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  Si on a tous et toutes entendu parler de Jérôme Kerviel, ce trader de la Société Générale, présumé en 2008 de manipulations frauduleuses d’un montant de 50 milliards d’euros, je fais partie de ceux qui n'avaient pas compris grand chose au nerf de l'affaire, comme souvent c'est le cas pour le grand public et les non initiés, lorsqu'il est question de chiffres d'action, de stock option, tous ce genre de choses qui font souvent fuir les lettrés et les cultureux en tous genres.

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Après, reconnaissons aisément que l'homme est assez charismatique, ce qu'il a prouvé notamment lors de ses interventions médiatiques, son  côté golden boy et le sentiment qu'il a toujours semblé payé à la place d'autres font que le personnage est hautement cinématographique et c'est assez logique que le 7ème art s'en inspire pour décrire son ascension, sa chute et sa rédemption, trois éléments que Kerviel a décrit lui même dans un livre confession écrit quelques années après l'affaire "Mémoires d'un trader, L'engrenage" ..

De sa rédemption, il n'en sera pas vraiment question dans  cette adaptation du livre, intitulée l'Outsider,  dernier film en date de Christophe Barratier- qui  est sorti en DVD  depuis le 26 octobre dernier chez Le Pacte, et que j'avais envie de voir justement pour accentuer ma connaissance très limitée de l'affaire .

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Christophe Barratier, d'habitude à l'origine plus habitué aux comédies populaires ("Les Choristes", "Faubourg 36", "La Nouvelle guerre des boutons"), reprend la première partie du livre de Kerviel centrée sur son arrivée à la société générale puis sa descente aux enfers et se termine au moment où il est interpellé.

L'outsider est donc un thriller financier, dans la lignée des grands modèles américains du genre de  "Wall Street", au très réussi  "Margin Call" ou bien encore le dernière modèle en date,  "Le Loup de Wall Street" par le maitre Scorsese en personne.

Le film de Christophe Barratier se situe dans cette continuité de ces fresques hollywoodiennes, que ce soit dans l’interaction entre vie privée et vie professionnelle ou le coté fête dépravée  entre collègues, ou  encore de ses plans aériens des tours de la Défense qui font un peu songer aux grattes ciels de Wall Street, mais le fait bien sur à une échelle franco francaise dans lequel le faste et le luxe de Scorsese & co laisse la place à quelque chose de plus restreint et moins bigger than life…  

L'outsider n'a évidemment pas l'envergure de "Margin Call" ou du "Loup de Wall Street", comparons avec ce qui est comparable, mais Barratier fait avec les moyens du bord et le fait plutôt bien ..

 

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 Christophe Barratier prend ici le point de vue de Kerviel, puisqu'il suit à la lettre les deux premières parties de  son autobiographie, mais ne l'épargne pas forcément et n'hésite pas à montrer ses limites et sa mauvaise foi, et surtout, il réussit à  montrer la violence et le cynisme de ce monde de la finance, tout en affichant aussi, plus que dans les modèles américains précités une petite dose d'humanité de fragilité même chez les plus salaud d'entre eux, grâce à des dialogues et des situations souvent justes et crédibles.

Dans le rôle du mentor, Francois-Xavier Demaison, qui connait bien le sujet- il a été avocat dans la finance à New York avant de tout quitter suite au 11 septembre, tient une de ses meilleures prestations et Arthur Dupont est pas mal du tout en jeune loup innocent qui prend de plus en plus d'assurance à mesure qu'il remporte la mise..  

On ne comprend pas forcément tous les enjeux de cette folie des grandeurs qui étreint Kerviel, mais le réalisateur est suffisamment habile pour s'adresser à tout le monde et vulgariser assez pour que même les néophytes s'y retrouvent aisément..

Bref, dans le style thriller de bonne facture, cet "Oustider", qui a connu une carrière assez discrète en salles, constitue plutôt une bonne surprise qu'on peut aisément rattraper en DVD.

 Bonus: un double DVD complet et de très bonne facture aussi avec notamment dedans un interessant dialogue croisé Kerviel/ Barratier qui revient sur la génèse du film, quelques scènes coupées interessantes et un making off plutô original..

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