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Mercredi dernier, est sorti sur nos écrans « La vie pure », un long métrage consacré à l’explorateur toulonnais Raymond Maufrais.
Réalisé par Jérémy Banster, il retrace la vie et les dernières heures de Maufrais, mystérieusement disparu en Guyane en 1950.

Le film a été projeté pour la première fois sur Lyon vendredi dernier, à l'occasion d'un Festival, Quais du Départ, consacré aux films sur le voyage, et j'ai pu à cette occasion voir le film et rencontrer le réalisateur Jérémy Banster, pour une longue itw- à venir prochainement dans lequel l'homme, comédien de formation, a dévoilé toute sa fougue et sa passion et son désir de défendre corps et âme un projet qu'il a initié pendant 6 ans, et qui malheureusement, et au grand regret du cinéaste qui ne s'est pas caché pour le faire savoir- on en reparlera lors de l'itw- ne sort que sur un nombre de copies salles très restreint.

La disparition de Raymond Maufrais a en effet défrayé la chronique dans les années 50/60 : le jeune explorateur avait pour ambition de relier la Guyane française et le Brésil par les monts Tumuc-Humac à pied et en solitaire.

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Le 18 juillet 1952, Edgar Maufrais, le père de Raymond Maufrais, s’embarque à bord du Claude Bernard à destination du Brésil, afin  partir (en vain) à la recherche de son fils, parcourant en tous sens l’Amazonie.

Le carnet de Raymond Maufrais, ainsi que le livre que son père a écrit ont été réédités en poche chez Points sous ses titres d'origine « Aventures en Guyane » et « A la recherche de mon fils » et  dans la " vie pure",Jérémy Banster a pris le pari d'adapter  ces deux récits, tout en focalisant une bonne partie de son histoire sur le destin fou de ce Raymond Maufrais, un idéaliste et utop te total, qui a essayé de vivre son rêve jusqu'au bout pour atteindre son idéal de vie , cette "vie pure", qu'il n'aura touché du doigt que l'espace d'un court moment.

Car avide de découvrir de nouvelles populations et de nouvelles contrées que personne n'a découvert , Maufrais entreprend ce périple insensé et y tient alors quotidiennement un carnet de route qui sera  retrouvé par un Indien peu de temps après sa disparition et qui permettra à l'éditeur Julliard de le publier quasi intégralement. 

Si le début du film où l'on voit les préparatifs du voyage, la genèse de son rêve de môme et la difficulté de se séparer de ses proches peut paraitre un peu classique et un peu maladroit, le film prend toute sa puissance au moment du voyage proprement dit, là où l'aventure dans la jungle guyanaise atteint le meilleur des films de survival, de ceux de Boorman à ceux d'Herzog dont le cinéaste est visiblement un grand fan.

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Et cette partie nous permet aussi de toucher du doigt la grande puissance de jeu de la révélation  Stany Coppet, un acteur d'origine guyanaise qui n'avait pas encore pu exploser au cinéma, et qui porte ce film physiquement comme rarement vu dans le cinéma français.

Coppet, très investi dans ce projet ( il en est le coscénariste et coproducteur) livre dans le film une performance réellement  époustouflante, allant même jusqu’à perdre 18 kilos pour être au plus près d'un rôle qui risque de lui coller longtemps à la peau. Car avec un talent et une précision folle, l'acteur, suivie à la trace par la caméra de Banster réussit parfaitement à nous montrer les défaillances de ce corps qui à force de faim, de fatigue et de découragement, flanche peu à peu, avant que l'esprit ne suive également cette pente déclinante, cette chronique d'une mort annoncée, malgré lui.

Montrer, sans nous épargner des détails difficiles, un jeune homme dans la force de l'âge qui peu à peu va  perdre ses illusions et sa raison et devenir une sorte de zombie, c'est le passionnant projet de cette Vie Pure qui, de par son ambition et les thèmes qu'il aborde- le dépassement de soi, les utopies, la découverte de cultures différentes- mériterait d'être vu par le plus grand nombre, tant ce film d'aventures à faible budget (moins de 900 000 euros) tranche pas mal avec le tout venant de la production américaine... 

BANDE-ANNONCE "LA VIE PURE" DE JEREMY BANSTER