manderley forever

 Il est parfois risqué de relire un auteur qui vous a fasciné à l’adolescence, la nostalgie est mauvaise conseillère et la déception peut être au rendez-vous. Pas de problème, Daphné du Maurier supporte l’épreuve haut la main. Albin Michel réédite « Rebecca », son roman le plus connu, dans une nouvelle traduction et c’est formidable. Ce roman, comme la plus part de son œuvre, est inclassable, d’une noirceur et d’une modernité dans l’étude psychologique qui laisse pantois.

Non, mille fois non,  du Maurier n’est pas une écrivaine romantique, ses héros, victimes pas forcément innocentes, souffrent, doutent, s’effacent ou se laissent manipuler.

Dans ses romans historiques ou contemporains l’obscure et le solaire s’affrontent, perversion, double maléfiques, ambiguïté sexuelle, pulsions inavouables, cadavres dans le placard, rancœur, culpabilité, peu de chose effraie la romancière. Il faut relire du Maurier, petite liste non exhaustive : « Ma cousine Rachel », « Le bouc émissaire » mon préféré, « La maison sur le rivage » et ses recueils de nouvelles d’où sont extraits « Les oiseaux » porté à l’écran par un certain Hitchcock, « La poupée » écrite à l’âge de 20ans et surtout « Ne vous retournez pas » qui a donné un merveilleux film réalisé en 1973 par Nicolas Roeg.

daphné du maurier

 Saviez vous que Daphné du Maurier (1907-1989) avait des racines françaises dans la Sarthe?. Petite-fille d’un écrivain célèbre, fille d’un acteur anobli proche de James Matthew Barrie le créateur de Peter Pan, mariée au futur général de division Frédérick Browning, elle a  mené une vie d’écrivaine peu mondaine dans de grandes et belles demeures en Cornouailles.

Elle a surtout lutté toute sa vie pour faire taire Eric Avon son double garçon qu’elle s’est inventé à l’âge de 10ans. Daphné homosexuelle refoulée, a connu un amour foudroyant avec Fernande une jeune directrice de pensionnat, une belle amitié amoureuse avec Ellen la femme de son éditeur américain et une relation avec l’actrice qui créa le rôle de la comédie musicale « Le roi et moi » à Broadway, Gertrude Lawrence une ancienne maitresse de son père. Qui a dit que Lady Browning du Maurier était une femme rangée ?

 Alors oui incontestablement, Il faut relire Daphné du Maurier, mais faut-il lire « Manderley Forever » la biographie de Tatiana de Rosnay ?  Si vous aimez le style littéraire journalistique «  Point de vue image du monde », «  Paris Match » ou «  Figaro Madame » pas de problème, cet essai romancé, très documenté, fera votre bonheur...si vous aimez la grande littérature, par contre, mieux vaut mille fois relire les originaux de l'immense Lady Browning du Maurier.

Chronique de Michel D..