La-grenouille-avait-raison_2016_ressourceOriginale

James Thierée, je l'ai vraiment découvert, il y a quelques mois seulement, grâce à son rôle assez formidable dans le très plaisant Chocolat, de  Roschdy Zem.

Un film dans lequel il tenait largement la dragée haute à la star Omar Sy et offrait une composition toute en nuance dans le rôle de Footit le partenaire/rival du Chocolat du titre, et dans lequel surtout il montrait une (petite) partie de l'étendue de ses immenses dons de clown/mime et  de contorsionniste.

La liste de ses talents est très longue, ce que savent ceux qui suivent plus que moi sa carrière depuis  son tout premier spectacle "la symphonie du hanneton", qui avait laissé pantois  ceux qui l'avaient vu. Il faut dire que dès ce spectacle, Thierée montrait qu'il était un artiste fascinant et complet, qui, tout en proposant des pièces qui présentent forcément quelques similitudes les unes avec les autres, ne cesse de se réinventer. 

 

grenouille

Utilisant à merveille  sa polyvalence et sa faculté à maitriser pleinement les différents arts qui sont  les siens - danse, mime, cirque, acrobatie, musique- James Thierée crée des spectacles qui ne ressemblent qu'à lui, où il fait varier des plaisirs, mettant parfois au gré de ses envies ici plus de théâtre, là plus de danse ou de cirque..

Dans " la grenouille avait raison," son dernier spectacle à ce jour qu'il a joué la semaine passée à Lyon au Théâtre des Célestins, que j'ai eu la grande chance de voir avec mes deux enfants de 7 et 10 ans, tout autant émerveillés qu'un peu effrayés (il faut dire que certains personnages pouvaient faire un peu faire peur) Thierée laisse un peu de coté la danse - même si un ou deux passages sont assez impressionnants- et a choisi d'accentuer le coté onirique et fantastique de ses réalisations antérieures.

Il faut dire que le décor dans lequel se situe sa nouvelle pièce est d'autant plus extraordinaire qu'on n'y rentre pas immédiatement, une chanteuse nous y amène d'une fort jolie façon que je laisse deviner à ceux qui n'ont pas encore vu la pièce et là on en prend plein les yeux : morceaux de ferraille éparpillés au sol,  escalier en colimaçon, tronçons métalliques et surtout un  kaléidoscope lumineux épatant.

L'univers de "la grenouille avait raison" a des vrais airs d'Edgar Allan Poe, qui a visiblement beaucoup inspiré Thierée pour élaborer son impressionnant conte fantastique gothique.

La grenouille avait raison de James Thierrée.

 Alors, je le reconnais un peu honteusement, j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire,  tant la narration  m'a semblé particulièrement difficile à saisir- il est vaguement question de fratrie enfermée dans un endroit peu acceuillant-, mais comme l'affirme haut et fort James Thierée dans la presentation écrite de son spectacle, le récit et le rationnel importent peu- de même que le sens du titre du spectacle, malgré l'apparition d'une impressionnante grenouille dans la dernière partie.

Devant un spectacle de Thierée, seule importe l'émotion que l'on ressent devant les trouvailles scénographiques et visuelles de son auteur et  également évidemment - car James est avant tout un clown- l'humour  - mon fils de 10 ans a énormément ri- devant les moments de burlesque pur, pas loin de celui de  Tati, Keaton et évidemment Charlot dont la filiation parait parfois vraiment évidente devant ces cheveux rebelles qu'on n'arrive pas à repousser ou ces corps qui ne vont jamais où on voudrait les faire aller... 

Les rationnels- que je suis hélas un peu trop- doivent apprendre à lacher prise et se laisser totalement  haper par ce spectacle en forme de  rêverie, pour un voyage à la fois burlesque,  féérique et spectaculaire  de ces personnages  aux prises à cette gigantesque machine qui leur impose sa loi.

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 "Je fais du théâtre pour ne pas avoir à expliquer ce qui remue à l’intérieur, plutôt pour rôder autour." affirme l'artiste multicarte dans le dossier de presse de son dernier spectacle.  

Cessons dés lors de tout chercher à expliquer- principe certes difficile à appliquer  pour un chroniqueur qui pond 100 lignes à chaque critique-  et promis, lors du prochain spectacle de Thierée, je me laisserai totalement emporter  sans chercher à tout prix du sens, car définitivement comme la grenouille du titre,  il est évident que c'est James qui a profondément raison de continuer à creuser son singulier sillon. Un sillon, qui, au vu des réactions enthousiastes du public du Célestin qui a applaudi ce soir là  debout pendant de longues minutes, a encore de très belles heures devant lui..