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 « Et la voilà, l’étoile qui me guide en toutes circonstances : le rêve. Pour moi, la vie est un gros gâteau, avec des tranches de réalité et des tranches de rêve. Ce sont ces dernières que j’avale avec le plus d’appétit, et ça depuis l’enfance. Bien sûr, au fil des temps, j’ai abandonné l’idée d’être Tarzan ou Geronimo, et après quelques années de latence, j’ai trouvé, comme je te l’ai dit, après avoir découvert Danny Kaye, le « truc » : devenir acteur. Ainsi, je pouvais continuer à poursuivre mes rêves d’enfance, jouer à être un autre. Vivre mille aventures à travers les personnages que j’interprétais. Je suis devenu publiciste, avocat, éducateur social, psychanalyste, mais à ma façon. Seulement voilà, être comédien, c’est quoi ? Donner vie à des personnages que vous n’êtes pas, avec le plus de réalisme possible, de vérité surtout. Et paradoxalement, c’est toujours moi qu’on retrouve derrière ces personnages et non le contraire. C’est peut-être pourquoi j’ai toujours douté d’être un comédien. C’était toujours moi, confronté à des situations comiques : distrait, inadapté, malchanceux, timide. » (Pierre Richard)

 Pourquoi foncer encore sur une autobiographie, comme il en sort tant  mois après moi, et pourquoi surtout une sur Pierre Richard- qui est sorti en juin dernier chez Flammarion et que j'ai dévoré il y a quelques semaines lorsque j'avais de graves problèmes de santé et qu'allumer un ordinateur m'était tout bonnement impossible ( c'est vous dire dans quel état j'étais)? Tout simplement parce qu'il est unique à mes yeux et que j'éprouve pour lui un indefectible.

Ce lien j'avais tenté de l'expliquer  il y a deux ans lors d'une retrospective du Festival Lumière, mais je sais que d'autres que moi le partagent aussi, dont un certains nombre de cinéphiles ou moins cinéphiles de ma génération  des plus anciennes- mais aussi des futures, mes enfants l'aimant particulièrement dans "La chèvre" ou "le coup du parapluie", deux longs métrages que je leur ai fait découvrir.

Ses rôles de distrait et de réveur dans les étoiles ont fait de Pierrot Richard un vrai comédien populaire  apprécié de tous ( encore plus que De Funès ou Coluche, vous n'entendrez que très peu de gens le critiquer), quelque soit son milieu social ou son degrès de cinéphilie. 

Personnellement, j'ai toujours eu une tendresse infinie pour Pierre Richard, ne serait ce que déjà parce que, physiquement, il m'a toujours énormément fait penser à mon père, même si la maladresse légendaire qu'il trainait dans tous ses film le rapprocherait plus de....moi!! Enfin, je veux surtout parler du "moi" de ma jeunesse, l'être terriblement malhabile et tête en l'air, qui collectionnait les bleus et les échymoses à force de m'éclater la figure par terre...

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Dans ce livre autobiographique qui ne pourra que ravir les fans de l'acteur comme moi, notre Pierrot national s’est confié à son ami Jérémie Imbert,  ( que je connais pour faire partie d'un groupe de chansons pour les enfants, les Zimbert et Moreau un groupe qu'il a créée avec ses parents et son frère et qui avait fait chanter Pierre Richard pour sur un innénarable Tête en l'air, ode au personnage Richard). Imbert fait partie de ces cinéphiles dont je parlais, ceux  qui vouent une telle admiration à Pierre Richard qu'il lui avait carrément consacré un film il y a 10 ans coréalisé avec Yann Marchet et intitulé  Pierre Richard, l’Art du déséquilibre.

De son enfance (durant laquelle le syndrome de la comédie était déjà latent) à l’âge mûr en passant par son apprentissage au Cours Dullin, le Grand Blond évoque les rencontres qui ont jalonné sa carrière, de Danny Kaye (l’homme qui a déclenché sa vocation de comédien) à Yves Robert, le cinéaste qui va faire pour beaucoup pour sa carrière et son triomphe , Pierre Richard dévoile tout ,  sauf l'essentiel qu'il dit avoir oublié dans une de ses formules mi rigolardes mi sérieuses dont lui seul a le secret.

Car tout le livre est à l'image de Pierre Richard ou du moins l'idée qu'on s'en fait : celle d'un être qui est toujours là sans en avoir l'air, un art de vivre qui 40 ans après son succès semble avoir du moins à le comprendre et n'essaie pas vraiment de le comprendre d'ailleurs.

Du coup, inutile de chercher comme dans d'autres biographies, des méchancetés sur ces collèges de travail, les seules petites égragnitures- notamment sur Delon ou Louis de Funès- avec qui il a failli travailler sur l'aile ou la cuisse sont dites avec cet air de ne pas y toucher, qu'on ne sait s'il est totalement naturel ou travaillé, mais qui en tout cas ne peut que toucher durablement.

Il faut voir comment Pierre Richard nous raconte, sans jamais chercher à en comprendre les raisons de l'accueil qu'il a à chaque fois qu'il se rend en Russie, un pays qui le prend pour un Dieu (un vrai Dieu pas comme notre Gégé national), à tel point qu'il trone dans des statues de glace en compagnie de Charlie Chaplin et Marylin Monroe..

Evidémment  dans " Je sais rien mais je dirais tout", les anecdotes  drôles,  notamment celles sur son grand ami Jean Carmet  lors du tournage du Grand Blond), l'emportent largement sur la mélancolie et les ressentiments, même si l'on sent passer comme un état d'âme lorsque Pierre richard évoque à mots couvert la carrière différente qu'il aurait pu faire s'il n'avait pas été cantonné, par sa faute et celles des producteurs à ce  personnage  de gaffeur lunaire dont il a commencé à se lasser au début des années 80.

Ce qui est sûr, c'est qu'à part lui, personne ne s'en est lassé de ce personnage, tant, contrairement à d'autres humoristes qui semblaient se reposer un peu trop sur les lauriers, Pierre Richard parvenait à insufler une inventivité et une humanité rare. Inventivité et humanité que l'on retrouve incontestablement à toutes les pages de cette belle autobiographie qu'on ne peut que recommander aux fans et autres de cet immense acteur français.