Douze ans après La Marche de l’Empereur, Luc Jacquet est retourné en Antarctique filmer ces animaux extraordinaires lors de l’expédition « Wild-Touch Antarctica » organisé par son ONG Wild Touch. Cette aventure a été menée par une équipe de cinéma de 11 personnes se rendant en Antarctique pour livrer un témoignage sensible sur un monde fragilisé par le changement climatique.
Il en découle des documentaires une formidable exposition qu'on avait adoré au Musée des Confluences, et qui est encore jusqu'à fin avril,  et un film l’Empereur que Pablo, de retour sur baz'art, a vu  et chroniqué pour nous :

L-Empereur-de-Luc-Jacquet-des-images-a-couper-le-souffle

Sur une immensité de nappe blanche aisément reconnaissable, l'empereur chute, glisse, tombe, heurte un amas gelé, mais se relève toujours. Il transmet aussi la vie de manière habile après une danse coordonnée fortement élégante. Mais de natalité, il n'en n'est presque pas question – quelques minutes suffisent pour montrer l'extrême chance des nouveaux-nés.

Luc Jacquet, qui poursuit son périple chimérique sur les glaces de l’Antarctique après La marche de l'empereur – qui eut une ascendance planétaire pour glaner l'Oscar du meilleur film documentaire en 2006 – crée une romance haletante, où il suit le personnage éponyme, vieux de 40 ans – l'espérance de vie normale pour cette espèce est de 20 ans, pour un ordre de grandeur – qui essaye, tant bien que mal, de pérenniser sa descendance – nombreux sont les empereurs manchots qui perdent leurs petits – ainsi que sa renommée et son savoir-faire, même si le deuxième souhait ne sera pas appliqué, faute de temps.

En revanche, la magie de l'éternel – enfin presque – cycle de la vie opère, et nous offre une séquence finale intimiste.

En effet, les « futurs empereurs », qui passent à l'âge adulte par la perte de leurs pelages enfantins, démunis de leurs parents et de tous repères géographiques, patientent, hésitent, tergiversent pendant plus de 3 jours, avant de plonger et de s’engouffrer dans un territoire inconnu, pourtant indispensable à leurs survis : l'eau. La caméra, qui dans le premier volet – même si les deux chapitres sont dissociés narrativement – rester à hauteur d'hommes, plonge aussi. Un saut rempli de mystères donc.

Si certains plans – dont celui choisi pour le générique de fin – ressemblent plus à l'intérieur d'une bouteille de Perrier qu'au fin fond de l'océan, l'immersion aquatique est globalement réussie, grâce à l’expérience de l'immarcescible et baroudeur directeur de la photographie, Jérôme Bouvier.

Ainsi, l'adaptation et l'improvisation sont des piliers du documentaire animalier. Ceci est tant, on pourra légitimement être surpris, ou bien plutôt stupéfait, et regretté l’absence de scènes de chasse, marqueur temporel dans l'existence de cette espèce.

La réussite de ce récit initiatique universelle tient dans l'apport essentiel, capital, du propos écologique et politique. Ces formidables manchots, luttant contre le climat antagonique, les rapaces mortifères (pétrels des neiges) et le blizzard, ne savent pas qu'ils possèdent un avenir somme toute précaire. La dernière scène représente cela admirablement.

Quelques-uns de ces sortes de « survivants de chaque instant » se repose – enfin – sur un imposant, mais intuitivement fragile et isolé, bloc de glace, métaphore du temps qui passe et de la disparition, presque machiavélique, de la calotte glacière.

Malgré des procédés de mise en scène totalement académiques et assez mal maîtrisés – utilisation des analepses et des ellipses trop récurrente – L'Empereur, dépouillé de dialogues, contrairement au premier opus – uniquement accompagné par la voix calme et reposante de Lambert Wilson, totalement adéquat – fascine par son épuration stylistique et son spectacle grandiose. Un grand hommage à un territoire qui s'effrite, à un horizon fragile.

Pablo C