Libérée, délivrée Je ne mentirai plus jamais Libérée, délivrée C'est décidé, je m'en vais!! : que Toni Morrison nous pardonne nous ne résistons pas à la référence un poil hors de propos quand on lit le titre du nouveau roman du prix Nobel de Littérature débile pour l’objet -cette satanée ritournelle qu'on a dans la tête même quand on ne le veut pas, tiens ca me fait penser à Vice et Versa,(encore un dessin animé, décidement, je m'en sors pas)..

Mais évidemment que “Délivrances” n’est pas un dessin animé Disney...c’est un conte parfaitement abouti très maitrisé, et très accessible, bref tout ce que l’on est en droit d'attendre d’un prix Nobel ....comme Michel nous l'explique dès maintennant :

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«… Elle m’a fait peur, tellement elle était noire. Noire comme la nuit, noir comme le Soudan. Moi, je suis claire de peau, avec de beaux cheveux, ce qu’on appelle une mulâtre au teint blond, et le père de Lula Ann aussi. Y a personne dans ma famille qui se rapproche de cette couleur. Ce que je peux imaginer de plus ressemblant c’est le goudron… »

Lula Ann est née trop noire, ses parents des mulâtres au teint clair ne comprennent pas, le père quitte la maison, la mère l’élève sans cacher son dégout. L’histoire le prouvera, Lula Ann est prête à tout pour que cette mère si froide lui donne de l’affection et lui prenne la main en public. Adulte Lula Ann a réussi, d’une beauté fracassante elle tient un poste important dans la cosmétique, pourtant Booker son bel et mystérieux amoureux la quitte un matin sur ces mots : «  Tu n’es pas la femme que je veux ».

Enfant, Booker a dû, lui aussi, tout faire pour tenter de dissoudre un drame familiale. En partant à la recherche de son fiancé, Lula Ann va entreprendre un voyage au fond d’elle-même et  tombera de Charybde en Scylla. Cette chute lui permettra aussi de se libérer de la gangue qui l’emprisonnait.

« Délivrances » au pluriel : délivrance de la naissance, délivrance de l’enfance martyre, délivrance du mensonge, délivrance pour une re-naissance. «  Délivrances » c’est aussi l’histoire de la création d’un couple vrai. Toni Morrison, pour la première fois, écrit sur l’Amérique d’aujourd’hui, mais c’est avec la structure du conte qu’elle nous parle d’exclusion, de racisme, de haine, d’enfance brisée ou de mensonge.

Lula Ann et Booker, enfants blessés californiens, pourraient-être de lointains cousins de Hans et Gretel. Ce roman simple et complexe à la fois, à l’écriture épurée peut être une excellente  introduction à l’œuvre de Toni Morrison, femme exceptionnelle, prix Nobel de littérature en 1993.