Kerninon" J’imagine que j’ai souri, mais je ne sais pas. Je sais seulement que j’ai lu ses livres, dès que j’ai appris à déchiffrer l’alphabet, j’ai exploré chaque recoin du palais qu’elle m’avait construit, je me suis perdue et retrouvée, j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour la satisfaire, la réparer, la récompenser de l’effort immense qu’il avait dû lui falloir pour signifier cela à son premier enfant. J’ai lu. J’ai lu des livres sans cesse, dans une frénésie  panique, en cherchant à rattraper le temps,  à rattraper ma mère qui semblait tout savoir. »

 On me reproche parfois qu’afin de lire et chroniquer le plus possible de romans (et de films) j’ai tendance à privilégier les formats plus courts, sachant à l’avance que me plonger dans une saga de 850 pages risque d’entrainer une absence d’articles littéraires pendant plusieurs semaines.

 Si je concède effectivement cette fâcheuse tendance, les romans courts ne sont pas pour autant synonyme de littérature mineure et il arrive parfois qu’un roman de moins de 100 pages ait tout autant de résonnance qu’un pavé de 1000.

 C’est notamment le cas  d'une activité respectable, un très court récit de 60 pages tout juste publié en ce début d’année 2017 par la jeune romancière nantaise  Julia Kerninon dont la lecture, aussi courte soit elle- quoiqu’on ait parfois envie de relire deux fois certains passages, d’un tel ravissement-  fut un vrai enchantement.

 

Julia Kerninon qui avait marqué le monde de la littérature avec un premier roman Buvard dont j’ai beaucoup entendu parler, mais que je n’ai pas eu l’occasion de lire, raconte par le menu détail son amour de la littérature et de l’écriture   avec un grand L et un grand E.

Un exercice casse gueule et que beaucoup  de grands écrivains ont déjà tenté, mais rarement avec  autant de justesse et de passion.

Julien-Alcacer--1184x784

 "Maintenant, mes livres sur des étagères de librairies paraissent logiques, évidents, on peut s’en servir pour justifier tous mes manquements, mais je me rappelle du moment où mes failles n’avaient pas encore d’explication, où il était possible qu’elles n’en aient jamais, et que je reste pour toujours à la porte de ce qui est important."

 Julia nous confie notamment dans ces pages vibrantes et frémissantes, qu’ayant  vécu dans une famille qui prônait l'amour des livres qu’elle avait reçu en cadeau  à 5 ans une machine à écrire, objet de toutes les folies et les possibles et certainement à l’origine de sa folle passion, à équivalent sans doute avec d’autres souvenirs marquants de la jeunesse de l’auteur, comme notamment cette  mémorable virée dans la  librairie de paris Shakespeare and Company, un lieu effectivement magique.

Évitant constamment le pompeux et les clichés, Kerinon raconte,  sans forcément l’idéaliser , combien elle a suivi un long et sinueux chemin qui l’a mené à l’écriture, et qui a fait d’elle la grande romancière qu’elle est déjà, ce qu’elle devrait confirmer avec son désormais très attendu troisième roman. 

Photo Julien Alcacer

Interview Julia KERNINON

 Une activité respectable

Julia Kerninon

Éditeur : Le Rouergue

64 pages, 9,80 €

Date de parution : 04 janvier 2017