dalida

 

 

Après La môme (2007, Olivier Dahan)et  Cloclo (2012, Florent Siri), il était assez logique que Dalida, autre gloire de la chanson française à la destinée incroyable, ait également droit à son biopic, et tout aussi cohérent que celui- ci sorte l'année du trentième anniversaire de sa mort, même si celui ci n'aura lieu que dans quelques mois, en mai prochain.

Loin d'être aussi discutable que l'idée de voir chanter son hologramme sur la scène du Palais des Congrès, son biopic, qui est sorti hier au cinéma, et que j'avais eu la chance de voir en décembre dernier lors d'une avant-première particulière (qui se déroulait simultanément sur la scène de l'Olympia et dans divers cinéma de France avec Nikos en passeur de plats) n'en est pas moins une réussite mitigée, du moins sur le plan artistique.

 Même si j'avais bien aimé LOL, et même je l'avoue un peu honteusement le pourtant bien guimauve Une  "Rencontre" , il n'est pas certain que Lisa Azuelos constituait le meilleur choix possible pour réaliser ce qui pourrait devenir un modèle du genre du biopic musical.

 

 Quand je pense aux modèles du genre, je ne fais pas forcément référence à ceux que j'ai cité en début d'article - j'avais trouvé la Mome très moyen-  et Cloclo pas mal mais pas exceptionnel non plus-    mais plus dans les récentes oeuvres sur le sujet,  le magnifique Love And Mercy autour de Brian Wilson, le leader des Bach Boys ou, si on reste sur les stars hexagonales, le très ambitieux et audacieux Gainsbarre de Joan Sfarr.

Hélas, si la projection de Dalida fut dans l'ensemble un moment plutot plaisant, on n'a jamais l'ampleur et l'émotion des meilleurs films du genre, et on a même parfois la facheuse impression de regarder un téléfilm, impression d'autant plus forte qu'une fiction télé sur la vie de Dalida en deux parties avait été réalisé en 2005 et que certaines scènes donnent l'impression d'être un copier coller de ce téléfilm aux moyens pourtant plus modestes, notamment dans le casting.

Le problème du Dalida d'Azuelos réside surtout dans son parti pris trop réducteur : en ne se focalisant pendant les deux heures de film uniquement sur  la face sombre  et la face sentimentale de l'artiste, le film donne vite l'impression de se répéter, tant on a l'impression que le destin de Dalida de résume uniquement à tomber folle amoureuse, à vite déchanter, à vivre une rupture souvent tragique et à très peu de temps après ( c'est en tout cas l'impression que laisse le film-,  recommencer le même schéma que ce soient avec Luigi Tenco, Lucien Morisse, Lucio, Richard Chanfray.

dalida-le-film-critique2

Et cette monotonie dans ce qui nous est montrée de la vie intime de Dalida, aussi proche de la réalité soit elle(?), lasse assez vite, car les dialogues et les situations flirtent parfois avec le roman photo, et, ce qui était acceptable dans une Rencontre l'est moins quand il s'agit de décrire la vie d'une des artistes les plus emblématiques du patrimoine musical français du 20ème siècle.

Je n'ai rien contre le coté intime et sentimental d'un artiste, bien au contraire, et par ailleurs, il est impossible de nuer que c'est cette dimension de grande  amoureuse qui a faconné sa destinée tragique, au terme d’un chemin parsemé de drames, mais tout ceci manque  quand même clairement de nuance.

On aurait aimé voir d'autres une Dalida, plus solaire, plus spirituelle, plus lumineuse, celle qui a réussi à séduire des grands hommes tels que François Mitterrand ou Bertrand Delanoé plutot que cette belle plante qui semble plus interessée par sa vie sentimentale que sa carrière musicale, impression d'autant plus forte que les chansons de Dalida servent quasiment constamment à illustrer une peine de coeur .

Dalida-le-film-critique4-1024x682

Du coup, des scènes qui auraient pu émouvoir terrilblement par leur coté tragique et irrémédiable laissent place à de la froideur, voire un ennui poli...

D'après les échanges que j'ai pu avoir sur twitter le lendemain de cette projection, cette déception que j'ai ressenti n'était pas vraiment partagée par les fans de la chanteuse visiblement ravis de ce biopic, réjouis d'entendre tous les hits de leurs idoles,  et les fans semblaient également  enchantés par la belle prestation de Sveva Alviti.

Cette denière , même si elle n'est pas forcément très ressemblante est  assez bluffante il est vrai  et semble totalement investie dans la peau de l’interprète de Besame Mucho, et les autres acteurs, même parfois réduits à de simples silhouettes ne s'en sortent pas mal non plus dans l'ensemble, notamment Patrick Timsit en Benoit Coquatrix ou Jean- Paul Rouve qui compose un Lucien Meurisse humain et pathétique à la fois.

Afficher l'image d'origine

 Les autres ( non inconditionnels de la chanteuse) déploreront certainement tout comme moi le fait que le long métrage de Lisa Azuelos ne nous montre qu'une version tronquée de la star,  et que l'accès à cet aspect de celle qui doit rester à tout prix une star marquée par ses envolées sentimentales et tragiques ne nous soit pas révélées. C'est "fini la comédie", chantait Dalida..on a l'impression que la cinéaste suit ce principe à fond les ballons: du drame, du drame et encore du drame!!

Dommage que le film reste constamment axé sur cette dimension d'une star planétaire à la vie privée malheureuse et  vide de joies. "Dalida", le film devait, d'après les intentions de la cinéaste ,"décrypter les ravages du star-system sur l’être humain derrière la célébrité d’apparat", le résultat à l'écran est malheureusement peu convaincant à ce sujet.

Mais bon, vu que l'artiste a écoulé  de 70 millions de disques il est assez prévisible que ce biopic marche également du feu de tonnerre et que les spectateurs ne partagent pas forcément mes réserves..