Les auteurs anglo saxons, sans doute bien plus que les européens, excellent dans l'art de nouvelles et même les plus grands romanciers s'y essaient de temps à autre avec souvent pas mal de bonheur.. Parmi les publications ou rééditions récentes de ce début 2017, un classique du genre ( Raymond Chandler) et une grande plume d'aujourd'hui sur le banc d'essai...

 

 

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1. Un tueur sous la pluie; Raymond Chandler ( Folio Policier)

 « La pluie tambourinait sur le capot de la Chrysler, crépitait sur la toile tendue de la capote, dégoulinait le long des portières et s’accumulait sur le plancher, m’offrant une mare où patauger sur place. J’avais avec moi une grosse flasque de whisky. J’y avais recours assez souvent pour rester à l’affût. »

Los Angeles, un privé, une femme fatale, quelques gros bras bas du front, pas mal de pervers, chantage à tous les étages, fatalisme et désenchantement devant la misérable condition humaine : Raymond Chandler a tout simplement inventé le polar moderne.

« Un tueur sous la pluie », « Bad city blues », « Déniche la fille » ces trois nouvelles de jeunesse, antérieur à son premier roman, lui ont servi d’atelier d’apprentissage, tout y est déjà !

Folio a la très bonne idée de les rééditer dans une traduction revisitée. Indispensable pour les vrais amateurs du grand écrivain et formidable mise en bouche pour les néophytes qui découvriront enfin que c’est grâce à Raymond Chandler que l’on a pu associer littérature et roman policier. Parce que le bougre, quand même,  il écrivait sacrément bien.

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2. Merci pour l'invitation; Lorrie Moore ( Editions de l'Olivier)

"Ira était divorcé depuis six mois, mais il ne parvenait toujours pas à retirer son alliance. Son doigt s’était empâté à force de désir frustré, de remords intarissables et d’ambitions non réalisées, disait-il à ses amis. ‟Je vais devoir me faire couper le doigt par un chirurgien.” L’anneau (a priori en or, même si, désormais, il doutait de tous les cadeaux de Marilyn, alors allez savoir) encerclait son annulaire boudiné, lequel avait grossi tout autour comme une putain de vigne insouciante. "
 
Parmi les romancières estimées et dont le talent de noveliste est  reconnu par tous, Loorie Morre, déjà auteur de plusieurs recueils  Des histoires pour rien  t Vies cruelles  nous confirme ici  qu'elle n'a pas son pareil pour maitriser parfaitement les règles du genre avec des récits qui auscultent de manière terriblement juste et a priori sans aucun affect le basculement d'une vie..
 
Tous les personnages de Merci pour l'invitation (et non pas merci pour le moment de sinistre mémoire) , a priori totalement différents ont  pourtant tous en commun de tenter de s'adapter à un monde ou des situations auxquelles ls n'ont plus l'habitude d'être confrontés et qui doivent répondre à des tourments existentiels dont ils semblent avoir perdu les clés.
Mettant en scène un univers intemporel et même assez désincarné- peu de références à l'actualité, la précision de l'écriture et la virtuosité des dialogues rend la lecture particulièrement joussive et incisive.
Les 9 nouvelles sont particulièrement acérées, mais s'il ne fallait en retenir une encore plus que les autres, c’est la première, « Débarqué », nous plongeant dans les affres d'un  homme divorcé qui  tente tant bien que mal de s’engager de nouveau dans une relation après un divorce récent et douloureux, qui s'avère être la plus brillante et la plus poignante et signe encore plus que les autres le sceau d'une grande romancière, définitivement à l'aise dans le format court..