9782283029633Qui pensait que les américains avaient l'apanage des polars musclés et tout plein de testostérones?

Trois romans noirs hexagonaux parus en début d'année  nous prouvent joliment le contraire :

1.Des coccinelles dans des noyaux de cerise; Nan Aurousseau ( Buchet/Chastel)

« Un loup dans la jungle, voilà ce que je suis. Un inadapté, un solitaire avec la rage au ventre parce qu’on m’a toujours méprisé. Une gueule un peu en biais, c’est vrai, une carcasse d’oiseau de proie qu’a rien crouté depuis six mois, et alors ? Je suis né dans la mort pour résumer. Parce que je suis un survivant. »

François, quarante balais, sorti de Fresnes depuis quelques mois, vit dans une caravane au bord de la Marne. Sa compagne, Micheline, une grosse fille un peu tarte lui file parfois quelques tornioles. C’est vrai qu’il est de bonne composition, François, et puis il a un projet François, un très gros coup dans Paris, du jamais vu.

Alors il attend la sortie prochaine de Medhi son compagnon de cellule, un vrai caïd lui.

Faut pas se fier aux apparences, la Micheline elle sera bien étonnée quand Medhi va venir chercher son pote François dans cette caravane moisie sur ce putain de terrain vague.

Affreux sale et méchant et d’après une histoire vraie. Nan Aurousseau a du vécu, dans une autre vie il a fait centrale, la prison, pas l’école. Aurousseau est un vrai écrivain, son écriture est crue et dure, c’est du Céline passé à la moulinette. Mais bon sang, cette histoire de sérial killer dans une France grise et boueuse est parfois insupportable.

Le romancier, roué, tient son lecteur en haleine  et donc ce roman insupportable devient impossible à lâcher. Le problème devient alors à qui le conseiller sans passer pour un sociopathe ?

 
  2. Mortels Trafics, Pierre Pouchairet ( Fayard)

mortels-trafics-1098519336_L"Appeler les flics? cela n'avait jamais été son genre, ais là il ne voyait pas d'autres solutions. Le diable était chez lui et il avait besoin d'aide. Du côté de la maison, tout allait bien. Il se retourna sur un bruit de ventouse dans son dos. A quelques centimètres de ses yeux, le canon d'un pistolet! UN éclair illumina l'acier de l'arme et il découvrit un homme aux cheveux longs, au visage grèle et aux yeux noirs. Il lui sembla noter un plissement de lèvres, comme une sorte de sourire, et le tonnerre éclata. L'orage commença à s'éloigner ".

Ancien policier de 54 ans en poste à la PJ de Nice ou de Grenoble puis attaché de sécurité intérieur en Afghanistan, Pierre Pouchairet a publié quatre ouvrages dont Une terre pas si sainte  et La filière afghane ( les deux parus chez Jigal)

Pierre Pouchairet nous revient avec un nouveau polar., lauréat du prix quai des orfèvres 2017. Ce prix,  qui récompense un manuscrit inédit et anonyme de roman policier, est décerné par un jury de 22 membres composé de policiers, magistrats et journalistes, et présidé par le directeur de la police judiciaire parisienne, Christian Sainte..

Pierre Pouchairet nous invite, dans ce nouveau roman,  à suivre deux brigades de policiers, l’une à Paris et l’autre en provenance de Nice, sur la trace de dangereux trafiquants de drogue, prêts à tout pour pouvoir faire passer leur came en fraude au moyen d’un “go fast”. 

Avec cette trépidante  immersion dans un milieu méconnue, on embarque  sans coup férir entre la France et l'Espagne avec, en toile de fond  un trafic de  stupéfiants, des meurtres et l'étude de  flics dans leur quotidien d’enquêteurs, avec une bonne dose d'humour et  d’humanité.

Bien écrit, un style agréable et avec un sujet plutôt  d'actualité, l'auteur parvient à nous accrocher avec une aventure rythmée et mouvementée  et nous fait passer un bon moment.

 3.Toxique ;   Niko Tackian ( Calmann Levy)

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« Ce type de personne a tout à fait conscience du mal qu’il fait mais cela n’évoque rien chez lui. Il faut voir la sociopathie comme une sorte d’immaturité figée. Ce sont des adultes qui ont les mêmes réactions qu’un enfant de cinq ans. Ils aiment arracher les ailes des mouches sans se soucier de leur douleur. Ils ne sont pas capables de voir la souffrance de l’autre et ne la respectent pas. Et surtout, ils cherchent à satisfaire leurs besoins à tout prix »

Tomar Khan, flic à la Crim a fort à faire : un gentil éducateur qui étrangle, sans raison apparente, une directrice d’école, ça c’est son job, mais il doit aussi gérer le retour de son père qui ne donnait plus signe de vie depuis des années. Bon il y a aussi un violeur récidiviste dans la nature qui mérite une bonne leçon.

Il faut dire que Tomar est un excellent flic, instinctif et opiniâtre, mais comme il a quelques traumas d’enfance irrésolus, forcément cela impacte sa vie professionnelle et sentimentale.

Bienvenu Tomar, dans le club des flics border line et dépressif. « Toxique » est un polar poisseux et noir comme tous les polars actuels.

Œdipe, Thésée, ou le Minotaure comme compagnon de route, Tomar Khan a tout pour devenir le flic récurrent d’une série.

Bien construit, bien écrit, il lui manque juste une petite étincelle d’originalité pour qu’il se distingue de l’énorme masse que produit  la littérature policière.