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 Il y a (déjà, que le temps passe vite) plus d'une semaine, profitant de mes trop rares incursions à Paris, j'ai répondu présent à l'invitation des éditions Stock- qui est en toute objectivité une de nos plus épatantes maisons d'édition actuelle, des années Jean Marc Robert à la belle relève mise en place  actuellement par Manuel Carcassonne- pour fêter  leur premier Prix littéraire ( à ce jour du moins) de cette rentrée.

Ce Prix, c'est celui de la Vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet- qui récompense un primo romancier entre 18 et 30 ans-  et qui vient  juste de couronner Line Papin, tout juste 20 ans,  pour son premier roman L' Eveil.

Un roman qui s'est nettement démarqué parmi la soixantaine de premiers romans parus cette année, que ce soit grâce à ce prix, ou bien encore par l'éloge quasi unanime de la presse ou des professionnels- et notamment Annie Ernaux qui a chanté les louanges de la romancière dans une belle interview croisée parue dans un récent numéro de Elle.

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Line Papin était bien évidemment présente à cette soirée, pour répondre à nos questions, les miennes et celle de  quelques autres blogueurs privilégiés- enfin plutôt blogueuses du reste car autour de moi il n'y avait que des filles, où sont les lecteurs masculins, ma parole?.

Line n'était pas toute seule face à cette meute- bienvaillante- de blogueurs(ses), car elle était très bien entourée par les attachées de presse ( jeunes et féminines aussi of course :o) de Stock, qui en ont également profité pour présenter d'autres romans coups de coeur de cette rentrée et également- grosse avant première pour le coup- de celle de janvier 2017...

eveilJ'ai réussi, malgré mon emploi du temps un peu (sur) chargé, à lire le roman de Line Papin quelques heures avant la rencontre- merci le TGV-  et  j'ai parfaitement compris ce que le jury du Prix de la Vocation- qui d'ailleurs ne comprend pas énormément de jeunes gens dans leurs membres- ait pu trouver à ce premier roman, qui revèle incontestablement la naissance d'une plume singulière et étonnante.

Les médias, qui sont parfois un peu paresseux ( je m'inclue dedans évidemment :o) et qui aiment bien les comparaisons toutes faites, ont un peu trop vite rapproché Line Papin à Marguerite Duras et à son très célèbre Amant, mais comme l'auteur l'a reconnu elle même, à part le fait que les deux romans se situent en Asie et parle de passion amoureuse, il y finalement a assez peu de similitudes entre les deux oeuvres. 

Ce qui est certain, c'est que dans L'Eveil, Line Papin parvient totalement, gràce à une écriture très sensorielle et très sensuelle, à retranscrire aussi bien les alternoiements et les enfièvrements de la passion  inhérents à la jeunesse,  que la ville d'Hanoi,  personnage à part entière  du roman,  une ville que Line connait bien puisqu'elle y a vécu jusqu'à l'âge de 10 ans, et qui s'est imposée très vite à elle pour planter le décor de son histoire, sans qu'elle n'en comprenne forcément les raisons profondes.

En même temps, Hanoi qui possède un climat, étouffant  et humide, est le décor idéal pour cette histoire pleine de passion et d'exaltation et dont le ciel s'alourdit aussi bien  au sens premier du terme que dans le coeur des protagonistes, qui voient leur destin s'assombrir. Un double foisonnement, extérieur et intérieur, qui se répondent formidablement, voilà une des grandes qualités de ce roman exaltant et exalté.

 "Je dois y retourner, c’est insupportable de le savoir ici, lui qui marche et vit non loin. Non, il ne s’agit pas encore de l’éveil, du vrai, c’est mon attention seule qu’il éveille pour l’instant, et c’est en dessous, plus loin, que nous allons éclore et tomber et rouler. Je suis à l’orée de l’éveil. »

Line Papin a commencé à écrire ce roman à 16 ans et l'a terminé à 19 ans, et comme je lui ai posé la question a effectivement utilisé ces 3 années où un être humain change beaucoup pour faire évoluer ses personnages, puisque elle nous a avoué avoir mis un peu d'elle dans chacun des trois personnages principaux de l'histoire.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser si on était aussi paresseux que la presse écrite, ce n'est pas seulement dans  Juliet, la très jeune fille de l'ambassadeur d'Australie au Vietnam qu'elle a mise un peu d'elle.


 

 Elle est aussi dans cet homme dont Juliet tombe folle amoureuse, un homme, objet de fantasme, qui d'ailleurs ne sera jamais nommé tout au long du livre, un autre expatrié, serveur de son état, qui traine en lui une blessure qui nous sera dévoilée au fil de ce récit d'une belle densité romanesque  et tout plein de ce lyrisme qu'on a souvent plus à 20 ans qu'à 40 ans- même si lorsque j'ai soulevé ce constat lors de la rencontre, tout le monde m'est tombé dessus :o)

Line nous a confié avoir été quelque peu réticente au départ à choisir ce titre, plus ou moins imposé par son éditeur, car elle avait trop peur que les médias- encore eux- fassent trop la comparaison avec l'éveil de son auteur et moins de son personnage.

Et pourtant dieu que ce titre est parfaitement approprié, tant il est évident que ce roman semble être la première étape d'une une carrière littéraire qu'on imagine forcément brillante, même si tous ces louanges et ses prix vont certainement mettre une pression manifeste sur les épaules de cette jeune romancière qui nous a semblé ce soir  aussi intimidée que déterminée. 

Personnellement, plus que Duras, c'est à La Grande Sophie ( rien à voir, je sais) que j'ai pensé à lisant L'Eveil, et à cette magnifique chanson figurant dans son dernier album Hanoi dont j'avais parlé à sa sortie  et qui m'a servi de bande sonore - heureusement que je l'avais dans mon smartphone- pendant ma lecture en train.

J'aurais d'ailleurs voulu parler de ce morceau à Line, mais le temps nous était compté, et puis il n'est pas certain que ce genre de remarque un peu personnelle eut intéressé tout le monde..  

Mais il serait malvenu de se plaindre un peu trop, tant j'ai été déjà très privilégié de pouvoir lui poser ces quelques questions- l'interwiew a été filmée, on peut la retrouver en intégralité quelque part, mais vu mon rapport compliqué à l'image, je vais laisser chercher ceux que ca interesse éventuellement :o- et on cloturera le compte rendu de cette si mémorable soirée avec ces quelques mots tirés de cette belle chanson et ce clip totalement en adéquation avec ce Très bel Eveil que je vous conseille de lire si ce n'est déjà fait..

"Dans le rétro je regarde si je t’aperçois Hanoï, Hanoï, je me souviens Ton visage, ton parfum, tes ruelles aussi Je te regarde passer je suis chez toi"