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 L'illustrateur et scénariste de BD Morgan Navarro, que je ne connaissais pas du tout avant de découvrir sa dernière publication, a, au cours de celle ci,  pris un certain risque en assumant ouvertement son côté réactionnaire, à l'heure où le politiquement correct et le très policé sont quand même de plus en plus monnaie courante dans notre société.

En effet, avec sa Bande dessinée "intitulée tout simplement Ma vie de réac’ qu'il a d'abord lancé  entre 2015 et 2016 sur son blog hebergé par Le Monde , avant d'étre éditée chez Dargaud depuis le 2 septembre, Morgan Navarro nous montre qu'on peut  s'(auto)proclamer « réac » sans pour autant être un clone d'Eric Zemmour ou d'Eric Brunet ! 

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 Il faut dire que Morgan Navarro- qui est passé sur Lyon jeudi dernier dédicacer cet album à la Librairie Expérience lors d'une très sympathique rencontre - possède un gros atout que la plupart des réacs connus n'ont pas, à savoir le sens de l'humour et de la dérision.

Car dans "Ma vie de réac," le personnage principal, qui a le même âge et le même patronyme que l'auteur, assume totalement son coté réac- pas forcément bien vu dans le milieu très bobo de la bande dessinée.

Il en profite pour donner ses opinions souvent tranchantes et rétrogrades,  au risque de paraitre souvent décalé, de mauvaise foi,  voire ridicule, surtout vis à vis  de ses proches qui sont souvent embarassés par ses envolées réac, notamment ses enfants dont le naturel et l'applomb valent des grands moments d'humour.

Que ce soit pour afficher son agacement face à un système éducatif qui ne veut plus daigner noter les élèves, le fait de mettre six fèves dans une galette des rois pour ne pas frustrer les enfants qui ne l'auront pas, la féminisation outrancière des noms communs ou la résignation de certains profs devant la faiblesse du niveau général- hilarante planche sur les cours de musique à base de Manau- l'auteur cherche surtout à pointer du doigt la fameuse pensée unique et surtout les raccourcis de pensée pas toujours logiques.

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Une des qualités de cette BD est de réussir dans l'écriture à ne pas caricaturer les situations, et surtout à parvenir à observer finement les travers et les contradictions de notre société.

Et, comble de l'ironie, on en vient même parfois à abonder dans le sens du personnage principal alors même qu'on pensait être un vrai progressiste tolérant et ouvert au changement :o)

Ce n'est pas le moindre des mérites de son auteur Morgan Navarro, un peu comme Gérard Lauzier, autre réac assumé de la BD l'a fait avant lui,  de sonder le réac qui loge en chacun de nous..

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Il est d'ailleurs possible que notre coté réac soit plus émergent,  une fois qu'on a des enfants, vu les confrontations de génération et de valeurs qui en découlent, et c'est surement pour cela que toutes les planches liées à l'éducation sont celles qui m'ont semblé être les plus drôles et les plus justes de l'album.

Par son personnage, aussi agaçant parfois que touchant à d'autres moments, cette "vie de Réac" déconcerte et fait réagir, mais ne laisse aucunement indifférent, ce qui témoigne de la grande réussite de l'album de Morgan Navarro.

Un album qui, d'ailleurs, se clôt finalement sur une note plutot optimisme en nous affirmant mordicus que ce n'est pas forcément parce que  c'était mieux avant que ça ne peut pas être encore mieux demain.... Tiens au fait, vous en pensez quoi au juste de cette affirmation? Allez, on vous laisse 4 heures pour plancher dessus, et on relève les copies à la fin..