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J'avais déjà dit lors d'un billet qui fait partie de ceux qui aparaissent souvent comme les plus cités du blogs  combien j'épouvais de la tendresse pour l'acteur Charles Berling, arrivé assez tard au cinéma, aprés une brillante carrière de comédien de théatre, et que j'appréciais l'acteur, au jeu fin et complexe, j'aime également l'homme, qui squatte souvent les plateaux télé, et qui apparait  tres loquace


Charles Berling,  que je n'avais jusqu'à présent vu que sur écran- petit ou grand je l'ai découvert bouleversant d'humanité blessée dans le rôle d'Eddie Carbone dans Vu du Pont d'Arthur Miller joué à l'occasion sur les planches du Radiant Bellevue, dans une configuration cubisque étonnante pour l'occasion, samedi 15 avril 2017.

Arthur Miller, c'est ce dramaturge américain un peu oublié, connu principalement pour avoir été marié à Marylin Monroe, et cette pièce comme d'autres de son repertoire s'interesse à des gens modestes dans le New York prolétaire des années 50,du quartier de Red Hook,à l'ombre du colossal pont de Brooklyn. 

La nouvelle traduction de Daniel Loayza, qui scotche par sa modernité, est assez remarquable.

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Le drame s'ouvre sur la soirée où Katie apprend à Eddie qu'elle désire profiter d'une occasion pour commencer à gagner sa vie,et de belle manière :grâce aux études qu'il lui a payées,son salaire :  de petite sténodactylo débutante sera supérieur à celui du docker.

Le même soir, Eddie accueille chez lui deux immigrés clandestins, Marco le taiseux et son frère Rodolfo le chanteur, des cousins de sa femme à qui il offre un toit par solidarité familiale...

Dès lors, tous les éléments du drame sont en place.Son déroulement implacable nous est rapporté par Alfieri, acteur,témoin, qui tourne autour de la scène  un peu comme un choeur antique; on y revient forcément.

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La force de la mise en scène du metteur en scène belge  Ivo van Hove; dont tout Paris ou presque s'arrache ces dernières années;  c'est de revisiter totalement la pièce originale et d'en faire une sorte de tragédie antique.

Pas de décors  et une épure portée à son maximum : ici  le texte se suffit à lui-même  et l’apparent dénuement de la scénographie nous recentre sur l’essentiel  à savoir cette puissance d' affrontements proches d'un combat de boxe  : ces combats, se déroulent  dans un espace  intemporel  et au sein d' une arène qui se déploie au coeur même des spectateurs, grâce à un dispositif trifrontal extrêmement approprié.

Et en fond sonore, des coups de gong lancinants qui  rappellent le compte à rebours fatidique avant une montée en tension en crescendo et un dénouement forcément tragique.

La pièce prend ainsi une tournure mythologique évidente, avec cete tragédie d'individus tellement humains dans leurs faiblesses et leurs basesses, qui nous renvoie  en quelque sorte à nos propres faiblesses et  compromis; et l'auteur porte  un  regard absolu et sans concession sur la condition humaine et un conflit entre loi et justice,ou entre réalité et désir!

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Berling incarne un docker oscillant dangereusement entre suivre son code d'honneur et un désir indicible qui nous conduira vers une fin de l'histoire tragique; un homme de parole mais avant tout homme de loi,il se tient en quelque sorte sur le pont entre deux mondes et deux époques.

  Un spectacle impeccable et accompagné d'une direction d’acteurs impeccable : outre Berling, on notera la prestation formidable de la trop rare  Caroline Proust (Béatrice), ou Alain Fromager (Alfieri)  ou encore la jeune Pauline Cheviller, qui, en nièce orpheline recueillie par le personnage de Berling, crève littéralement le plateau. Mais Nicolas Avinée, son amoureux sans-papiers, est également excellent.

 

On sort de ce Vue du Pont quelque peu sonné, comme si l’on avait nous-mêmes pris place sur ce fameux ring. et le public ravi , bluffé, y a reservé ce soir là une splendide standing ovation parfaitement méritée...

 

 

Vu du pont 
Texte Arthur Miller
Traduction Daniel Loayza
Mise en scène Ivo van Hove
Dramaturgie Bart van den Eynde
Décor et lumière Jan Versweyveld
Son Tom Gibbons
Collaborateurs mis en scène Jeff James et Vincent Huguet

 Actuellement en tournée...