Après trois poches vus ce matin, on revient à la littérature grand format  avec trois romanciers français plutôt reconnus qui ont publié un roman  lors de cette rentrée littéraire .. notre court avis sur le cru 2016 de Christophe Donner, Alain Mabanckou et Lionel Duroy :

1. L’innocent        Christophe Donner ( Grasset)

innocent

«  Mon père m’avait appris des chants révolutionnaires, ça oui, couper la tête des bourgeois, des aristos, j’aurais su comment m’y prendre, et construire des barricades, et lancer des cocktails Molotov sur les flics, j’étais prêt, mais savoir comment glisser mon sexe à l’intérieur de celle qui ne demandait que ça, il n’avait même pas pensé que ça pouvait m’être plus utile que la manif du 1er mai »

Quinze ans après « L’empire de la morale » auto fiction où il réglait ses comptes avec un père communiste et une mère psychanalyste, Christophe Donner en remet une couche dans « L’innocent » son nouveau roman. Comme papa et maman sont séparés, très occupés par leurs amours et complètement autocentrés, Christophe est libre. Mais que faire de la liberté lorsque l’on rentre en adolescence ? Paris juste après 68, les communistes révolutionnaires, la libération sexuelle, la psychanalyse sauvage, c’est beaucoup pour un beau jeune garçon inhibé qui suscite le désir des adultes mâles ou femelles qui croisent son chemin.

Paris, Saint Tropez, Tunis, photographie d’une époque où la vaine recherche du bonheur à tout prix, d’un bonheur forcément inaccessible a fabriqué malheur et frustration. Christophe Donner épatant écrivain pour enfants et douloureux écrivain pour adulte en porte encore les stigmates. « L’innocent » un livre triste écrit avec du sperme et des larmes.

 MD

2.Le monde est mon langage, Alain Mabanckou ( Grasset)

 

langage

" La poésie serait ainsi agonisante, aliltée mais encore entourée par quelques admirateurs comme toi, opiniatres, accrochés à cette dernière pulsation à cette douairière pour laquelle les différentes interventions chirurgicales auraient échoué. De même que le poète marocain Abdealattif Laabi parle du soleil qui se meurt, la poésie serait en train de mourrir et nous serions par voie de conséquence, coupable de non assistance à poésie en danger."

Né au Congo, partageant son temps entre la Californie où il enseigne comme professeur de littérature à UCLA (University of California – Los Angeles), Paris où il a fini ses études, et le monde qu’il parcourt pour présenter ses livres, Alain Mabanckou est un auteur en langue française pour qui sa langue n’est pas enfermée dans le carré français.

"Le monde est mon langage" se  présente ainsi selon les mots de l'auteur comme " un tour du monde de la pensée et des émotions telles que la langue française les véhicule", par les gens les plus divers, célèbres ou inconnus, qui ont ces mots en commun et comment ils les transmettent aux autres

Une galerie de portraits d'auteurs qui nous embarque pour un tour du monde littéraire où pensées et sentiments se croisent.

Un texte habilement  construit, parfois un peu érudit, qui crée des ponts entre les auteurs qui sous, le regard bienveillant d'Alain Mabanckou  donne forcément envie de découvrir ces auteurs.

 

3. Lionel Duroy, l'absente ( Julliard)

absente

" Augustin conçoit qu'une telle chose soit possible car il s'est souvent dit que si Maria Callas avait été vivante, il serait allé sonner à sa porte pour lui déclarer qu'il l'aimait qu'il rêvait d'être son amant, qu'aucune femme n'avait jamais éveillé en lui un tel élan du coeur. Tandis que Sarah Barber parlait c'est à ce rêve qu'il confrontait ses mots."

'Auteur de plus d'une douzaine de romans dont Priez pour nous,  adapté pour le grand écran dans les année.et Le Chagrin récompensés de plusieurs prix. et également nègre pour d'illustres personnalités ,Lionel Duroy ne cesse de revenir par le biais de fictions plus ou moins déguisés sur ses blessures de l'enfance, et "cette absente" publiée en cette rentrée 2016 en est une édifiante illustration, 

Le narrateur, écrivain et double de l’auteur, désespéré par la vente de sa maison consécutive à son divorce, entasse quelques affaires dans le coffre de sa voiture et part sur la route de Verdun à la recherche de son passé.

Il essaye d’entamer l’écriture d’un nouveau roman tout en se remémorant certains épisodes de son passé.  : en perdant sa maison, Augustin perd le peu qu’il y avait encore de stabilité dans sa vie, mais au lieu de l'effondrer totalement, cela  va  faire  resurgir le passé et les événements qu'on a découvert dans d'autres romans de l'auteur, notamment "Priez pour nous", mais traité ici dans un versant moins léger à savoir l’expulsion de sa famille, lorsqu’il avait une dizaine d’années, de l’appartement de Neuilly et leur relogement en cité ouvrière, événement qui a plongé  alors sa mère dans sa folie..

Cette enquete intime et largement autobiographique  est une belle ode à l'écriture et à la résilience, et prouve que l'écriture peut dans le cas de Duroy être résolument carthartique. Parfois un peu nombrilisque, cette absente n'en reste  pas moins touchante et prenante..