camille

"Nous n'avons pas de nom. Nous ne sommes ni veufs, ni orphelins. Il n'existe pas de mot pour désigner celui ou celle qui a perdu son enfant".

Il y a quatre ans de cela, j'avais noté une tendance assez étrange dans mes habitudes de lecture, en enchainant plusieurs  livres qui avaient pour thème principal la mort d'un enfant ( Le fils de Michel Rostaing, Nos étoiles ont filés,  Pour toi Ferdinand le témoignage de Patrick Chesnais,  2 petits pas sur le sable mouillé...), et je m'étais demandé si je n'étais pas  sacrément maso ou bien si c'était une façon de désarmocer la tragédie: plus je suis confronté à ces situations à travers les bouquins, plus je me dis que ca ne peut arriver à tout le monde, donc pas aux miens.

Finalement, j'ai un peu arrété dans les années qui ont suivi avec ce genre de lectures, pas forcément consciemment, car il y avait peu de textes suffisamment fort dans l'actualité littéraire, et ce n'est que 4 ans après, avec un des textes très fort de cette rentrée littéraire,  Camille, mon envolée, le premier roman (?) de Sophie Daull, poignant adieu d'une mère à sa fille morte à 16 ans.

" Camille, mon envolée, paru le 20 août chez Philippe Rey, fut une de mes toutes premières lectures de vacances, et si le livre n'est pas forcément idéal pour une lecture de plage, ce récit élégiaque d'une mère à sa fille, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante m'a fortement touché par son coté déchirant et implacable.
On aime la construction du récit, qui mélange deux périodes différentes, celle du moment de la mort de Camille et des jours qui ont suivi, et celle de plusieurs semaines plus tard.
Journal intime qui dévoile tout ou presque du quotidien de l'auteure, actrice de théâtre que je ne connaissais pas, avant et après la mort de sa fille, ce récit est tout à la fois déchirant mais également jamais dépourvu d'une ironie et d'un sens du cocasse qui permet d'éviter le voyeurisme et le pathos qui pourrait forcément pendre au nez face à un tel projet.
"Camille mon envolée" est de ces livres qui serrent fortement le cœur, en tentant de décrire l'impossible et en d'expliquer l'impuissance et le douleur d'une mère et d'un père qui vont forcément se sentir seuls malgré la bienvaillance et la sollicitude de ces proches qui ne peuvent rien face à cete tragédie sans nom (« Ils disent : le ‘‘drame”, la “tragédie”, le “grand malheur qui vous est arrivé” (…) je leur dis de simplifier, d’appeler les choses par leur nom, de dire “la mort de Camille” (…) C’est aussi simple que ça. Je sens que ça leur paraît brutal, que ça déforme leur bouche. Mais tu n’es pas soluble dans les généralités. »).
Catharsis indispensable à sa sa survie, "Camille mon envolée",  cri littéraire incontestable, dit avec beaucoup de puissance et justesse la sidération et l'impuissance face aux épreuves et aux drames  de la vie, et à l'incongruité de cette vie qui continue envers et contre tout.

"Je voulais écrire vite, jusqu'à ta mort, ton dernier souffle ; puis, allez, faisons durer jusqu'à ton enterrement, et puis voilà, ça ne s'arrête pas, ça ne s'arrêtera jamais - toi disparue n'a pas de fin. (...) Comment finir d'écrire ta fin ?" Si "Camille mon envolée" n'a pas forcément la réponse à cette cruelle et bouleversante question, Sophie Daull nous livre assurément un de ces très beaux textes de cette belle rentrée littéraire.