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 Trois ans après avoir réalisé  un premier long métrage "Alyah" que j’avais jugé enthousiasmant (mais qu’on était quand même assez peu à aller voir en salles), le second film du réalisateur Elie Wajeman, présenté en Ouverture de la semaine de la critique cette année à Cannes et qui sort ce mercredi  11 novembre dans les salles françaises était très attendu, du moins par moi tant j'avais très fortement envie qu'il concrétise toutes ses belles promesses de son coup d'essai.

Du coup, quand j’ai eu la possibilité d’assister il y a quinze jours à son avant première lyonnaise au cinéma le Comoedia, (mon cinéma de chevet dois je vous le rappeler), je n’ai pas laissé l’occasion et je n’ai pas été déçu tant le film m’a autant, sinon plus, emballé que son premier.

Et pourtant j'avais quelques craintes: comme " les Anarchistes" se déroule en 1900 , dans le microcosme de ces anarchistes juste après la commune de Paris, j’avais,  je dois l'avouer,  un peu peur de voir un film très académique, un peu corseté comme un certain nombre de films historiques français.

Or, dès le début du film, on est rassurés sur ce point, tant on est épaté par l'intensité et la fièvre et la modernité qui émane du film...

Disons le de façon évidente : ces anarchistes dépoussièrent en effet le film historique de fort belle manière, en  fusionnant très habilement cinéma de genre et film historique.

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 Le souci premier d’Elie Wajeman est de faire fusionner  film de genre et film d'époque,  et traite de ce courant historique mal connu comme un prétexte à un récit d'infiltrés, un genre dont il est visiblement fan  (il cite volontiers "Donnie Brasco" de Mike Newell et le moins connu THE MOLLY MAGUIRES, de Martin Ritt, avec Sean Connery ) un genre que j'adore aussi, et que le cinéma français avait très peu usité.

Etrangement,  lors du débat d’après film qui a eu lieu ce soir là au Comoedia, j’ai eu le sentiment que les spectateurs bloquaient plus sur l’idéologie du film au détriment de l'aspect filmique,  (il ya eu toute une réflexion idéologique de savoir s'il reste des anarchistes sur Lyon  qui m’a semblé un peu hors de propos), alors que le film est avant tout un vrai tour de force cinématographique.

A la vision du film, il semble évident que l’histoire d’infiltré et l’immersion d’un personnage dans un milieu qui lui est totalement étranger passionne plus Wajeman que les fondements idéologiques de ces anarchistes.

"Les anarchistes" frappe par sa modernité évidente qui insuffle l’œuvre dans tous ses pores, aussi bien sur la forme que d'abord sur le fond, puisque les anarchistes individualistes auxquels le film s’intéresse, développent un courant de pensée particulièrement novateur pour l’époque : un courant qui  estime être d’abord  composé ds sujets avant d’être des éléments de la société et qui  privilégient la personne, l’intime.

Les-anarchistes_10-ponchel_anarchistesMais la modernité du film se ressent aussi énormément de par le jeu des acteurs, et notamment son couple vedette, dont le phrasé et le jeu  sans cesse en mouvement sonnent résolument contemporain et qu’on n’imaginait pas forcément à première vue dans un film d’époque.

A ce titre, le choix du cinéaste de prendre Tahar Rahim et Adèle Exarchopoulos est un pari casse gueule sur le papier mais parfaitement réussi tant le duo fonctionne parfaitement ensemble et offre de vrais et beaux moments de grâce.

Le film est d’ailleurs très réussi par la force que dégage l’ensemble du groupe, et cela est énormément lié à la très grande justesse de l'ensemble du casting, Rahim et Exarchopoulos évidemment, mais aussi Guillaume Gouix , la révélation Swann Arlaud qu'on a jamais vu aussi épatant, ou Cédric Khan ( certes un peu en deça de sa prestation enfiévrée dans Alyah)  mais aussi  des acteurs moins connus comme Karim Leklou et Sarah Le Picard…On sent très vite l’alchimie qui s’opère entre tous leurs membres  et leurs complémentarités évidentes qui rendent ce film choral parfaitement juste et passionnant à suivre.

 Mais bien qu’étant formellement très maitrisé, Les anarchistes touche aussi dans le mille grâce à sa partie documentaire  vraiment impressionnante.

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Le cinéaste a visiblement, d’après ce qu’il a affirmé lors du débat,  eu accès à de nombreux rapports de police sur ces infiltrès qui ont intégré des cellules d’anarchistes à l’époque où a été situé le film… et les informations qu’il a pu collecter  ont ainsi pu s’intégrer à l’écriture du récit.

Bien que vivant dans des époques totalement éloignées, on pourra cependant noter qu"Alex et Jean, les deux personnages principaux de ses deux premiers films en sont  en quelque sorte des cousins éloignés…Tous deux semblent en effet  intiment divisés entre leurs  sens du devoir et leurs désirs profond et vont peu à peu apprendre à se révéler à eux même.

Mais s’il subsiste  points communs entre ses deux films,  dans l’écriture des personnages ou même dans la mise en scène, avec une volonté de toujours être en mouvement avec les personnages et les comédiens, "Alyah" et les anarchistes restent des films vraiment différents l’un de l’autre et on ne peut qu’être bluffé par cette volonté d’Elie Wajeman de surtout éviter la redite…

Et l'on attendra donc avec grande impatience son prochain long métrage pour voir s’il parvient toujours  à explorer des voies divergentes, avec, à l'esprit, cette même préoccupation de toujours se renouveler ? 

Bande-annonce : Les Anarchistes

Et cette chronique est ma première participation à la nouvelle édition du  Ciné Club Potzina consacré au film d'histoire !!