interhumour

 Bien plus que pour les autres radios, il existe un lien presque irréfragable entre France Inter et ses auditeurs, l'ensemble formant une sorte de communauté d'esprit dont les membres sont ravis de se reconnaitre entre eux. Une communauté qui partage entre eux un même humour et un même esprit, très politisé dans l'âme, aux convictions bien ancrées à gauche, et défendant un socle de valeurs communes comme la défense d'un service public de qualité.

Bref,  une communauté qui se situe loin des auditeurs des radios concurrentes que jamais au grand jamais elle ne prendrait la peine d'écouter, ne serait-ce que deux minutes en passant, à savoir Europe 1 et, pire encore, RTL ou RMC et leurs populismes de mauvais aloi.

 Cela, je le savais déjà, mais j'ai pu m'en rendre compte de façon évidente, jeudi dernier, lors de mon dernier passage  à Paris,  lorsque j'ai mis les pieds la première fois dans la mythique et vraiment magnifique salle Pleyel à l'occasion du spectacle France Inter, génération humour.

pleyelfupUne soirée exceptionnelle et unique, qui s'est déroulée à l'occasion de la seconde édition de ce Festival d’humour de Paris (FUP), dont je vous ai parlé il y a quelques semaines, et  qui avait la particularité de réunir exclusivement des humoristes intervenant sur différentes émissions et différents créneaux publics sur la radio publique la plus écoutée de France.

Grand instigateur de cette manifestation le  producteur Jean-Marc Dumontet, directeur de salles parisiennes (Point-Virgule, Bobino, théâtre Antoine)  et créateur du FUP,  ne prenait pas de risque inconsidéré en l'organisant, et d'ailleurs, cette soirée a très vite affiché complet.

Il faut dire que les nombreux billets humoristiques quotidiens qui sont diffusés sur Inter affichent des chiffres records de podcast et de partages sur les réseaux sociaux, et il n'y a pas une journée ou je ne vois pas passer un podcast de  Nicole Ferroni ou Pierre- Emmanuel Barré  (deux épatants chroniqueurs, hélas non présents en chair et en os jeudi dernier, mais tous les deux auteurs d'un passage vidéo assez emballant) .

ticketspleyel Si pour ma part, j'écoute très peu la radio, faute de temps et d'opportunité, je suis évidemment tout à fait compatible à l"'esprit Inter," ('comme on a pu parlé à une époque d'esprit Canal), et j'ai d'ailleurs écouté pendant très longtemps plusieurs de ses émissions mythiques.

Je pense évidemment  à ce qui est forcément MA  référence en matière de critique culturelle Le masque et la plume, une émission qui a d'ailleurs cloturé cette soirée France Inter, génération humour, de façon assez jubilatoire, en faisant intervenir en off pendant que la salle se vidait les chroniqueurs emblématiques de cette émission- Arnaud Viviant, Patricia Martin, Jean Louis Ezine- pour déblaterer sans ménagement sur ce qu'on venait de voir...

FUP

Evidemment, cette critique cassante et gratuite était un pur fake, tant le spectacle proposé ce soir là fut une vraie réussite qui a comblé d'aise un public- 2000 spectateurs, quand même-, certes un peu conquis d'avance mais qui ne semblait pas du tout déçu par ce qu'il venait de voir..

Albert Algoud , Frédéric Fromet , Giédré, Guillermo Guiz : Frédérick Sigrist, Thomas VDB, Audrey Vernon, Tom Villa, Alex Vizorek : la grande majorité des  humoristes chroniqueurs de France Inter étaient présents sur la scène de la salle Pleyel, et même s'il manquait quelques noms prestigieux (de Sophia Aram à Guillaume Meurisse), bouder son plaisir aurait été fort malvenu, tant les prestations de tous ces artistes étaient épatantes et n'ont ménagé aucune pause pour nos zygomatiques..

 Fidèle à l'ambiance qui règne sur France Inter, les humoristes ont privilégié un humour bien caustique, qui n'a ménagé ni rien ni  personne, à commencer par le propre auditeur de France Inter, raillé comme n'étant pas  forcément de toute première jeunesse -  et il est vrai qu'un rapide coup d'oeil sur mes voisins de rangée aura suffi à me sentir comme l'oiseau qui venait de sortir du lit- pas toujours très dynamique, et prêt à bondir de fureur dès qu'on lui met du Michel Sardou en sourdine!

tomvilla

Alors  forcément, certaines prestations  de cette soirée unique m'ont paru être encore plus réussies que d'autres :  parmi celles ci, citons  Alex Vizorek, vraiment un comédien et auteur de génie, autant lorsqu'il nous joue un passage de son spectacle pour tester les connaissances du public sur l'art qu'en  présentant sa revue de presse totalement insolite et déjantée;  Frédérick Sigrist aussi, qui  m'a fait pleurer de rire   avec ses états d'âme de gauchistes qui envient le manque de scrupules de ses amis de droite, mais également le tout jeune Guillermo Guiz,  qui incarne la nouvelle garde des humoristes belges, a été une formidable révélation dans l'humour très noir n'épargnant ni ses compatriotes ni les auteurs des terribles attentats de 2015 et enfin, Frédéric Fromet qui a prouvé qu'avec un simple filet de voix, les trois même accords et surtout une plume particulièrement aguisée, il n'avait pas peur de sortir les pires horreurs qui touchent formidablement juste.

A contrario, si on veut jouer les grincheux, force est de reconnaitre que d'autres artistes  comme Tom Villa ou Audrey Vernon étaient sans doute un poil en dessous de leurs collègues ( même si Mademoiselle Vernon avait quand même bien du culot de s'attaquer au tout nouveau propriétaire de la salle Pleyel)..

Mais au final, aucune baisse de rythme notable n'était au programme et la soirée s'est déroulée tellement rapidement et avec un tel plaisir qu'on en aurait bien pris pour une heure de plus...

Et le bouquet final, forcé20170112_215953ment plein de dérision, qui a vu l'ensemble des artistes reprendre sur scène sur l’air des Lacs du Connemara de Michel Sardou,  dans une version gentiment parodique  (« public de la salle Pleyel à la sortie tu vas nous dire que tu te marras »),  était bien dans l'ambiance de la soirée, entre irrévérénce savoureuse et humour mi-tendre /mi-cruel.

Bref, une soirée mémorable, où l'on est ressorti les larmes aux yeux de s'être tant gondolé,  la bonne humeur en bandoulière et la fierté d'avoir ri, d'un rire franc et intelligent et non pas un rire un peu honteux qu'on peut parfois ressentir devant d'autres spectacles, que demander de plus, me diriez vous? Une troisième édition du FUP avec encore une soirée France Inter, pardi...

Un grand merci à JMD Productions