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 Cela ne vous a sans doute pas échappé, mais à l'occasion de la sortie de son sixième album « A présent »,le 7 octobre dernier, Vincent Delerm, dont je n'ai cessé de chanter les louanges depuis que je blogue ,est absolument sur tous les fronts médiatiques.

Cela n'est que justice, tant son nouvel opus est magnifique, peut-être le plus beau de tous ,et incontestablement, de l'avis de l'ensemble des médias, l'un des grands disques de l'année." A présent" est un immense album à la production et à orchestration particulièrement soignées, et dont l'écoute promure une émotion indéniable.

Ce que je ne pouvais imaginer dans mes rêves les plus fous, c'est que de ce plan média conséquent, Baz'art. en fasse partie ... En effet, pas plus tard que vendredi dernier, profitant d'une journée de promo sur Lyon, une ville qu'il aime particulièrement, Vincent Delerm, que je suis quand même depuis le début de sa carrière et une première partie au Bataclan de Julien Clerc qui m'avait laissé totalement sur le cul...carreau.., a accepté de me rencontrer et de converser avec moi pendant presque près de trois quart d'heure.. 

Trois quart d'heures d'interview, et si mes questions valent ce qu'elles valent (j'ai quand même essayé de lui poser des questions que je n'avais pas forcément retrouvé dans le dossier presse conséquent que le label m'a envoyé), ses réponses sont toutes passionnantes, tant l'homme est aussi charmant que volubile..

Du coup, me retrouvant avec pas mal de matière, j'ai préféré découper l'interview en deux parties distinctes, la première parlant plus de la génèse de l'album et du regard qu'il porte sur sa carrière,alors que  la seconde, prochainement en ligne, abordera plus un aspect intime et notamment ses goûts en matière de musique, de cinéma et de littérature....

Une interview à batons rompus , qui s'est rapidement déroulée dans le tutoiement mutuel  - on a exactement le même âge à quelques jours près, ca aide :o)-  et évidemment au final, un très moment dont je vous dévoile le début dès...à présent :

 

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  Baz'art :  Bonjour Vincent, et, avant tout, je dois t'avouer que je suis vraiment très flatté de pouvoir échanger avec toi, tant j'admire ton oeuvre depuis le tout début de ta carrière... Je suis un de tes grands admirateurs, c'est peu de le dire, mais on va essayer d'être assez objectif et te poser des questions qui sont pas forcément des questions de fan .. Pour le début de cette itw,  j'aimerais te parler de la pluie d'éloges que tu as reçu dernièrement. J’ai en effet sous les yeux le dossier de presse regroupant une grande partie des critiques autour de ton nouvel album « A Présent », et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce sixième opus est  particulièrement bien reçu par la presse dans son ensemble. Quelle est ta réaction par rapport à cette unanimité assez manifeste et qui est quand même assez incroyable, vu ton univers somme toute assez clivant?

Vincent Delerm : Oui c’est vrai, ce qui est super, dans cet accueil, c’est que l’ensemble est très touchant, et, ça, c’est vraiment nouveau.

Cela dit, et assez bizarrement, j’ai toujours eu de la chance avec la presse. Le côté "clivant" dont tu parles, le pour/contre, il a plus existé dans la « vraie vie », avec les gens entre eux, et par contagion, j’ai l’impression que le grand public a cru que les médias étaient aussi dans cette vision binaire alors, que sincèrement, j’ai été très gâté par la presse, j’ai eu très peu de papiers vraiment durs et les grands médias, par exemple, de "Libé" aux "Inrocks", m’ont toujours formidablement soutenu.

Maintenant, tu as raison, l’enthousiasme autour de cet album n’a jamais été aussi fort, mais je pense que c’est aussi lié à ce moment de mon existence. Après 15 ans de carrière, soit tu disparais du circuit, soit tu  fais partie définitivement d'une sorte de paysage, et cette seconde catégorie est du coup sans doute plus choyée par les médias.

Le milieu de la chanson est un milieu assez violent, qui joue sur la séduction, avec pas mal d’excitations autour de la nouveauté et des artistes qui arrivent, mais  pour ceux qui arrivent à durer malgré tout cela, il y a un peu plus d'indulgence à leur égard.

Pour moi, cette période actuelle correspond à une sorte de second cycle qui est la conséquence de que j’ai amorcé avec "Memory" et "Les amants parallèles", où j’ai un peu arrêté de répondre à un cycle automatique d’albums de chansons traditionnelles, de rompre avec cette période de mes débuts où j’avais tendance à rester à ma place et m’interdire de faire des choses dont j’avais envie, comme par exemple faire du théâtre.

