noms

 

Comme je l’expliquais  récemment dans ma chronique du film Méditerranea http://www.baz-art.org/archives/2015/10/01/32704791.html, en écho plus ou moins direct avec la triste actualité, le destin des migrants cesse d’être mis en valeur par une grande quantité d’œuvres culturelles depuis plusieurs années, et encore plus que d'habitude, par le hasard des sorties de cette rentrée 2015.

Et après le film  qui traite de ce sujet, des désillusions de migrants africains qui ont du quitter leur terre natale pour arriver en Occident, il est temps de vous dire quelques mots sur Tous noms qui est l'oeuvre de Dinaw Mengestu.

"Tous nos noms" est  de ces romans américains importants sortis en cette rentrée littéraire, et qui fait incontestablement partie des grands romans étrangers de cette rentrée, comme la presse l’a fait remarquer à travers plusieurs papiers très élogieux.

Contrairement à Mediterranea qui manquait certainement d’un peu de densité et de romanesque, Tous nos noms est plus abouti et plus riche

Il faut dire que l’auteur, découvert par Les belles choses que porte le ciel, prix du Premier Roman étranger en 2007 est né en Éthiopie en 1978 puis élevé aux États-Unis, et qu’il connait aussi bien le continent africain que  ce sentiment de déracinement qu’un étranger peut ressentir en vivant sur une terre qui n’est pas celle où il est né.

Je n’avais pas lu les belles choses que porte le ciel mais je sais que les thématiques de Mengestu sont souvent les mêmes, celles de la  douleur de l'exil et de la renaissance identitaire, et ici, avec ce titre et ce roman qui ne cesse de s’interroger sur nos propres identités et sur ce patronyme que l’on porte un peu comme un costume qui ne nous sied pas toujours.

En effet, le narrateur d’une des deux parties du livre prend l’identité d’un de ses amis restés en Ouganda en pleine guerre civile, mais cette révélation n’arrive que tardivement dans le roman), tandis que l’autre partie (un chapitre sur deux)  est raconté par la voix d’Helen, une assistante sociale qui va s’occuper puis vite tomber amoureuse de ce narrateur, qui se fait appeler Isaac en souvenir de cet ami qu'il a quitté en Afrique

Pour ce dernier, qui dit être né avec 13 noms, cette identité de façade, qui le rend terriblement mystérieux aux yeux d’Helen,  ne semble pas être une trahison, mais plus un  hommage à son ami combattant.

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Les chapitres racontés du point de vue de ce faux Isaac sont évidemment les plus opaques, les plus flous car il se pose en strict observateur des combats sans vraiment donner de ressenti, et cela peut parfois dérouter, tandis que les chapitres racontées du point de vue d’Helen, aux sentiments exaltés, nous font forcément plus rentrer en empathie, d’autant plus que l’histoire se déroule dans les années 70 dans l’Amérique dite profonde et qu’une histoire d’amour mixte n’est pas toujours bienvenu.

Mais malgré ces chapitres américains a priori plus passionnants, on sait gré au talent de l’auteur de réussir dans sa partie africaine à rendre plus clair un  contexte historique peu connu , cette guerre civile qui secoua l'Ouganda, dans  l'Afrique postcoloniale des années 70, ou se mélangent  espoirs déçus de la révolution, la guerre civile, et  violences militaires les plus radicales.

 Si le livre  une fois refermé peut laisser comme un sentiment de légère frustration-on aurait sans doute attendu plus de lyrisme et de souffle, Ce Tous nos noms, à la plume parfaitement maitrisé n’en demeure pas moins un excellent roman, parmi les temps forts de cette rentrée 2015.