mokaieshIl y a cinq ans, je ne cachais pas mon enthousiasme devant un artiste de un artiste de moins de 25 balais qui venait d'apparaitre sur la scène musicale française , et que certains n'ont pas manqué de désigner comme le fils spirituel de Léo Férré et de Jacques Brel réunis, rien que cela : il s'agit de Cyril Mokaiesh...

Lyrique, flamboyant, exalté, subjectif, avec ce qu'il faut d'auto dérision et de hauteur de vue, Mokaiesh n'a fait que confirmer ses promesses avec ses deux albums suivants ( dont l'an passé le magnifique projet des  Naufragés, en compagnie du pianiste Italien Giovanni Mirabassi) et notamment la vie qui s'invente , ce magnifique second album dans lequel il racontait les affres de sa vie amoureuse entre Paris et Buenos Aires.

Pour son dernier album à ce jour, , Clôture  qui vient de sortir le 20 janvier dernier chez un petit label indépendant - Cyril Mokaiesh livre un disque qui met un peu de coté le sentiment amoureux - ou seulement sur deux ou trois titres, comme le sublime Blanc cassé à mi parcours- et qui revient à ses premiers amours d'une chanson engagée et militante en parfaitement correspondance avec notre époque du moment.

 Un album à la fois d'une puissance indéniable et particulièrement sombre, qui ne peut oublier les tragédies de l'actualité

Car comme Mokaiesh l'affirme avec véhémence dans le dossier de presse qui accompagne le disque  «Tourner la tête serait irresponsable. Parler de son époque est presque un devoir»  et que si  «l’austérité, l’Europe, les attentats, le FN, c’est beaucoup pour un seul album. il ne pouvait pas faire comme si cela n'existait pas.

© Vincent Flouret

On comprend alors pourquoi la jeune fille sur la pochette du disque semble mettre la main sur la bouche de Cyril, c'est bien évidemment dans le but dele faire taire- illustrant un peu le rageux morceau "Seul" où Cyril est en fin de chanson,  abandonné par sa belle, lassée de ses revendications alarmistes-  tant Cyril a des choses à dire sur la mondialisation, le pouvoir des banques les directives européennes, et ces vérités ne sont pas forcément entendables par tout le monde.

Cette rage, on la ressent des "La Loi du Marché" le premier morceau qui ouvre l'album et qui fut aussi un single qu'on a entendu depuis la rentrée sur pas mal d'ondes.

 

Ce  duo très efficace avec un  Bernard Lavilliers qui est une sorte de père spirituel de Mokaiesh, sur fond d''europe,  de migrants , de surconsommation et de politiques qui s'en mettent plein les poches  pour un titre "La Loi du Marché" qui résonne d'autant plus avec le film de Stéphane Brizé que celui ci  en a réalisé le clip.

"On vous laisse la tribune Les honneurs du pouvoir On vous laisse voler la victoire On vous laisse le soin de bien ingurgiter ...   Notre part de votre marché   On vous laisse notre âme sur le bas-côté   Endetté, endetté, en détresse   A genoux de chagrin   D'avoir fait le baisemain   A l'austérité, son altesse   On vous laisse nos hivers   On vous laisse nos étés"

La colère que ressent Cyril Mokaiesh contre  un ordre mondial injuste et inéquitable est salutaire et saine, et grâce au talent d'auteur et de mélodiste d'un Cyril qui reste  toujours aussi énorme dans ces domaine, évite le pamphlet et le manifeste qu'on aurait pu redouter.

   Particulièrement inspiré, on aime toujours autant les partis pris de Cyril, tout autant dans sa veine introspectifve notamment dans  Ostende, ou le très beau 32 rue Buffault sur sa vie de papa divorcé qui sait éviter tous les éceuils d'un sujet un peu balisé , ou encore  Une vie  où Cyril Mokaiesh retrouve  avec grand bonheur son complice de l'an passé  Giovanni Mirabassi, complice il y a un peu plus d’un an de son disque de reprises consacré aux perdants magnifiques de la chanson française. sans oublier  Novembre à Paris, ("La haine a sali, nos brèves de comptoir. En mémoire quelques amis, tombés par hasard") il signe sans doute la chanson la plus juste au sujet des attentats terroristes du 13 novembre, avec peut etre l'insouciance le beau  ( seul)morceau  du dernier album de Louise Attaque.

Et que dire du formidable Houleux, duo  particulièrement bien balancé avec  une Élodie Frégé qu'on aime jamais autant que quand elle se frotte avec les grandes plumes masculine de la chanson française  qui prouve si besoin étant à quel point on peut concilier militantisme, engagement  politiquement et en faire des textes d'une belle poésie ?

 

 

Et l'album se termine logiquement par le bien aimé Clôture qui donne son titre à l'album, une sorte de chanson mi parlé, un peu en sorte de  slam  un peu  désillusionné dans lequel Cyril semble livrer un journal intime avec ses états d'âme et ses revendications de différents ordre..

(« Ici, le FMI, F M I, savez-vous à qui vous parlez? Nous avons le bras long et la bite à l’air et de quoi faire pression! Allez, détendez-vous!« , un titre assez déconcertant mais qui après quelques écoutes rend aussi addictif que le reste de cet album d'une force et d'une vigueur assez incroyable, assurément un des plus beaux albums de chanson française de cette année 2017..car mêem si l'année fait juste que commencer, on voit mal qui pourrait concurrencer Mokaiesh sur le terrain de ce pop rock  flamboyant et  profondément citoyen