À partir du 8 mars prochain, Les Figures de l'Ombre resplendiront dans les salles obscures françaises. Grâce à une avant-première organisée par Allociné et le club 300 (dont nous sommes membres depuis peu, chouette) qui s'est déroulée au Forum des Images, nous avons eu la chance de voir ce superbe film inspiré de faits réels en exclusivité… Et de pouvoir vous en parler, en exclusivité également !

                                               Copyright 2016 Twentieth Century Fox

Nous sommes en 1961 à Hampton, au cœur de la Virginie, dans une Amérique encore très marquée par la ségrégation. Dans un contexte de Guerre Froide, John Fitzgerald Kennedy, alors Président des États-Unis, met un point d'honneur à gagner cette féroce "Guerre des étoiles"  livrée contre une URSS qui accuse une certaine longueur d'avance, suite à l'envoi de son premier homme en orbite : Yuri Gargarine.

Au même moment, trois femmes, trois afro-américaines, s'apprêtent, par leur intelligence, leur fougue et leur audace, à marquer du sceau de leur histoire, la grande Histoire. Et en particulier, l'Histoire spatiale américaine. Trois femmes, trois destins, trois symboles de combat pour la liberté et l'égalité.

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La première est Katherine Johnson (campée par une impeccable Taraji P. Henson aux grandes lunettes et au brushing parfait), brillante mathématicienne et "calculatrice" (oui, car avant l'intelligence des ordinateurs, il y avait celle d'êtres humains !) qui a permis aux États-Unis de rattraper leur retard dans cette "conquête de l'espace" acharnée. Comment ? En calculant les trajectoires des programmes Apollo II et Mercury, tout simplement. Grâce à son extraordinaire habileté à faire parler les chiffres, l'astronaute John Glenn a pu être envoyé en orbite le 20 février 1962, soit dix mois après Gargarine, dans le cadre de la mission Frienship 7. Sept ans plus tard, son travail permettra à Neil Amstrong d'être le premier homme à poser le pied sur la lune.

La seconde est Dorothy Vaughn, première femme noire superviseur à la NASA. Incarnée par Octavia Spencer - que l'on a notamment pu voir dans "La couleur des sentiments" de Tate Taylor - qui brille par son caractère de femme indomptable prête à tenir tête à n'importe qui.

La troisième s'appelle Mary Jackson (Janelle Monàe) : elle a été la première femme noire ingénieur des États-Unis.

Ces noms ne vous disent peut-être rien, et pourtant, elles ont été "les premières" dans de nombreux domaines, dans une société pétrie de préjugés, où être noir était encore considéré comme une maladie, où on parlait encore de "races", où noirs et blancs étaient séparés dans les transports en commun et les lieux publics… Il aura fallu "Hidden Figures", le livre éponyme de Margot Lee Shetterly pour sortir ces figures "de l'ombre" - notons au passage le jeu de mot entre le titre anglais dont l'emploi du terme "figures" renvoie également aux "chiffres", et sa traduction en français - et à présent un film magnifique signé Théodore Melfi.

                                                  Copyright Twentieth Century Fox Franc

Ce trio, porté par des actrices généreuses, fonctionne à merveille. Aussi déterminées qu'éffrontées, aussi émouvantes que pétillantes, elles nous émerveillent par leur humour, leur malice et leur franc-parler irrésistible. Pas étonnant qu'elles aient reçu fin janvier la plus prestigieuse récompense aux SAG Awards, prix du syndicat des acteurs pour le trio d'enfer qu'elles incarnent !

À noter également l'interprétation brillante de Kevin Costner, dans la peau de Al Harrisson, responsable du programme chargé d'envoyer John Glenn en orbite. Il incarne avec brio le paragon du chef odieux qui ne cesse d'accabler ses équipes de travail tout en mâchant des chewing-gum, et qui s'éloigne peu à peu de ses préjugés devant l'intelligence de Katherine.

On passe par toutes les émotions possibles devant un tel film. De la joie bien entendu, grâce à la bonne humeur communicante et à l'humour de ces femmes qui accomplissent à chaque instant de petites victoires, avant d'accomplir ce rêve qu'elles pensaient impossible à réaliser.

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On a  envie de sauter de notre siège en voyant Mary ressortir du tribunal, où le Juge a accepté sa demande de suivre des cours dans une Université réservée aux hommes blancs ; quand Dorothy se voit enfin confiée le poste de superviseur qu'elle convoitait depuis des années ; et quand Katherine cloue le bec d'ingénieurs refusant de voir "au-delà des chiffres" en traçant des lignes de calculs exacts, sur un grand tableau noir.

On est ému aux larmes en voyant peu à peu ces hommes s'éloigner de leurs préjugés : la scène où Al Harrisson détruit la pancarte des toilettes "réservées aux femmes de couleur" avec une hache, est mythique. On tremble de colère devant le comportement de ces hommes et de ces femmes persuadés de l'infériorité de "la race noire", refusant de leur accorder certains livres et même, de partager avec eux leur café.

La bande originale est signée Pharrell Williams, et elle est tout simplement géniale. Pour l'anecdote, l'artiste, natif de l'Etat de Virginie (Virginia Beach) particulièrement ému par l'histoire poignante de ces femmes, s'est improvisé producteur.

Le 8 mars, courrez voir ce portrait de femmes qui elles aussi, ont fait un petit pas pour la femme noire américaine, mais un grand pour l'Humanité…