Vous trouvez qu’il n’y a rien de plus morose qu’un dimanche après-midi ?Alors, faites comme nous, profitez de votre dimanche pour assister au one-man show drôlissime de Ben H au Théâtre du Marais : Le monde des grands.

 

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L’affiche du spectacle l’annonçait d’emblée : Ben H est un grand garçon, mais sûrement pas un adulte. Un adulescent alors ? Non, c'est encore pire que ça... On y voit un Ben H sur son 31, dans un costume gris très chic avec sous le bras, un gros nounours qui, on l’apprendra plus tard, porte le nom charmant d’Eric Zemmour ainsi baptisé « parce que ça rime avec amour ».

La scène s’ouvre sur la cérémonie de son mariage avec Mathilde, avec qui il file le grand amour depuis son adolescence, depuis le jour où il l’a embrassée « parce qu’elle parlait trop ». D’emblée, il prend son public à parti en lui demandant de réagir violemment au « non » qu’il assène, lorsque le prêtre lui demande s’il veut la rendre pour femme. Ils nous demandent de le huer, de l’insulter de tous les noms et même, si l’on peut, de lui jeter des tomates. Le ton est donné. 

Mais pourquoi refuse-t-il de sauter le pas ? Rien à voir avec Mathilde, c’est juste que le jeune homme refuse de quitter le monde de l’enfance. Dire « oui » reviendrait à signer définitivement son départ et le précipiterait dans celui des adultes vers lequel il avance malgré lui, avec le temps, à reculons. Vous savez ce monde dans lequel il y a tant de soucis, tant de responsabilités ? Le mariage, les enfants, le métro-boulot-dodo, la routine ? C’est beaucoup trop pour ce gamin immature qui va, une heure durant, faire défiler tous les âges de sa vie, ou plutôt de la Vie, en commençant par son début : l’enfance. 

Pendant une heure, Ben H incarne différents personnages, tous plus fous, tous plus drôles les uns que les autres. On retient le personnage de l’adolescent au front barré de boutons et à la voix qui mue qui se fait passer pour un féru d’histoire rêvant de visiter la maison d’Anne Frank à Amsterdam, ainsi que son fameux quartier communiste - plus connu sous le nom de « quartier rouge » - et qui se retrouve dans un coffee shop à manger un space cake lui faisant entrevoir un Michel Sardou à dos de licorne.

Mention spéciale également pour le bobo parisien au nez chaussé de lunettes dix fois trop grandes pour lui qui s’extasie sur ses dernières lectures en décomposant chaque adjectif en trois syllabes - « c’est gé-ni-al » - tout ça depuis la terrasse d’un bar, ou plutôt, du seul mètre carré de trottoir disponible du Marais et depuis lequel il veille sans trop de zèle sur des enfants aux noms fleuris de Kiwi et Muscade. Le personnage du commercial à veste sombre de la « Baby Factory », cette usine du futur qui permet aux parents de choisir à quoi ressembleront leurs enfants, contre de coquettes sommes d’argent, est à mourir de rire, lui aussi. 

 

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Ben H, et derrière lui, le talentueux humoriste et metteur en scène Jarry, a trouvé le truc pour assurer les transitions d’un personnage à l’autre : le changement de costumes, et plus précisément, de slips ! Dès qu’il quitte son costume de marié, il se débarrasse de ses chaussures pointues laissant entrevoir de jolies chaussettes vert fluo à l’effigie d’un héros de Marvel

 

On rit à en pleurer devant les gesticulations de ce gosse complètement dégingandé : les vannes fusent, ses mimiques sont irrésistibles et son aisance sur scène (même en slip Superman !) est impressionnante. Il est même tellement à l’aise, tellement naturel, qu’on a l’impression de passer l’après-midi en tête-à-tête - façon de parler, car la salle était plus que pleine - avec un ami. Il semble être en constante improvisation - art dans lequel il excelle, ayant lui-même co-fondé le spectacle d’improvisation OCELT.

Le comédien nous laisse également quelques moments pour reprendre notre souffle, notamment pendant le sketch où il aborde cette étape qui nous effraie tous : la vieillesse, et cette crainte universelle du temps qui passe, qui nous échappe et que nous essayons d’arrêter comme nous le pouvons - en disant « non » le jour de son mariage, par exemple…

« Le Monde des grands », comme le temps, comme la vie, passe à une vitesse hallucinante. Et se termine bientôt, alors, dépêchez-vous !

 

kit-photo-presse-6« Le Monde des grands » de Ben H

Théâtre du Marais

37, rue Volta

75004 PARIS

Tous les samedis à 20h et les dimanches à 17h30, jusqu’au 1er avril.