orfeo

« Il fut un temps, dans sa jeunesse, où Els n’aspirait qu’à une chose : écrire une pièce si parfaite que Clara serait rongée par le remords. A l’âge mur, il voulait seulement lui rendre une part de tout ce qu’elle lui avait donné. »

Pour Peter Els, tout bruit est un son, c’est ce que l’on appelle l’oreille absolue, ce pourrait être une  bénédiction. Pour le vieux monsieur qu’il est maintenant cela ressemble plus à une malédiction. Une vie de création et une impossibilité à se livrer à un public qu’il a toujours imaginé hostile, et pourtant Peter est un génie de la musique.Il peut être aussi un bon ami, un bon amant, un bon mari et un bon père mais jamais en même temps et jamais longtemps.

Alors, à soixante-dix ans passés, lorsqu’il est pris pour un terroriste, à la suite d’un malentendu, par Dupond et Dupont de la CIA, il devient l’ennemi public numéro un d’une Amérique offerte à la paranoïa télévisuelle. Peter va faire ce qu’il a toujours fait dans la vie : « un zig quand le public  attend un zag ». Peter fuit sans but et là c’est son passé qui lui fait  un zag alors qu’il attend un zig. 

Ouf ! Depuis son beau roman « Le temps où nous chantions » on sait que Richard Powers connait la musique, qu’il l’aime et la partage. Dans «  Orfeo » nous ne sommes pas dans la chanson mais dans le monde de la recherche musicale pure : Chostakovitch, Bartók, Stravinsky avec un détour par John Cage, Pierre Boulez, le tout saupoudré d’un petit peu de Beatles.

Powers est généreux, dans sa trame romantique à la « Jules et Jim et l’Opéra Dodécaphonique » il inclut une histoire de la musique contemporaine et des micro-biographies de Mahler, Messiaen ou Harry Partch. Le romancier nous bouleverse, nous émeut et nous instruit, le lecteur ravi n’en demande pas plus.

Et pour le Tintinophile que je suis, citer Dupond et Dupont dans un roman rend son auteur attachant, forcément attachant.

Michel D