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Lorsque je suis allé voir L’Amant double deux jours après sa sortie en plein festival de Cannes, j'ai été, une fois n'est pas coutume, pris d'un léger cas de conscience.

Figurez vous qu'après trois quart d'heures de projection d'un film pour le moins déroutant pour le spectateur, incapable de trancher entre la virtuosité formelle évidente du cinéaste et une sorte de foutage de gueule dans le scénario, l'écran du cinéma qui projetait le film (le Cinéma Lumière pour ne pas le citer) est soudain devenu tout noir, nous laissant seul avec la bande son..

Déjà qu'on avait du mal à comprendre les tenants et aboutissants du film avec le son et l'image, alors s'il manquait un de ces éléments, la donne allait sérieusement se compliquer.

 

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Bref, après m'être décidé au bout de quelques instants  à aller alerter le mec de la caisse (dans ces cas là vous savez comment on fait :  tout le monde se regarde en espérant que l'un bouge et comme j'étais comme toujours  à coté de la porte de sortie je m'y suis collé), j'ai attendu  plus d'une demi heure dans la salle, lumières rallumées, avant de m'entendre dire que la séance ne reprendrait pas; le problème technique ne pouvant être résolu avant plusieurs heures.. Et moi qui pensais naivement que ce genre de panne ne pouvait plus avoir lieu avec le numérique, ce que j'ai dit au responsable qui a haussé les épaules devant ma candeur!!

Une fois que je me suis fait rembourser ma place, une question se posait à moi: devais-je revenir voir le film ultérieurement en me retapant la première partie qui ne m'avait pas emballé,  ou bien allais je abandonner là mes veilleités de voir le dernier Ozon, mes heures étant suffisamment compteées pour ne pas retourner voir le même film en salles, chose qui ne m'est plus arrivé depuis je pense, " Un coeur en hiver" dans les années 90.. ( bah oui j'ai revu deux fois de suite du Sautet quand j'avais 15 ans, ca en gêne certains?:o)

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Au départ, j'ai opté pour la seconde solution, et du coup,  j'ai demandé à plusieurs personnes qui l'avaient déjà vu (Michel, ma mère et quelques internautes)  de me raconter la fin du film voir si cela me suffirait pour écrire dessus...

Et lorsque ceux ci l'ont fait,  je me suis aperçu que, d'une part leurs interprétations du dénouement différaient tellement et que d'autre part le twist final semblait tellement surprenant qu'il serait pas mal de revoir le film à l'aune de cette révélation, me donnant ainsi un tout autre éclairage sur certaines scènes, un peu comme on aurait pu le faire pour Le sixième sens ou Usual suspects (des films quand même nettement mieux foutus que le dernier Ozon au niveau construction du récit diabolique).

 

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Ni une ni deux ;  dès que j'ai eu du temps libre, je suis donc retourné dans le même cinéma ( toujours revenir sur les lieux du crime pour briser les malédictions) pour essayer de saisir les perches d'Ozon afin de résoudre les clés de son énigme particulièrement tordue à base d'obsessions, de fantasmes et d'interpréations  pychanalytiques assez osées.

Et puis lors de ma seconde vision, du moins dans toute la première partie que j'avais déjà vu,  j'ai pu me focaliser sur les audaces visuelles que le cinéaste avait tenté durant son film, certaines flirtant largement avec le grotesque ( le gros plan sur un vagin se transformant en globe oculaire) d'autres particulièrement envoutantes et poétiques ( celles se déroulant au palais de Tokyo)...

 

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 Les emprunts au cinéaste qu'Ozon admire  tels que Cronenberg, Hitchcock, Polanski Lynch et évidemment un De Palma, auquel on pense très vite tant il fut le maitre du trhiller érotique de qualité,  sont tellement évidents qu'on hésite entre l'admiration et l'agacement devant ce catalogue de  référence, voire de plagiat en la matière...

Résultat des courses: bien que connaissant la fin, on ne m'avait pas forcément révélé tous les rebondissement d'un scénario qui dans sa dernière demi heure les accumule jusqu'à plus soif.

Et surtout il m'est resté pas mal de zones d'ombres et de mystères sur lesquels je continua de m'interroger  à la sortie de la salle :  est qu'Ozon a tenu délibérement à ne pas donner toutes les clés de son films ou bien, avec son rythme d'un film par an, n'a pas t-il pas suffisamment cadenassé son scénario pour que l'ensemble donne cette impression de ne n'etre pas suffisament exploité ? J'aurais tendance à opter pour la seconde solution, mais laissons à sieur Ozon le bénéfice du doute... 

 Bref, même en voyant le film  deux fois (enfin plutôt une fois et demie :o), difficile de trancher et de pencher totalement,  soit pour l'admiration devant la virtusoité d'une mise en scène remplie de visions brillantes et fantastiques, soit l'irritation devant un scénario flemmard et vraiment tiré par les cheveux., dont l'accumulation de non dits et  d'analyse de inconscient frôle quand même largement l'overdose..  

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En revanche, avouons que je pourrais voir le film quinze fois que je ne m'inclinerais toujours devant la beauté et la cinégénie d'une Marine Vacth qui quatre ans après Jeune et jolie, ne cesse de nous épater ( déjà formidable en début d'année dans la sousestimée Confession de Nicolas Boukrief)..

Bref, pour ne pas tout spoiler de ce film au dénouement vraiment alambiqué - et pourtant dieu sait que les articles dévoilant les fins des films sont très lus- je ne vous dirais p dans le détailas ce que je n'ai pas tout à fait compris malgré les analyses très détaillées de Michel avant et après ma seconde vision du film, mais sachez que même en le voyant deux fois, ce film nous échappe peu ou prou et quelque chose me dit que cela ne doit pas vraiment déranger Ozon, bien au contraire..