Un jour après ma sélection/ concours autour des livres de poches, voici une nouvelle sélection de 5 livres, même si aujourd'hui , pas de concours à la clé ( ce n'est pas non plus Noël tous les jours, encore heureux, vous seriez blasés à force), juste une revue de livres, et plus particulièrement une revue de polar.

L'été est incontestablement la période la plus propice à lire des polars, et il est donc normal que tous les ans à la même période ( comme je le fais aussi pour le mois de mars à l'époque du festival Quai du Polar), je vous fais une petite revue des polars  ( certains viennent de sortir, d'autres sont un peu plus vieux) qui nous ont le plus marqué, Michel et moi et qu'on vous conseille de mettre dans vos valises pour les vacances, si bien sur vous n'êtes pas encore partis...

1. Le syndrome du pire, Christoffer Carlson

syndrome

"Tard dans la soirée, je quitte salem. Je sors dans l'air frais et du coin de l’œil, je vois l'entrée qui était la leur. Je la vois là qui attend dans le noir. je n'ai pas envie de partir tout de suite et je m'attarde devant leur porte, comme je le faisais à l'époque".

  Si on peut ,au bout d'un moment , je vous l'accorde quelque peu se lasser un peu de la vague des polars scandinaves qui ont déferlé sur la France cette dernière décennie, on pourra jeter un oeil sur  le premier roman noir d'un jeune auteur , Christopher Carlson,titulaire d'un doctorat en criminologie,donc qui a priori est bien armé pour se lancer dans le polar. 

Déjà traduit dans plus de 16 pays, Le Syndrome du pire a été élu roman policier de l'année par l'Académie des auteurs de roman policier suédois. Ce prix a déjà récompensé de grands noms du polar tels que Stieg Larsson, Henning Mankell, Johan Theorin ou Åke Edwardson.

Plusieurs récits se superposent dans cette histoire, à deux époques distinctes., et ces deux  récits tissent la trame d'une sombre histoire de vengeance, sur fond de harcèlement et de changement d'identité. Voici un polar d'une efficacité assez redoutable,  à l'ambiance plutôt lourde, notamment lorsque sont évoqués les épisodes renvoyant à l'adolescence du personnage principal et qui nous montre un Stockholm comme on n'en voit peu, à travers,la lente descente aux enfers d'un enquêteur en fin de course.

L'auteur nous emmène dans les bas-fonds de Stockholm, nous fait rencontrer des personnages troubles, mystérieux, mais aussi attachants, sur fond de drogue et de jeunesse livrée à elle-même.

Un livre à l'intrigue originale, et assurément un auteur à suivre!!

2. Franck Sinatra dans un mixer;   Matthew Mc Bride

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« Je garai la Vic et goûtai le début de ce qui allait sans aucun doute être encore une cuite mémorable tandis que debout à côté de la Lincoln, j’attendais que Big Tony prenne une autre ligne de coke. Il en propose une à Doyle, mais Doyle ne touchait jamais à la came. Il ne gâchait pas non plus son temps à boire, parce que cela lui aurait fait perdre un temps précieux pour voler. Quand Doyle n’était pas en train de commettre un vol, il pensait en commettre un. Ou il se préparait à voler  quelque chose. C’était le genre de type qui rêve de vol toutes les nuits. Et quand Doyle avait des insomnies, il ne comptait pas les moutons- il les volait. "

Un banquier suicidé à coups de batte de base-ball, un braquage qui tourne mal, un quidam rôti dans une camionnette, un sac bourré de pognon  qui change de cachette suivant les truands frappadingues qui se le piquent les uns les autres, ce pourrait être un cauchemar pour le détective privé Nick Valentine, c’est tout simplement son quotidien. Un quotidien qu’il supporte grâce au Southern Confort, quelques cachets d’Oxycotin et la compagnie affectueuse de Franck Sinatra.

Associé à Ron, un policier Amish très a cheval sur le règlement, Valentine mène l’enquête, et comme l’expression  « respect de la procédure » ne fait pas vraiment partie de son vocabulaire, ça va saigner, éclabousser, calciner, trancher, sniffer, chnouffer et boire. Si ça n’éjacule pas c’est uniquement par manque de temps car, entre deux courses poursuites, il faut sortir Franck Sinatra en promenade. Pour notre détective, la vengeance est un plat qui se  mange froid et se règle à grands coups de tronçonneuse, Sid l’English n’aurait jamais dû fourrer Franck Sinatra dans le mixer.

Nick Valentine est un héros facile à suivre, il laisse des traces de sang derrière lui. Tarantino et les frères Coen rencontrent Dashiel Hammett et Raymond Chandler. Style compulsif et syncopé voilà un nèo polar rouge et noir qui a la très, très, bonne idée de ne jamais se prendre au sérieux. A déguster avec un BloodyMary frappé, sous le soleil exactement. ( MD)

3. Les anonymes, RJ Ellory

ellory

 

«  Miller regarda les hommes réunis devant lui. Des vétérans blanchis sous le harnais, tous sans exception vaccinés contre ce genre de chose. Rien de nouveau sous le soleil. Une bonne femme assassinée. Une noire de la cité, mère célibataire, mari décédé, sans personne pour s’intéresser à elle, personne pour s’en occuper, et certainement sans personne d’autre que sa fille pour assister à son enterrement. »

 Cinq femmes assassinées, depuis quelques mois un sérial killer joue à cache-cache avec la police de Washington rien de plus classique et le chroniqueur de bonne composition se dit qu’il va faire confiance à Ellory et se laisser porter par son talent de « Page Turner ». «  Seul le silence »  et « Vendetta » nous ont laissés un bon souvenir.

