debout paye

 » Ennui, sentiment d’inutilité et de gâchis, impossible créativité, agressivité surjouée, manque d’imagination, infantilisation, etc., sont les corollaires du métier de vigile. Or, militaire est une forme exagérée de vigile. »

Dans ma chronique littéraire du roman " Ressources Inhumaines" de Frédéric Viguier ( qui m'a valu quelques commentaires désobligeant d'un dénommé Bob de sinistre mémoire), je m'interrogeais sur le fait que le métier de vigile était de plus en plus un personnage central de films ou de romans de ces dernières années, ce qui est le cas cette année dans les longs métrages vus en salles comme  la Loi du marché, Jamais de la vie ou le méconnu mais pourtant très réussi Que vive .

Observateur qui voit  tout en étant parfaitement invisible aux yeux des clients, gardien impassable du temple de la ( sur)consommation, il faut dire que le  vigile, de par sa position dans la société,  possède un beau statut qui est parfaitement mis en avant dans un roman sorti quelques mois avant ces films dont j'ai parlé,  il s'agit de Debout Payé de Gauz, qui fut un des succès venus de nulle part de la rentrée littéraire de 2014.

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Paru  fin aout 2014, noyé sous le flot des 600 autres roman, le livre sorti en grand format chez  petit éditeur le Nouvel Attila s'est écoulé à  plus de 20.000 exemplaires et fut  récompensé de deux belles courrones, celle du meilleur premier roman français par la rédaction de Lire ainsi que celle de lauréat du prix Gibert-Joseph pour l’année 2014 -,

L'ayant raté à sa sortie, j'ai profité de sa récente publication au livre de poche et de sa sélection dans la dernière session de novembre du prix des blogueurs pour me faire une idée de ce (petit) phénomène littéraire.

La construction du livre de Gauz, très directement liée de ses expériences professionnelles est pour moitié un roman, pour l’autre moitié un recueil d'aphorismes  plus légers mais souvent  bien mordant et acides, constitués par la liste d’anecdotes et de remarques observées puis consignées par le vigile sur son métier, et sur les clients des magasins ( Sephora des Champs Elysées ou Camieu Bastille notamment) où l'auteur a travaillé.

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Et incontestablement, le meilleur du roman de Gauz réside dans ces  réflexions cinglantes, pleine d'autodérision,  et percutantes ( « Grosses. Souvent, les femmes grosses commencent d’abord par essayer des habits plus petits… avant de disparaître discrètement avec la bonne taille dans les cabines d’essayage. ») qui confèrent une valeur cathartique pour qui souhaite prendre du recul sur notre société de consommation  qu'on subit un peu trop souvent.

Ces beau coups d'oeil qui frappent par leur vivacité et leur humour indéniable  forment ainsi  un laboratoire d’analyse particulièrement juste et savoureux des comportements humains et qui nous force désormais à voir les vigiles que l'on croise tous les jours ou presque d'un autre oeil.

Dommage que Le reste du livre, où l'auteur entreprend de raconter l’immigration africaine en France à travers trois histoires étalées de 1960 à nos jours, possède une vraie ambition, celle d'éclairer les motivations des Africains venant tenter leur chance dans l’Hexagone, mais reste un peu trop confus et plat pour tenir la comparaison avec les autres parties du livre qu'on attend du coup avec une vraie impatience et qui prouve que Gauz, qui arrive sur la scène littéraire à 40 ans passés,  est un auteur dont il faudra suivre les prochains écrits.