauteuil roulant on est presque chez Hitchcock.

 Frustration, jalousie, mal-être, Œdipe mal digéré, sexualité refoulé, font de ce film un cocktail détonnant servi par des acteurs au sommet, Channing Tatum, géant au regard buté si fragile, Mark Ruffalo paternel et responsable, et Steve Carell dans la toute-puissance jusqu’à la folie.

Du Tennessee Williams version côte Est, prix de la mise en scène à Cannes 2014, bref, un long métrage à voir toutes affaires cessantes.

FOXCATCHER Bande Annonce VOST (2014) HD

Bon, hélas, depuis cette critique j'ai vu le film en DVD et deux fois hélas, je ne partage pas l'avis de mon cher comparse : histoire assez plate et réservant peu de rebondissement, mise en scène terne et monocorde ( le prix à Cannes est pour moi un mystère), cabotinage éhonté de Steve Carrel : encore une fois je ne partage pas l'avis de ce cher Michel...mais bon n'hésitez pas à tenter le coup avec ce DVD ( malgré des bonus bien pauvres) pour vous faire une idée et savoir dans quel camp vous vous placez...