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 Je voue une admiration sans borne aux personnes, qui  osent du jour au lendemain quitter leur univers professionnel dans lequel il était bien installé pour repartir totalement à zéro, et changer de cap.

 C’est notamment le cas de  Fara Sène , ancien basketteur professionnel jusqu’en 2002 ( qui a joué en deuxième division française), qui a décidé de se lancer dans le cinéma, sa passion de toute une vie  

 En avril 2003, il fonde sa maison de production et enchaine les clips musicaux. Fort de cette réussite il écrit et réalise 4 courts métrages, dont le dernier « Tant que tu respires » est primé dans de nombreux festivals., et de fil en aiguilles, cela l’encourage à réaliser son premier long métrage « Être »  qui sort en salles ce mercredi 10 juin.

 Et pour  son premier long métrage, Fara Sène tente un projet audacieux, un film choral qui vient flirter avec ses modèles avoués et assumés, Collision de Paul haggis ou Amours chiennes de Alejandro Gonzalez Iñarritu, deux films que moi aussi je considère comme des chefs d'oeuvre du genre, aussi bien au niveau de la mise en scène que de l'histoire.

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 Etre  ( un titre basique mais il fallait aussi y penser) nous raconte  ainsi comment le parcours de cinq destins qui, en seulement 24 heures vont basculer à jamais, leur chemin vont alors se croiser et c’est là qu’ils vont pouvoir tout reconstruire et repartir à zéro.

 Même si les derniers films du genre  ( Puzzle du même Haggis) ont donné des réussites moins éclatantes que celles nommées, j’ai toujours particulièrement apprécié ce genre, ces films qui tentent de croiser un certain nombre de personnages dont les destinées vont correspondre d’une façon ou d’une autre.

 C’est un genre qui requiert fluidité du récit  et de la mise en scène pour que le spectateur parvienne à vite comprendre les caractères des personnages et les différents ramifications et  enjeux qui les traversent, et ici, dans la plupart des cas,  la fluidité est présente et on n’a pas de mal à se retrouver malgré la multitude des personnages.

 Grâce à une écriture plutôt fine qui évite la plupart des clichés inhérents au genre,   Fene nous tisse une chronique sociale, dont le versant social n’empiète jamais sur le destin individuel de tous les personnages.

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 Par le biais de certains dialogues certaines astuces de scénario, le film dégage une vraie humanité et une vraie empathie pour tous ses personnages, et qui font qu’on a envie d’aimer le film et d’oublier les quelques défauts et maladresses, notamment techniques reperées ici et là, mais certainement imputables à un budget qu’on imagine très modeste.

Tant pis si tous les personnages ne sont pas aussi développés qu’on aurait aimé ( le personnage de l’animateur TV ou la fiancée du boulanger par exemple) : ils arrivent tous à exister tant bien que mal, et surtout la caméra de Sene les filme sans les juger, ce qui est éminement louable.

Et être touche aussi et surtout par l’audace de son casting. Entouré de pas mal d’acteurs peu connus ( dont la plupart sont belges), on notera le rôle à contre emploi de Bruno Solo dans un rôle de flic au bout du rouleau et le retour très convaincant de Salim Kechiouche apprécié dans les films de Gaël Morel il y a une quinzaine d’années déjà.

Parmi les révélations du film,  Djena Tsimba  offre une prestation touchante et sincère et on pourrait parier sur elle dans les années à venir.

Bref avec ce fragile et sensible long métrage, on peut dire que  Sene a eu  réussi de lacher les parquets de baskets pour les plateaux de tournage !!

Bande-annonce : Etre