maladroite

"En quinze jours de classe, j'avais compris, les bleus, les bosses, quand j'y repense j'ai l'impression que tout s'est déroulé à travers un cauchemar. Alors, je ne vois plus ma classe, mes élèves se figent en noir et blanc - et parmi eux, il y a Diana : elle est la seule à ne pas être en noir et blanc et à ne pas être immobile, je la sais en danger, elle me regarde, comme si elle guettait de moi ce que je peux faire, ce que je vais faire. Mais dans le cauchemar, je sais que tout est déjà trop tard pour elle, elle me regarde, et je ne peux rien faire, et je voudrais qu'elle me pardonne. "

 "La Maladroite" d'Alexandre Seurat, paru en cette rentrée aux éditions de « La brune au Rouergue » est  un premier roman que j'ai lu dans les tous premiers de la rentrée littéraire, bien avant qu'il ne sorte et surtout bien avant qu'il ne connaisse un beau succès public et surtout critique (il est  notamment présent dans pas mal de premières listes de la rentrée).

Personnellement si je reconnais volonteirs certaines qualités du livre, je suis quand même moins enthousiaste que la grande majorité des lecteurs et des professionnels du livre qui ne cessent d’en chanter les louanges.

Certes, le sujet est très fort  (la maltraitance enfantine autour d'une fillette qui a soudainement disparu)  et il renvoie forcément à des faits divers connus (avec notamment le récent procès du petit Bastien à qui on ne peut que penser en lisant ce roman) et il est ici  trai avec énormément de pudeur et sans aucun pathos qui aurait évidemment posé problème sur un tel thème. La maltraitance  y est en effet montrée dans tout ce qu'elle a de plus douloureux et même cruel (l'inertie des services sociaux et de la justice n’est pas occultée) et on ne peut que louer l’ambition de Seurat de s’y être confronté.

Mais en même temps c’est aussi  sa façon de traiter la tragique destinée de la petite Diana (comme e un rapport de police où, successivement, les protagonistes de l’histoire viennent expliquer qui était la fillette disparue et tenter de comprendre ce qui lui est arrivé.) qui en fait un peu sa limite.

On a plus l’impression de lire un procès verbal d’un jugement qu’un roman proprement dit. Cette froideur, ce manque de psychologie des personnages, assumé par l’auteur entrave en quelque sorte l’émotion d’affleurer, malgré le côté dramatique de cette situation

Un récit presque exclusivement  factuel et  sans fioritures qui ne laisse malheureusement que trop peu de place  à l’émotion et qui laisse du coup un sentiment un peu mitigé à la lecture, sentiment que visiblement peu de lecteurs ont ressenti.tant mieux pour eux et pour les auteurs de premier roman !!