collage banlieue

 10 ans jour pour jour après les meurtres de Zyed et Bouna et les émeutes  qui en ont suivi, on ne peut que se féliciter que de; temps à autre, les artistes tentent de s'approprier la banlieue et de donner une autre image que celle qui a été tant véhiculée à cette occasion, ou d'autres,  par les médias et aussi le cinéma, de la Haine au récent Dheepan : celle d'une zone de non droit où la drogue, la violence et l'ennui sont les seules composantes.

Coup sur coup, début octobre, deux cinéastes français ont tenté de montrer la banlieue avec un regard différent, soit empreint de réalisme , soit empreint de fantaisie avec dans les deux cas une tendresse et une sensibilité évidente...

Deux paris différents mais réussis que j'ai eu la chance de voir et d'énormément apprécier  : 

1.Asphalte, la jolie fantaisie chorale de Samuel Benchetrit

asphalte

Si  Samuel Benchetrit  pouvait m'interesser en tant que romancier, son statut de  cinéaste m'a toujours laissé plus spectique, et semblait même sur une pente clairement descendante tant son dernier film Un Voyage était particulièrement pénible à regarder.

" Son dernier film en date " Asphalte" , adaptation cinématographique de son propre roman en partie autobiographique  "Chroniques de l'asphalte", ensemble de souvenirs publié en 2005 de son enfance passée en banlieue parisienne m'a incontestablement paru comme son meilleur à ce jour.

Adaptation très libre de son ouvrage,  car des personnages apparaissent alors que d'autres disparaissent, il en conserve la même toile de fond, cette   banlieue  qui pourrait sembler un peu terne et décrépie, mais évite habilement les clichés et les stéréotypes dont je parlais en début de billet, tant Benchetrit prend soin   d'intégrer une part de rêve, de fantaisie et de magie  et de se focaliser sur espoirs de ses habitants.

 Au delà d'une esthétique éthérée et décalée, le film porte haut son côté "feel good movie",  on sort de la salle le sourire aux lèvres,  tant on aime la tendresse et le regard plein d'humanité qui porte ce film, même si la mélancolie y est évidemment aussi présente .

Le film jongle avec un montage efficace entre les trois différentes histoires, qui se répondent joliment entre-elles, et font de cette Asphalte une jolie fable poétique et touchante.

 ASPHALTE - Bande-annonce

2.  Fatima, le beau zoom de Philippe Faucon sur une invisible de notre société

Fatima

Comme pour Benchetrit, le cinéma de Philippe Faucon m'a toujours laissé un peu de coté, et dans ma chronique de son dernier long métrage à ce jour  La désintégration, je résumais la démarche de Philippe Faucon, de toujours proner un cinéma naturaliste, exempté de toutes fioritures inutiles, mais sans doute un peu trop épuré à mon gout, d'autant plus que le cinéaste a du mal à éviter schématisation et caricature dans son discours.

 J'Avais du mal, dois je plutôt et désormais  dire plutôt tant ce "Fatima", loué un peu partout dans la presse mais que je suis allé voir en trainant un peu les pieds, continue sur ce chemin du naturalisme , avec de façon plus empathique et passionnante que d'habitude.

 Le projet du cinéaste de suivre une de ces femmes invisibles  et pourtant indispensable à la société française,  à travers Fatima, 44 ans, une immigrée algérienne qui élève ses deux filles dans une banlieue lyonnaise ( le film a été financé par la région Rhône Alpes cinéma, et le film est pas mal distribué sur Lyon) tout en  enchaînant les ménages en horaires décalés, touche énormément au coeur.

Adaptation des livres autobiographiques Prière à la lune (2006) et Enfin, je peux marcher seule (2011) de la Marocaine Fatima Elayoubi, le film de Philippe Faucon évoque toujours avec une grande tendresse et une grande sensibilité  la vie de ces femmes que le cinéma et les médias ont tendance à oublier, et qui à force d''entêtement, d'obstination, arrivent à vivre avec ce quotidien qui est le leur 

En suivant au plus près les petits moments du quotidien de Fatima, ( les  ménages à l'aube, les cours d'alphabétisation, les rendez vous chez le médecins) le réalisateur construit un film aux situations qui pourraient sembler anodines, mais qui servent parfaitement le fil du récit et qui sont surtout d'une très grande une grande justesse et d'une grande émotion, comme le sont toutes ces scènes avec ses filles, formant une relation à la fois pleine d'incompréhension mais en même temps d'un profond et véritable amour.  Assurément, ce Fatima est un très beau film..

Bande-annonce : Fatima - VOST

Et précisons que j'ai vu ces deux longs métrages  au Cinéma Comoedia toujours aussi pointilleux et excellent dans leur programmation.

zyed

 

Mais comme la banlieue c'est aussi et malheureusement , à l'instar de ce que je disais en début de billet, la mort de Zyed et de Bouna, les deux adolescents électrocutés sur un site EDF de Clichy-sous-Bois,  qui avaient entrainé un certain embrasement sur les banlieues de France, je vous conseille dans la foulée de ces deux films, de lire aux éditions Don Quichotte  intitutlé tout simplement "Zyed et Bouna"

Un récit du journaliste au quotidien Le parisien Gwenael Bourdon, écrit avec les proches des victimes,  notamment les deux grands frères des victimes, Siyakha Traoré et Adel Benna,   donne à revivre ce drame qui avait déclenché trois semaines d’émeute en banlieue parisienne, le tourbillon médiatique et la douleur des familles.  Le livre a été écrit  dans la foulée du jugement du 18 mai dernier lorsque le tribunal correctionnel de Rennes a relaxé les deux policiers qui ont comparu en mars pour « non-assistance à personnes en danger » .
Ce récit, très documenté et clairvoyant apporte une nouvelle lumière à ce fait, et rend parfaitement compte de  l’émotion des habitants  et de la tristesse collective  inhérente à ce drame. A lire pour mieux comprendre la banlieue sans manichéisme et miroir déformant.