diamond island

Il y a plus de deux mois, je suis allé à Paris faire le plein de projections presse histoire d'alimenter ce blog et accessoirement de parfaire ma soif inextensible de cinéma, et je me souviens avoir  fini cette cure de pellicule par le film idéal qui m'a plongé dans une ambiance assez hypnotique et onirique, un long métrage très pop et élégant me laissant avec des étoiles plein les yeux pour mon retour.

Ce film c'est Diamond Island, un long métrage présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes et qui avait beaucoup plu à une certaine partie de la presse, notamment les Inrockuptibles qui le classait parmi leurs plus beaux films de cette nouvelle édition.

 Ce film, qui sort ce mercredi en salles, est le deuxième long-métrage du réalisateur cambodgien Davy Chou, après  un excellent documentaire Le Sommeil d’Or qui revenait sur l'histoire du cinéma cambodgien ou plutot des vestiges d'un cinéma perdu depuis l'arrivée des Khmers rouges au pouvoir, un cinéma cambodgien que Davy Chou est un des seuls à tenter de réhabiliter, notamment grâce à ce très beau premier long-métrage de fiction.

 

dimand

 Si Davy Chou évoquait surtout le Cambodge avant 1975 dans le « Le Sommeil d’or » il s'intéresse ici au Cambodge  contemporain, à travers le décor de Diamond Island qui donne son nom au film; une île totalement artificielle que les industriels ont construit en plein cœur de Phnom Penh.

Fait de grands immeubles de luxes et de boutiques très lumineuses et totalement  "bling bling",  cette île est l'illustration d’un capitalisme  éhonté qui  a su attirer une jeunesse cambodigenne avide de clinquant et de réussite : ce Champs-Elysées local,  destiné à une population pas forcément habituée à cette modernité, témoigne en filigrane de cette volonté cambodgienne de montrer à l'Occident qu'eux aussi sont capable de luxe et de grandiose.

Parmi ces jeunes attirés par ce clinquant, la caméra de Chou va suivre plus particulièrement un jeune homme,  Bora ; qui avec un groupe de jeunes ouvriers avec qui il sympathise, va  flâner dans les rues illuminées de l'ile, au milieu des buildings et des fêtes foraines, à la recherche d'un idéal qui pourrait bien remplir le vide  évident de leur existence.

Davy Chou nous montre ainssi cette jeunesse cambodgienne que les occidentaux connaissent si mal cette jeunesse qui tente de se construire,  en ne pensant qu'a sortir, dès que leur travail harassant est terminé, pour s’amuser avec ses potes et séduire des filles probablement comme eux à la recherche de distractions.Afficher l'image d'origine

Cette jeunesse plus ou moins flamboyante, le cinéaste nous la montre avec des couleurs vives et colorées, qui instillent une atmosphère pop, et  rêveuse aux plans particulièrement léchés, qui font penser au cinéma de Wong Kar-Wai , mais aussi au cinéma de Michael Mann, fait de beaux travellings de gauche à droite, qui confèrent une dimension totalement hypnotique qui plonge le spectacteur entre les chantiers et les hôtels de luxe.

Impossible dès lors de ne pas se laisser happer par cet univers envoutant, et pour une fois, reconnaissons que je n'ai pas été très géné que le film soit sans doute plus impressionnant formellement que sur le fond...

En effet, le récit de Diamond Island est vraiment intéressant lorsque (ré) apparait  l'énigmatique et très charismatique frère  de Bora  Solei, disparu cinq ans plus tôt sans donner de nouvelles, il l'est un peu moins lorsque celui ci n'est plus à l'écran-, sans doute du au fait que la bande de copains de Bora est composé d'acteurs non-professionnels au jeu un peu fluctuant.

Mais qu'importe ce léger bémol, la mise en scène de Davy Chou est tellement soignée qu'il est impossible de ne pas se laisser séduire par ce quotidien doux amer à la saveur onirique et poétique, pour au final un long métrage romanesque et réaliste à la fois, plein de vie et de mouvement.

S'immerger grâce à Diamond Island dans les nuits cambodgiennes  avec cette jeunesse cambodgienne est un vrai plaisir de cinéma totalement dépaysant, et l'un des derniers de cette année 2016 cinéma qui s'achève.