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 " La vérité, c'est qu'ici, ce sont les méchants qui pensent aux plus humbles. Ils donnent du travail et un brin d'espérance à ceux qui n'en ont pas".

 Troisième focus spécial auteurs invités au festival Quais du polar qui se rapproche à grands pas, avec une chronique de Suburra dont je vous ai parlé comme un film, alors même que c'est d'abord un livre, et quel livre..

En effet, comme annoncé lors d'un billet concours en fin d'année 2015, Suburra est un film coup de poing sur la mafia italienne  sorti  en salles le mercredi 9 décembre dernier.

Si je n'ai pas pu voir ce film en salles, bousculade de fin d'années oblige, j'ai profité de la prochaine venue de  Carlo Bonini et Giancarlo De Cataldo, aux quais du polar 2016, pour me rattraper en plongeant dans le livre éponyme dont il est adapté.

A l'origine du livre, le célèbre juge Giancarlo De Cataldo, auteur de plusieurs best Sellers dont le formidable « Romanzo criminale » déjà adapté au cinéma et en série.  Le célébrissisme magistrat italien a ainsi voulu s’associer à  Carlo Bonini (journaliste d’investigation à la « Repubblica »)  dans le but de transmettre à leurs lecteurs l'état de gangrène qui frappe Rome, sous forme d'une fiction à la fois haletante et très documentée.

En lisant Suburra, on est assez terrifié de voir à quel point le grand banditisme des générations précédentes est parvenu à subsister et à prendre des formes nouvelles,  afin de prendre possession de la cité romaine, dans un contexte de la mondialisation du crime, dont Berlusconi- l'intrigue se déroule juste avant le déclin de l'empire berlsuconien-  n' y est évidemment pas étranger.

Les milieux du crime, des affaires, de la religion  et de la politique sont tous étroitement reliés dans Suburra. Et pas pour faire le bien des citoyens, bien au contraire.

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On ne sait si le Rome vu par Carlo Bonini et Giancarlo De Cataldo est plus proche de leurs fantasmes que de la réalité, même si la lecture de certains articles de presse pencherait plutôt hélas pour la seconde option, mais on est assez terrifié et captivé en même temps par ce monde où ce côtoient policiers et politiciens totalement corrompus, grand banditisme, haut clergé  peu scrupuleux, sous fond de spéculation immobilière, prostitution, règlement de compte, piratages d’internet.

Chantage, trahisons meurtres, sexe, extorsion : tous les ingrédients d’une bonne saga policière sont présents : cela pourrait donner un mélange assez indigeste de polar contemporain, un peu à la Gérard de Villier,s mais ca serait sans compter sans le style percutant et prenant du duo qui s’appuient sur un sens de la formule et de l’anecdote pour sonder en profondeur les coulisses criminelles de Rome.

On oubliera certains personnages caricaturaux et excessifs (la prostituée du chef de la mafia, l’altermondialiste..),   et  plus globalement une vision un peu manichéenne du monde- même si les méchants sont bien plus présents que les gentils, pour ne garder que l’essentiel de cette galerie des monstres romaine: le plume alerte et vive, pour un roman qui se lit d’une traite et qu’on a hâte de comparer au film lorsque celui-ci sortira en DVD ( pour info, sa date de sortie  est prévue le 19 avril 2016 chez TF1vidéo).