"Memory" est quelque chose qui m’a fait beaucoup de bien, un projet assez fou au départ qui a été très bien accepté, et qui m'a fait office de permission pour tout le reste. Je peux désormais m’accorder faire un ou plusieurs pas de coté, sans qu’il y ait trop de péril en la demeure, car cela reste quand même assez cousin avec ce que j'ai fait avant.

Je pense qu’après cet album et la tournée qui s’en suit, si j’avais l’envie de tourner dans une pièce de théâtre, par exemple, ça serait désormais dans le domaine du possible, les gens ne se demanderaient pas forcément : « mais qu’est qu’il fout là »?  

Et à partir de là, je trouve cette situation vraiment très agréable, le fait de faire des choses un peu différentes les unes des autres soit devenu logique est à mes yeux un vrai privilège, dont j'ai pleinement envie d'en profiter..

Afficher l'image d'origineBaz'art : Ce que l’on retient aussi dans la plupart des articles de presse qui parlent de ton album, c’est qu’on a l’impression que, pour une fois, la grande majorité des médias va un peu plus loin que la caricature de l’image du chanteur bobo et monocorde, une étiquette qu’on t’a beaucoup collée à tes débuts, tu es d’accord avec cette perception des choses ?

Vincent Delerm  : Oui bien sûr, mais là encore, je pense que cette perception a commencé à évoluer avec "Memory", ce projet vraiment particulier, et a continué avec "Les amants parallèles".

C’est la première fois depuis ce second cycle dont je t’ai parlé que je fais un « vrai disque », car, aux yeux des médias en tout cas, "les amants parallèles" est un disque concept vraiment à part, et là, je savais qu’il était temps de faire un disque plus classique dans le format avec des chansons indépendantes les unes des autres, pour que cette étiquette se décolle plus fermement.

En même temps, je te dis cela, mais en fait, je n’ai pas vraiment la main sur l’image que je renvoie dans l’opinion publique. En plus, sur ce disque là, je ne l’ai pas vraiment venu venir :  en faisant le disque, je t’avouerai que je ne savais vraiment pas trop où j’allais, ni comment le disque allait être perçu.

Il faut dire que concernant  "les amants parallèles",  j’ai eu du mal à percevoir le ressenti du public, je sais que nous, on l’a vécu très fort, c’est un projet que j’estime très abouti dans son concept, mais c'est vraiment difficile d’évaluer de l’intérieur l’effet que cela a produit sur le public, même si je sais aussi que certains sont bien rentrés dans ce projet et que les médias l’ont pleinement soutenu aussi.

Du coup, oui, je me suis quand même posé la question de savoir comment, médiatiquement, allait être perçue l’évolution qu’on s’était permise entre ces deux projets, et je suis ravi que tout cela soit très finalement très positif..

Baz'art: Justement, pour revenir sur la comparaison entre ton nouvel opus et « Les amants parallèles », on sent bien le cheminement que tu as fait entre les deux.  Après cet album concept plus corseté,  plus contraint, est ce que ce besoin d’aller vers plus de liberté, avec des orchestrations très amples, à base de cuivres et de cordes, était une démarche délibérée de ta part ? On dit souvent qu’un artiste réalise une œuvre en rupture avec la précédente, on est ici totalement dans cet esprit, non ?

Vincent Delerm  : Comme je te l’ai dit tout à l'heure,  "Les amants parallèles,"  c’était vraiment une aventure particulière, un peu paranormale, vraiment éprouvante et exigeante à vivre de l’intérieur, notamment avec cette contrainte de générer tous les sons tout le temps, et j’avais vraiment besoin d’aller sur autre chose.

En même temps, les amants, c’est quelque chose de très écrit, très littéraire, et je voulais garder une trace de cette expérience, mais tout en revenant à un format chanson plus traditionnel…

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que, si j’ai eu les mélodies assez rapidement, j’ai eu plus de mal sur les textes, qui sont vraiment arrivés les trois dernières semaines. A part « la vie devant soi » qui était là tôt, les autres textes étaient vraiment laborieux à écrire..

Mais quand tu parles de liberté,  c’est surtout au niveau des arrangements que cela transparait.. Si tu t'amusais à faire exactement le même disque que le précédent simplement avec une couleur différente, les gens penseraient quand même que c’est le jour et la nuit entre les deux.

Bon, en même temps, c’est certain que du coup, si tu mets une couleur musicale différente, cela fait forcément décaler  légèrement le reste : ton attitude, ta façon de chanter, tes textes, et même tes cheveux qui blanchissent  (rires)...

