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Si on a déjà chroniqué en plusieurs occasions la romancière de polar qui monte, Sandrine Colette   je me suis aperçu que nous n'avions pas encore consacré un billet intégral à cet auteur qui compte pourtant de plus en plus dans la littérature poliicère française.

Il faut dire que dès son premier roman des noeufs d'acier , elle a reçu un accueil très favorable  j'ai été totalement bluffé par la maitrise de Sandrine Colette, sa capacité, pour son premier roman, à tenir parfaitement son intrigue du début à la fin, et de nous rendre absolument captivant et passionnant cette description d'un enfer qui nous parait à la fois totalement réaliste et totalement incroyable en même temps.

 L'auteur étant à Lyon  dans une dizaine de jours à l'occasion du prochain Quai du Polar dont je viens de parler, revenons  en ce début de semaine sur les deux derniers romans de l'auteur, dont l'un vient de sortir en poche et l'autre en Grand format chez son éditeur habituel parues chez Denoël, dans la collection Sueurs froides

1. Il reste la poussière : 

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« La mère est son avenir, l’estancia sa destinée et son tombeau. Il ne veut ni réfléchir, ni répondre. Cela abîmerait trop de choses. Seul le bétail est important, et le travail de chaque instant, l’infinie répétition, lassante et rassurante, et même le galop des chevaux se ressemble de jour en jour, et le souffle des bêtes, et la lumière de l’aube sur la plaine.

 Petite  surprise en attaquant ". Il reste la poussière", le quatrième roman de l'auteur : le décor de son nouveau roman ne se déroule plus en France, comme les trois précédents,  mais en Patagonie, dans un paysage des cordillères des andes, un paysage austère, rude, balayé par le vent et le désert.confirme que Sandrine Collette peut encore et toujours nous surprendre.

Le nouveau roman de Sandrine Colette  mêle le western avec des décors grandioses, et le polar, un polar terrifiant dans lequel, comme toujours chez elle, la cruauté des hommes rejaillit de façon évidente.

Au sein d' un chiche élévage de mouton,  y vit une famille improbable : une mère et ses quatre fils, dont le dernier né, Raphaël va servir de souffre douleur au reste de la famille. 

La mère et ses 4 garçons - les jumeaux Mauro et Joaquin, Steban  qui semblent un peu attarde et donc le dernier né Rafael - vivent à l'estancia, propriété qui ne vaut pas grand-chose. Sous le joug et l'autorité quasi militaire de la mère, ils élèvent moutons et bovins afin de survivre. 

Rapidement, on devine que a terreur et la violence sont  habituels dans cette famille, avec notamment une  mère détestable, qui aurait tendance à traiter ses enfants comme du bétail.

Dans ce huis clos situé dans les grands espaces- joli paradoxe parfaitement exploité par l'auteur, Sandrine Collette réussit avec sa maitrise habituelle  à  nous faire rentrer dans la tête de personnages taiseux, en réussissant à faire parler des individus pourtant tellement plus à leur aise avec le mutisme et le silence.

Ce conte terrifiant qui rassemble les thématiques habituelles de l'auteur et insiste notamment  sur l'inhumanité des hommes réussit aussi à atteindre le meilleur des livres de nature writing américains, de David Vann à Ron Rash , en montrant  bien à quel point la nature qui  entoure ces gens cruels et violents est implacable. 

C’est à la fois captivant, âpre et dur, mais l'’écriture est totalement au diapason de l'histoire,  à la fois sèche et particulièrement redoutable en terme d' efficacité. :

"Dans les écuries, les fils continuent à comploter et à murmurer, fous de colère. La mère, ils ne l’appellent plus, pas même la mère.

Ils disent : « elle ». Dans ce elle, toute la défiance, toute la rage du monde ».

Un excellent roman noir à ne pas manquer qui prouve une nouvelle fois le talent incroyable de Sandrine Collette, une auteur qui s'impose de plus en plus comme une grande voix du polar français.

2. Six fourmis blanches ( le livre de poche)

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« En ce début de journée du mois de mars 2013, nous ressemblons à une courte file de fourmis montant à l’assaut des montagnes, sages et ordonnés bien en ligne, et peut-être les autres se demandent-ils comme moi pourquoi ils ont plongé dans cette escapade, à quoi cela leur sert, et si le plaisir de raconter ce qu’ils auront vécu là-haut vaut la peine  que nous avons à enchainer un pas après l’autre, inlassablement, entre les pauses pour boire, respirer, boire encore. Vigan nous a prévenus : nous perdons un litre d’eau par tranches de cinq heures en altitude, et nous perdons aussi le sentiment de la  soif, à cause du froid. »

Lou, Elias, Arielle, Lucas, Etienne et Marc auraient dû se méfier, un tirage au sort qui vous fait gagner un trekking de quelques jours au nord de l’Albanie à la frontière du Monténégro, servir de cobaye pour un nouveau circuit dans une région aride aux superstitions encore vivaces n’est-ce pas trop pour eux ? Mathias lui, il connait ces montagnes comme sa poche, son métier de sacrificateur impose le respect dans tous les villages alentour mais lorsque le parrain local lance un contrat sur sa tête alors Mathias doit fuir et si la nature est parfois cruel il sait que l’Homme lui est sans pitié. Forcément ces deux mondes vont se rencontrer et cela va mal se passer.

Avec pour décor un enfer glacé, ce récit illustre à la perfection la locution latine chère à Hobbes : « l’Homme est un loup pour l’Homme ». Sans fantôme, sans esprits maléfiques, sans force surnaturelles, la romancière avance ainsi dans son récit - et le lecteur avance avec elle- avec une efficacité diabolique.

Grâce à une écriture rapide, claire et sèche, elle croise ses intrigues et accroche le lecteur. Après « Des nœuds d’acier » ( voir notre excellente critique ici même) et « Un vent de cendres » Sandrine Collette signe un nouveau roman angoissant qui met les nerfs du lecteur à rudes épreuves. Sandrine Collette possède indéniablement  a du talent et du culot dans l’écriture, un peu comme Stephen King de ses débuts.

Oui, vous avez bien lu, Le Stephen King français est une femme, elle vit dans le Morvan, une région où au détour d’un sentier on croise un rocher porteur des griffes du Diable, et le Diable , Sandrine Collette le connait bien, elle le convoque dans chacun de ses romans. MD