kent chanteur

Si j'étais trop jeune en 1982, lors de la séparation d'avec son groupe Starshooter qui, visiblement, avait connu à l'époque un succès presque comparable à celui de groupes comme Téléphone ou Trust, je ne l'étais déjà plus troplorsqu'on a de nouveau entendu parler de son ex leader,  KENT.

De son véritable patronyme Hervé DESPESSE, il connut  en effet à nouveau le succès public au début des 90's mais en solo  ce coup ci avec des tubes incontournables comme J'aime un pays, et "Tous les mômes", ou bien évidemment lorsqu'il écrivit pour sa complice de l'époque Enzo Enzo le fameux " Juste quelqu'un de bien " qui l'a vraiment fait connaitre au très grand public.

(MCM 90'S) KENT Tous les mômes

Ensuite, Kent disparut un peu de la scène médiatique mais aucunement de la scène tout court, puisqu'il ne cessa jamais d'enregistrer des disques quasiment un tous les deux ans et de monter sur scène très régulièrement.

Le succès de Kent doit également à une prestance scénique évidente que j'ai eu l'occasion de vérifier en 2004 lorsque je l'ai vu en première partie du concert de De Palmas. En effet, L'artiste étant un lyonnais pur jus- carrément né sur les pentes de la Croix Rousse-, j'ai eu l'occasion de le croiser une ou deux fois notamment en première partie de concerts à Fourvière.

Mais si  je fus largement emporté par l'énergie et la justesse de certains de ces textes- notamment l’entraînant et sympathique " les vrais gens", un morceau de 2005", je ne pris jamais la peine de vraiment m’intéresser à ce qu'il faisait, certainement car l'artiste, particulièrement éclectique n'était pas assez spécialisé dans la chanson française à mon goût ou alors sans doute aussi car j'avais cru percevoir un coté musette avec une prédominance de l'accordéon  sur certains morceaux.

Mais j'étais en fait assez incapable de classer cet artiste dans une catégorie particulière, car, comme Kent l'a reconnu lui même à l'occasion de la sortie en juin dernier de l'intégrale de sa discographie solo, il a toujours refusé de choisir entre rock à guitares et chanson réaliste, et revendique à fond son côté "artiste indiscipliné" incapable de "systématiser quelque chose".

A partir du moment où l'artiste a eu le sentiment de maîtrise quelque chose, il a eu envie d'explorer d'autres contrées discographiques pour ne jamais donner le sentiment de se répéter, un éclectisme pas forcément très bien admis dans la chanson, et pour les professionnels et pour le public, qui ont certainement besoin de pouvoir cataloguer un artiste pour que celui ci ne leur paraisse pas trop insaisissable à leurs yeux.

Cette profonde hétérogénéité semble particulièrement  criante à l'écoute de cette intégrale de ses 14 albums studio, remastérisés et enrichis d'une soixantaine de versions inédites et rares, ( sorti chez Capitol/Universal),  et marquée par la redécouverte d'une tradition de chanson française de qualité alliée avec les sons plus modernes issus du rock et de la pop. 

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  240 chansons plus de 60 titres rares et inédits et de nombreuses collaborations  ( Enzo Enzo donc mais aussi Arno, Rachid Taha, Suzanne Vega,, Dominique A, Barbara Carlotti, ou  Arthur H) qui nous démontrent de façon édifiante à quel point Kent  maîtrise l'art du contre pied, et qu'il semble prendre un malin plaisir à  toujours  être là où on ne l'attend pasn alternant albums rocks un peu expérimentaux ( Metropolitan en 1998)) avec des albums plus acoustique et intimiste (à dominante piano-voix), comme le tout dernier en date " Le Temps des Âme " certainement celui de l'intégrale qui m'a le plus touché.

Un mot "âme" qui n'est pas anodin tant Kent, malgré sa diversité musicale évidente, n'a jamais cessé de s'intéresser dans ses textes à toute la France et à tous les âmes qui la composent, par des morceaux soient intimistes, soient plus sociétaux.

Car ce qui frappe avec ce survol de la discographie de Kent, c'est avant tout une écriture :  son talent à combiner un  sens aigu de l'observation  de  de ses contemporains avec toujours ce qu'il faut de lucidité et  de tendresse, sa méfiance ( défiance?) envers les hommes tout en laissant la porte ouverte à l’optimisme et l'espoir, comme l'ont toujours su le faire les grands artistes à travers les époques.

Mais Kent n'est pas qu'un sociologue de la chanson, en effet, il n'a pas son pareil pour sonder aussi les affres du sentiment amoureux; Kent ayant écrit deux- trois chansons d'amour particulièrement belles mais hélas méconnues.

Notre amour- le temps des âmes (2013)

Qui l'eu cru mon amour, que l'on irait si loin 
Tant d'autres à mi-parcours se sont lâché la main 
Fatigués de se voir, lassés de se connaitre 
Ils vident mes tiroirs enjambent la fenêtre 



Parallèlement à l'écoute de son intégrale, j'ai prolongé le voyage avec Kent, artiste multicasquette  ( il a notamment entre 1982 et 1986 abandonné la musique un temps pour se consacrer à la BD, dans lequel il connut un vrai succès) en dévorant son livre "Dans la tête d'un chanteur", paru il y a quelques mois chez  Le Castor Astral)  et qui reprend  les chroniques qu'il a animées durant l'été 2013 sur France Inter.

Dans ce livre, comme d'ailleurs dans cette émission, Kent  affiche un vrai  souci de transparence et de transmission de son savoir aux gens toujours passionnés par le processus de la création en disséquant avec pas mal d' humour et d'humilité le processus de création d'une chanson, de l'écriture à la scène.  vision générale du procédé de création en chanson. La "Chanson vue de l'intérieur, de la soute aux atours", comme il le proclame lui même pour un livre qui est avant tout une bien  savoureuse promenade musicale et littéraire. où l'on croise aussi bien Bowie que Brel, Souchon et Ferré.

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 Un livre qui nous montre que si il est difficile de coller un adjectif sur Kent, il y en a un qui semble quand même bien le caractériser, c'est l'élégance, et ca tombe bien, il a repris récemment- et ce titre figure évidemment sur son intégrale- le magnifique titre de Jacques Brel  "avec élégance".