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Baz"art : Et justement,  en parlant de couleur musicale- et non pas de cheveux qui blanchissent-, tu peux nous expliquer comment s’est déroulé ta collaboration avec ton arrangeur Clément Ducol, avec qui tu avais travaillé pour Les amants parallèles. Comment concrètement passer d’un univers aussi différent avec le même arrangeur ?

Vincent Delerm  : En fait, pendant qu’on faisait «  A présent », Clément,  qui est quand même, il faut le souligner, lyonnais d’adoption ( NDLR : il a suivi ses  études au Conservatoire de Musique de Lyon  .) avait le sentiment de mettre moins sa patte sur le disque que sur " les amants parallèles". Il faut dire que le précédent album,  c’était un peu son bébé, l’idée émanait vraiment  de lui-  et aussi un peu de l’autre arrangeur Maxime Le Guil- et là, il pensait que son travail se verrait moins. 

Je l’ai donc rassuré en lui disant qu'il ne fallait pas s'inquiéter, car les arrangements allaient aussi beaucoup s’entendre sur ce nouveau projet '(sourires) …

Du coup, notre collaboration s’est faite assez facilement, avec au préalable, un travail collectif de maturation, on a écrit ensemble le climat général, et l'on a beaucoup discuté pour bien définir le projet.

Certes,  lors de la conception du disque, Clément a été dans le rush, il a du écrire les cordes et les cuivres en une semaine, pour des séances qui arrivaient très peu de temps après, mais comme il y avait eu incubation préalable, le "saut dans le vide" s’est bien passé. Cette urgence a été finalement profitable, un peu comme, quand gamin, tu faisais ta dissert le dimanche soir pour le lundi matin.

Et puis, Clément,  il le connait parfaitement, son système harmonique : je peux parfois émettre un avis sur une couleur particulière mais, la plupart du temps, je le laisse totalement gérer son affaire.

J’aime beaucoup le fait que sur certaines intros ou extros de morceaux, il peut mettre des éléments qui "piquent" un peu, des harmonies un peu étranges, un peu fantastiques, qui contrastent ensuite avec mes mélodies à moi qui sont plus "lignes claires" et plus simples, j’aime bien jouer avec ce contraste en fait.

Baz'art : Ces mélodies que tu prétend simples, elles ont quand même une ampleur cinématographique évidente, un peu dans la continuité de la bande originale que tu as composée pour le film de Michel Leclerc, "La vie très privée de M Sim"… Si tu n’avais pas réalisé cette bande originale, tu ne penses pas qu'"A présent "eut été différent ?

Vincent Delerm  : C’est une bonne question, mais à laquelle personne n’a la réponse (rires).. Après, le fait d’avoir une plage entièrement musicale au milieu du disque – (NDLR : le magnifique  « Un été » en plage 6 qui lance superbement le non moins superbe la dernière fois que je t’ai vu, sorte de slam dans lequel Vincent Delerm s’adresse à son grand père mourant sur son lit d’hôpital) a certainement à avoir avec cette B.O dont tu parles.

Cette B.O, je l’ai pourtant réalisée avec un autre arrangeur que Clément,  à savoir Rémi Gallichet,  car moi je ne suis pas arrangeur du tout, mais c’est vrai qu’il y a une couleur commune entre les deux disques, certainement parce que tu téléguides plus ou moins consciemment des choses dans les harmonies, que tu te sens plus à l'aise d'aller dans telle ou telle direction une fois que tu as déja composé une bande originale... Oui, sans doute, après réflexion, tout cela a un lien... 

Baz art : Je suis un peu surpris que tu dises que tu ne te considères du tout comme un arrangeur, car sur ta page wikipedia, c’est bien écrit que tu l’es dans ton statut (rires)...

Vincent Delerm : Mais parce que tu crois tout ce qu’il y a marqué dans Wikipedia, toi ? (rires). Non, non, franchement je l’ai vu aussi, mais j'avoue, je ne comprends pas trop cela.

Autant sur l’album "A présent", j’ai demandé à ce que je sois cautionné comme coréalisateur, cela je l’assume vraiment, car j’ai pas mal dirigé les choses, mais arrangeur, vraiment, je ne peux aucunement me revendiquer comme tel.

 Baz'art : Dans  une interview donnée à l’Express, tu as dit,  à propos du morceau « Danser sur la table »- qui est mon morceau préféré de l’album et le tien aussi d’après ce que j’ai lu- que tu n’aurais pas imaginé écrire cette chanson il y a quelques années encore. Or, cette ode à la discrétion, à la timidité, c’est quand même tout à fait toi, non ? "Danser sur la table", c’est un peu ta version des  « les gens qui doutent », cette chanson d’Anne Sylvestre que tu as repris magnifiquement avec deux de tes collègues, tu ne trouves pas ?