Tout doucement le malaise s’installe, les confessions d’un agent de la CIA s’intercalent au fil de l’enquête. John Robey (le nom du personnage de « la main au collet) professeur émérite à l’Université et exécuteur pour la CIA se repend et se souvient de trente années d’un dévouement aveugle et de sacrifices au service de la raison d’état. La CIA de l’intérieur, les années Reagan et Bush, l’implication de la Compagnie dans la guerre civile au Nicaragua, la fin du XXe siècle et la montée de l’ultra libéralisme cynique et corrompu, John Robey a tout vécu, seulement aujourd’hui tous ses morts se réveillent et le suivent.

 L’enquête sera bouclée en dix jours et en tricotant deux récits R.J Elloryréussi l’exploit de contenter les amateurs de polars saignants et les amateurs de romans d’espionnage à grande échelle. L’implication de la CIA dans la pluparts des grands scandales qui ont secoués les Etats-Unis et l’Amérique Centrale et son impunité font froid dans le dos. Prêt à tout pour la bonne cause, c’est-à-dire les intérêts de l’Amérique, la Compagnie, nom familier donné à cette chère Central Intelligence Agency, n’est décidément pas de bonne compagnie.

Captivant, efficace et instructif, le romancier se permet quelques instants poétiques : une mort acceptée devant « la vie est belle » de Franck Capra, une jeune patineuse qui effectue des doubles Axels en écoutant Edith Piaf, R.j Ellory possède assurément un sacré savoir-faire. 

(MD)

4. Terminus Belz, Emmanuel Grand

Terminus Belz de Emmanuel Grand

 « Après leur journée de pêche, Marko se précipita chez Venel. Une suave odeur de café régnait dans la boutique. Le libraire, occupé avec un client, lança une œillade inquiète au jeune homme puis, quand la petite clochette tinta, il se pressa vers lui : « Marko vous tombez bien, il fallait que je vous parle. La police est venue. Ils ont ouvert une enquête pour le pied coupé. Ils n’ont encore rien trouvé et si vous voulez mon avis, ils ne trouveront rien avant longtemps, mais….ils veulent interroger tout le monde… »

Marko, jeune clandestin ukrainien sans papier est poursuivi par des tueurs. Mais se réfugier sur une petite ile bretonne que l’on surnomme l’ile des fous est-ce vraiment une bonne idée ? Marko a-t-il plus à craindre de la mafia  roumaine que de l’Ankou ce spectre qui hante la lande pour aspirer l’élan de vie des mortels ? Ce n’est pas sure.

Lorsque que la réalité crue : clandestin, passeurs véreux, mafia d’Europe de l’Est, rencontre les superstitions primitives de la Bretagne profonde cela crée un mélange étonnant et violemment surréaliste. Mais le plus surprenant c’est que le récit fonctionne et le lecteur captivé a du mal à lâcher ce polar original. L’ile est une forteresse où l’étranger doit se battre pour être accepté, mais elle sait aussi devenir protectrice lorsque la mort rôde.

 Il y a un soupçon de Fred Vargas dans la manière de mixer mythologie et croyances locales avec une intrigue contemporaine très ancrée dans la réalité. Dans ce récit qui va d’Est en Ouest de l’Europe, Emmanuel Grand revendique l’influence de Dennis Lehane et de Simenon,le pari est osé mais parfaitement réussi. Baz-art à la joie de vous faire part de la naissance d’un vrai écrivain de polar. Bravo Monsieur Grand, vous êtes un Grand auteur ! ( MD)

5. Illusions Fatales; Rachel Abbott

fatales

"...la destruction silencieuse et inexorable de l'estime de soi c'est bien plus sinistre - c'est une violation de l'âme. C'est ce qu'Hugo m'a fait".

Sir Hugo Fletcher vient d'être retrouvé mort dans son lit, nu, attaché dans une position des plus équivoques.
Chargé de l'enquête, Tom Douglas, fraîchement débarqué au sein de la police londonienne, s'interroge : ce crime sulfureux ne colle pas avec l'image respectable de Fletcher, richissime philanthrope connu pour son engagement au sein d'Allium, une association qui aide à soustraire de jeunes immigrées de l'Est à la prostitution.

Mais qui est donc ce mystérieux sir Hugo  qui vient d'être assassiné dans une mise en scène sexuelle?.  On le découvre peu à peu au fil des lettres écrites par sa seconde femme Laura qu'elle n'aura jamais envoyées.  Personnage pervers qui détruit ce qui l'entoure, l'horreur grandit à chaque page.  On en arriverait à pardonner à son assassin ! En déplit d'un style un peu trop familier, voire simpliste, on est pris dans les toiles de cet engrenage haletant qui jette un voile trouvblant sur les violences d'un pervers narcissique et manipulateur... Idéal pour l'été...