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"Dire que j’écris me gêne, complexe d’ancien pauvre, d’ex-fils-d’immigré, d’épisodique schizophrène car j’suis devenu français. J’ai du mal à écrire car je m’écris et m’écrire c’est saisir une plaie par les deux bouts et l’écarter un peu plus. La plume m’a séparé de mes compagnons d’infortune, tous ces « Mohamed »


Avec "Ma part de Gaulois", Magyd Cherfi, connu en tant que parolier du groupe toulousain Zebda ( un groupe que j'avais eu l'immense privilège d'interviewer il y a quelques années) , nous a livré, à la dernière rentrée de septembre 2016,   un récit d'où émanait le doux parfum de l'enfance et de l'adolescence, mais aussi mine de rien une belle prise de conscience d'un monde pas si chaleureux que ce l'on peut croire quand on est môme.

Nimbé d'une jolie teinte sépia qui pourrait être réactionnaire mais qui est surtout vraiment touchante, Magyd nous a offert un récit sincère et plein d'humour , le parolier de Zebda reprenait des thèmes qui sont des sujets souvent abordés avec son groupe sur l'intégration des immigrés, le fossé des générations ou ce qui fait vraiment son identité .

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" De ma banlieue nord hachés menus par une société qui a rêvé d’un « vivre ensemble » sans en payer le prix. Je raconte une fêlure identitaire, un rendez vous manqué. C’était l’année 1981, la gauche arrivait au pouvoir la besace pleine de l’amour des hommes et les premiers Beurs accédaient au bac. Le bac, une anecdote pour les Blancs, un exploit pour l’indigène. Tout était réuni pour cette égalité des droits tant chérie.

La promesse d’une fraternité vraie semblait frémir.Pourtant la rencontre de la France et de sa banlieue n’a pas eu lieu, elle n’a toujours pas vu la lumière car l’exception française persiste, celle d’être français et de devoir le devenir…”

Magyd Cherfi nous propose un témoignage très touchant sur ses années de jeunesse à Toulouse,  mais surtout sur l’année qui a changé sa vie : l’année où il a passé le bac, ce qui n'était pas un mince exploit vu d'où il venait.

Avec profondeur mais sans vraiment se prendre au sérieux ,Magyd Cherfi y retrace son vécu  sans jamais verser dans l'angélisme pour parler de la banlieue qu'il a connu  dans un ouvrage léger et profond, à la fois drôle et sérieux.

Sans jamais oublier de faire preuve d’autodérision, et sans cacher ses complexes et ses ambivalences, l’auteur raconte ses expériences de soutiens scolaires aux plus jeunes de son quartier tout en dressant un tableau de la France des années 1980 à travers l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand et les prémisses d’une gauche caviar ( on pourrait dire aujourd'hui "bobo") que Magyd peut retrouver chez certains camarades de lycée bien" français".

Fort de son succès avec ce livre écoulé à plus de 60 000 exemplaires,  et qui a reçu le Prix  Aujourd'hui  Magazine qui récompense les meilleurs romans d'une vie,  Magyd Cherfi est revenu fin mars 2017 avec son troisième album solo Catégorie Reine. Il revient à ses origines, la musique, et nous sort un album au parfum d'eau de Cologne et de persil, les deux parfums de sa rue. Et  où l'on retrouve la même écriture, entre vivacité, ironie et tendresse que dans ce beau Ma Part de Gaulois.

 

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Dans " Les filles d'en face",  le premier titre de ce "Catégorie Reine", il offre un titre assez féministe sur ces filles qu'il regardait petiot sur le trottoir d'en face avec  envie et timidité,  et le reste de 'album montre que Magyd voit la chanson comme un combat permanent pour défendre des idées qui lui sont chères depuis longtemps : le respect, la souffrance des migrants à qui ont dit tu au lieu de vous ( très beau troisième titre de l'album).

Le  troisième opus solo de Magyd est vraiment dans la continuité de son livre, et on se dit même que sans le succès second il n'aurait pas enregistré le premier tant celui ci répond à son récit romancé.

Comme dans "Ma part de gaulois", l'enfance y occupe une place très  importante ,: la maman qui disait Inch' allah peut-être pour clouer le bec de sa progéniture qui avaient des souhaits matériels un peu trop fort, ou ce papa que les blancs ne respectait pas à sa juste valeur et qui avait trop tendance à baisser les bras et les épaules.

 Sur des airs parfois légers, empruntés à l'Amérique du Sud ou les Caraïbes, Magyd sonde les frustrations de cette fameuse France d'en bas ( de  cette expression horrible d'un politicien qu'on préfererait oublier ) et leurs rêves souvent chimériques pour tenter d'approcher sinon le sommet, du moins la moyenne.

Pour Cherfi, si fraternité  et solidarité il y a, cela se fera  forcément en mode mineur : " c'est par ses semblables qu'on est exclus, pas par les autres" décrit il avec une certaine amertume.

Mais comme souvent chez lui, l'optimisme l'emporte par KO au dernier round et tant que l'amour des mots et des lettres est si présent chez lui, alors on se dit que forcément Magyd remporte le combat largement...