Vincent Delerm : Si, complètement, moi aussi je me suis fait la même réflexion : c’est "mes gens qui doutent" à moi, celle-ci.

Tu es sûr que j’ai vraiment dit cela dans l’Express ?  (sourires) car, franchement, il n’y presque que moi qui peut l’écrire ce morceau là, si je ne le fais pas, personne ne le fera, je crois..

Tu as raison, je l’aime vraiment beaucoup celle-ci, on ne va pas dire que c’est pas une sorte de «  vengeance » pour ceux qui sont en retrait, mais on est quand même un peu dans cet esprit,  surtout avec le propos final qui affirme que la vie n’est pas moins forte et incroyable pour ceux qui sont de simples observateurs  et qui semblent être un peu moins dans la ronde que les autres .

C’est une chanson vraiment importante, que j’ai particulièrement hâte de chanter sur scène…Ce type de chansons, pour les gens qui suivent ce que je fais depuis le début, c'est un peu quand même un peu pour eux, et rien de que l’attaquer sur scène, tu vas sentir le bruissement de ces gens qui l’attendent spécifiquement. Celle-ci, je sais qu’elle va vraiment être bien accueillie sur scène, qu’il y aura la qualité d’écoute idéale pour l’entendre comme il le faut...

Baz'art : Justement, en règle générale, est ce qu'au moment de  la conception ou de l’enregistrement de tes morceaux, tu penses déjà à la façon dont tu vas les jouer sur scène ?

Vincent Delerm  : Pour celle-ci, oui, j’y ai pensé de suite, mais en général, non, c’est plutôt rare que je me dise cela. Parfois, au contraire, je peux me creuser la tête au moment de la préparation de la tournée pour essayer de jouer sur scène tel ou tel morceau, la façon dont on la réorchestre, je n'y avais pas pensé du tout avant, et je me dis parfois que j'aurais du (sourires)… 

C’est quelquefois un peu technique, parfois même un peu sous l’angle de la contrainte, que ce soit la façon dont tu veux jouer un morceau sur disque,  ou celle dont tu dois te positionner avec tes musiciens, ce n'est pas que du fun, tu sais…

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Baz'art : Et justement à propos de cette prochaine tournée, à propos de laquelle tu dois être actuellement en pleine réflexion, est ce que tu n’es pas confronté à l’écueil suivant : comme ton dernier album est totalement exempt de chansons ironiques, "second degré", comme tu as pu en écrire dans tes précédents albums, est ce que ce n’est pas plus difficile de faire entre deux morceaux profonds, des transitions un peu humoristiques comme tu as l’habitude de le faire sur scène?

Vincent Delerm  : Oh, cela, je n’en suis pas certain… J’ai déjà fait des transitions  plutôt amusantes avant des titres très mélancoliques comme par exemple "Chatanay Malabry", et j’avais l’impression que ca prenait bien auprès du public…

Après, c’est aussi et encore une question d’arrangements- décidement- qui vont forcément entrer en ligne de compte pour que tout cela se rode bien. Pour cette prochaine tournée, je serais sur scène avec Remi Gallichet, dont je t’ai parlé tout à l’heure concernant la BO de M Sim, et qui avait bossé avec moi sur "15 chansons".

Sans tout dévoiler, j'ai prévu de mettre en place un spectacle autour de la démultiplication… Je parle d’une histoire très personnelle, mais on se rendra compte que c’est un peu la même histoire pour tout le monde, c’est un musicien qui me ressemble beaucoup physiquement, donc on va jouer beaucoup là dessus.

Ce qui est certain, c'est que je veux toujours concevoir des spectacles qui ont très peu à voir avec l’album d'origine, donc cela sera encore le cas, et puis je sais que c’est pas mal de présenter des choses en demi teinte.. en faisant rire avant, cela peut fonctionner franchement, je pense.

Et puis, avouons aussi que quand tu vieillis un peu, et quand c'est le moment de choisisr ta playlist de tournée , c’est que tu as plus de choix et que tu ne joues plus que les chansons que tu aimes vraiment ( sourires)..

Sur les dernières tournées, on avait très peu joué  les albums "15 chansons" et "les piqures d’araignées" et là,ces albums formeront un peu la charpente du spectacle avec "A présent" avec un peu aussi forcément quelques unes de mes chansons les plus connues du premier album. Celles ci, je me vois mal ne pas les chanter sur scène, je leur dois quand même tout mon parcours....

 ITW à suivre prochainement....