soeurs

« Et cette femme qui vient chez elle depuis deux ans, trois fois par semaine, faire le ménage, à qui elle donne ses vieux vêtements, cette Amérindienne quechua, élevée dans un minuscule village par une mère analphabète, Azul, son diplôme de secrétariat et se robe colorées, jaune citron, orange flamboyant, vert acide, ongles mauves irisés, le corps rond, ses jambes solides, s’exprimant dans un italien incertain mélangé à de l’espagnol, lui demande à elle, ancienne étudiante en architecture d’intérieur à l’université de Milan, prenant soin de s’habiller en blanc, beige et noir, égoïste, habitant un pays riche : « Est-ce que je vous ai assez donné ? » Comment est-ce possible de poser une question pareille, se demande Ingrid. »

Chaque matin, Azul, très tôt,  prend le RER D pour se rendre rue de L’Assomption dans le  très chic XVI arrondissement de Paris. Chaque matin elle craint d’être en retard pour le déjeuner des petites, Madame Isabelle compte sur elle. Il y a plus de dix ans que Azul a quitté Moïse son mari et ses deux enfants Miguel et Alondra, elle a quitté Chuqui-Chuqui ce petit village de Bolivie pour faire vivre sa famille. Elle a quitté sa maison, ses amis, ses enfants pour s’occuper de la maison et des enfants des autres. De rencontres en rencontres avec un optimisme et une force de vie incroyable, Azul, déracinée, va réussir sa vie et faire le bonheur autour d’elle.

 Quelle belle histoire que voilà :  dans ces Soeurs de Miséricorde,  Colombe Schneck donne la parole à une invisible, une de ses femmes que l’on croise dans les beaux quartiers, tirant un cabas rempli de victuailles ou promenant des enfants, blonds et bien nourris, dans les squares. Ces femmes qui font partie du décor Haussmannien. On suit l’histoire  d’Azul, son enfance, ses débuts dans la vie adulte en Bolivie, un pays touché par la crise économique et une crise politique grave.

Son arrivée en Europe, à Rome puis à Paris au couvent des sœurs de Marie-Immaculée, puis au service de Madame Isabelle, une bourgeoise écrasée par son mari qui voudrait donner mais qui ne sait pas. « Sœurs de miséricorde » est un beau roman, qui raconte la formidable solidarité entre les femmes, et les liens qui se tissent entre personnes en détresse. Un beau récit, une belle chanson d’amour réaliste qui donne de l’espoir.

Michel D