LARRY BENZAKEN

 Mettons un peu de côté si vous le voulez bien (et même si vous ne le voulez pas d'ailleurs :o)  les billets concours qui ont proliféré hier sans doute un peu trop chez moi ainsi que cet article très matinal sur le ( délicat) avenir de la presse écrite, et soyons plus léger, pour aborder le thème de l'humour et de la scène comique par le biais d'un petit(?) focus sur un artiste comique découvert le weekend dernier.

 Il faut en effet vous rappeler que ce weekend, et  comme je l’avais annoncé ici même, j’ai eu l’immense privilège de participer à la troisième édition de « Gerson fait son Festival".

       Une participation qui restera à mon modeste niveau bien entendu: ce n’est pas évidemment moi qui avais (ouf!) la responsabilité de dénicher les talents de  l’humour de demain ;  ce fantastique boulot est assuré par la "dream team" de l’espace Gerson dont je ne manquerai pas de vanter les mérites dans un prochain billet.

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    Non, moi j’avais simplement, en compagnie de journalistes locaux reconnus dans la profession, celle d’attribuer le prix de la presse à l’une des six découvertes comiques sélectionnés par l’équipe suscitée, afin de défendre sur scène leur travail devant le public et les professionnels pour gagner en notoriété et aussi, car cela reste une fin en soi, en programmation devant les nombreux tourneurs et expoloitants de salles présents ces deux soirs.

         J’ai participé depuis quelques années à quelques jurys culturels, et si j’ai dans l'idée de recommencer à court ou moyen terme ces expériences toujours aussi formatrices et passionnantes à vivre, ce n’est pas aujourd’hui que je ne vais commencer à déflorer les secrets de la délibération, mais disons simplement qu’une nette majorité fut très (trop?) vite dégagée pour un artiste, et ce, un peu au détriment des autres.

   Cet artiste,  qui passa le premier soir, c’est l’épatant Bruce Fauveau, un comique gestuel particulièrement visuel et inventif qui a d’ailleurs fait une razzia lors de ce festival en y raflant les trois prix, celui de la presse donc, mais aussi celui du public et celui des professionnels (et l'humoriste est d'ailleurs en lice pour le Jokenation, un challenge international dont le but est d'aller jouer au Festival d'humour de Montreux, et si vous souhaitez voter pour lui, ca se passe ici).

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     Si l’efficacité comique de Monsieur Fauveau et du court extrait de son spectacle "Bruce tout impuissant" ne fit d'emblée guère de doute et fut effectivement certainement le plus maitrisé des six proposés lors des deux soirées, je sortis de la salle sans doute un peu frustré de la rapidité de la délibération( moi qui avais été habitué, notamment à Anonnay, aux discussions passionnées de plus 3 heures), et surtout un peu chagriné qu’une mention ne soit pas accordé à mon autre coup de cœur de ce festival, le dénommé Larry Benkazen qui passa en tout premier de la seconde soirée du tremplin découverte.

       Larry Benkazen est un artiste dont j’avais déjà entendu parler, notamment sur la toile (avec notamment un très bel article d’Aurore In Paris qui avait été enthousiasmé par son premier spectacle l’an passé) et il a eu l’occasion dans quelques petites salles parisiennes et à Avignon cette année de se faire repérer du milieu,  et pour ces raisons, c’était sans doute celui que j’avais le plus envie de découvrir à l’occasion de ce festival.

  S' il ne rallia donc pas les suffrages de mes comparses du jury, ni visiblement ceux du public et des professionnels, c’est certainement pour une unique raison assez évidente : sa présence dans un festival consacrée à l'humour pouvait préter à débat, et n’était sans doute pas des plus appropriée.

     En effet, comme il le reconnait lui-même dans les interviews qu'il a consacré, Larry Benzaken se définit plus comme un auteur que comme un humoriste et si c'est le  seul en scène qui lui a  permis de s’affranchir de toutes les difficultés liées à la création d’une pièce de théâtre , il est loin, contrairement à ses collègues d’un soir,  de rechercher l’efficacité comique à tout prix.

   Chez lui, pas de vannes gratuites et de stand up un peu facile et trop prévisible : Benzaken  est de cette trempe de comédiens- à l’instar de Raymond Devos ou Fabrice Lucchini, deux de ses modèles assumés, qui prône avant tout le verbe et son amour immodéré pour la langue française. Et forcément cet ardent désir de valoriser la langue française, contrairement à une bonne partie de ses collègues humoristes qui ont souvent tendance à lui en faire voir de toutes les couleurs, je ne pouvais que le distinguer et le saluer ici même.

            Les extraits de son second  spectacle « Journal d’une banalité extraordinaire"   que cet amoureux de la langue française  nous a présenté samedi soir ont incontestablement mis en avant son talent immense, grâce à une qualité littéraire  incontestable, et surtout une élégance à toute épreuve .

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    Pour suivre comme il faut  les belles envolées lyriques de Larry, il faut une attention et un investissement  du spectateur plus aigu que la moyenne des spectacles comiques, et il est possible que dans un festival d’humour, on n’est pas toujours disposé à l’être, préférant le rire de premier réflexe que le sourire après avoir savouré l’intelligence du verbe que nous propose cet amoureux des mots et de la prose…

Contrairement à la plupart de ses collègues qui cherche un humour plus immédiat et plus facile, il faut sans doute un peu de temps pour s'installer dans l'univers de Larry, la durée d' un quart d'heure- le temps qu'avaient chaque candidat pour séduire le public- est bien trop court pour y entrer pleinement ( d'autant qu'il faut forcément "charcuter" le texte pour condenser une heure dix de show en quinze minutes), même si largement assez pour en mesurer l'étendue de ses belles promesses et l'intelligence de ses saillies verbales.

Le court extrait qu’il nous a proposé samedi dernier se déroule dans un café où le personnage principal cherche l’inspiration pour écrire et les bribes de la conversation qu'il entend des tables voisines va stimuler son imagination et sa créativité.

Forcément, on pense un peu à l’univers de Sautet, pour son choix des bistrots comme lieu où tout est possible, ou encore à l'exceptionnel  "Dans la Maison" de François Ozon, pour l'inspiration débridée d'un écrivain,  bref des références qui ne peuvent que toucher tous les amoureux du cinéma et de la littérature.

Alors effectivement, comme l'avait d'ailleurs également reconnu Aurore dans son article, le jeu de Larry reste encore perfectible, quelques petits maladresses ou balbutiements (liés certainement au trac, c'est toujours assez terrifiant une compétition, a fortiori devant un public),  se sont glissés dans sa prestation, mais pas suffisamment pour ne pas pleinement savourer la poésie et la puissance de sa plume.

Bref, il y a fort à parier que Larry fasse parler de lui dans les années à venir… et il y a fort à parier aussi que je vienne me la ramener auprès de mes collègues jury d’un soir pour me vanter de mon don de visionnaire.. 

Quelques Extraits de son spectacle proposé à Avignon au théâtre l'Arrache Coeur